Effets antidépresseurs confirmés - Le cannabis, une drogue à consommer avec modération

Le cannabinoïde contenu dans le cannabis provoque, voire aggrave, la dépression.
Photo: Agence Reuters Le cannabinoïde contenu dans le cannabis provoque, voire aggrave, la dépression.

On dit que le cannabis améliore l'état d'âme des grands malades. Mais aucune étude scientifique n'avait jusqu'à maintenant corroboré et démontré l'action antidépressive de cette drogue. Des chercheurs de Montréal ont découvert qu'une forme synthétique de l'ingrédient actif du cannabis est à faibles doses aussi efficace que les antidépresseurs traditionnels comme le Prozac. À plus fortes doses, l'effet est tout autre, puisque le cannabinoïde provoque, voire aggrave, la dépression. Encore une fois, la modération a bien meilleur goût, apprend-on dans la dernière édition du Journal of Neuroscience.

Sous la supervision des Drs Gabriella Gobbi et feu Guy Debonnel (décédé subitement en novembre 2006) de l'université McGill et du Centre de recherche Fernand-Seguin (CRFS) de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine, le doctorant Francis Bambico a éprouvé l'effet antidépressif du cannabinoïde synthétique WIN55212-2 sur le comportement et les neurones du cerveau de rats. Dans un premier temps, les expérimentateurs ont induit les symptômes de la dépression chez des rats auxquels ils ont administré différentes doses de WIN55212-2. Il est alors apparu que l'effet antidépressif du WIN55212-2 était comparable à celui d'autres antidépresseurs (AD) connus. Toutefois, quand les doses administrées de WIN55212-2 étaient le moindrement élevées, cet effet bénéfique disparaissait.

Dans un second temps, les chercheurs ont enregistré l'activité électrique de neurones du cerveau qui libèrent la sérotonine et qui, dans la dépression, est vraisemblablement modifiée. Ils ont ainsi observé que de très faibles doses de WIN55212-2 augmentaient le taux de décharge de ces neurones: «une indication de son effet AD puisque les autres AD connus accroissent de la même façon la transmission des neurones à sérotonine», affirme Francis Bambico. De plus fortes doses de WIN55212-2 avaient par contre l'effet inverse, «indiquant par là que la diminution de la décharge électrique des neurones provoquait les symptômes dépressifs», précise le neurobiologiste.

«Cette étude laisse entendre que le cannabis possède des propriétés médicinales pour soigner la dépression et l'anxiété, mais il y a un problème, prévient M. Bambico. Quand le cannabis, son ingrédient actif, le THC ou le WIN55212-2 sont introduits dans l'organisme, ils activent tous les récepteurs CB1 [sur lesquels se lient spécifiquement les cannabinoïdes] présents dans toutes les structures du cerveau, y compris le circuit de la récompense par lequel se développe l'accoutumance au cannabis.»

Effet anxiolytique

Or des chercheurs de l'université d'Urbino en Italie ont conçu une molécule, dénommée inhibiteur de FAAH (fatty acid amidohydrolase), qui active uniquement les récepteurs CB1 se trouvant dans les zones du cerveau qui interviennent dans le contrôle des émotions et l'effet AD. «Le FAAH est l'enzyme qui désactive, voire dégrade les endocannabinoïdes une fois qu'ils ont été libérés dans le cerveau, explique M. Bambico en précisant que notre encéphale sécrète des substances naturelles semblables au cannabis — appelées endocannabinoïdes — lors-que nous pratiquons intensément un sport ou nous retrouvons en situation de stress.

Or le nouveau médicament prévient la dégradation des endocannabinoïdes uniquement dans les régions du cerveau impliquées dans les émotions et les habiletés à faire face à l'adversité, et ce, sans affecter le circuit de la récompense. Il n'induit donc aucune dépendance, l'observation en a même été faite chez l'animal, précise le chercheur.

«L'inhibiteur de FAAH possède par ailleurs un puissant effet AD et anxiolytique, ce qui en fait un médicament très prometteur pour vaincre la dépression et les troubles d'anxiété. D'autant que son action est très rapide comparativement à celle des AD traditionnels, comme le Prozac, qui requièrent de deux à trois semaines d'administration continue avant que n'apparaisse leur effet thérapeutique, affirme Francis Bambico. Durant ces premières semaines de traitement, les AD traditionnels peuvent même exacerber les symptômes dépressifs et conduire au suicide.» Deux heures suivant une première injection de l'inhibiteur de FAAH, l'effet AD fait son apparition et atteint son paroxysme au quatrième jour de traitement.

Mais ne serait-il pas plus simple de fumer du cannabis? Francis Bambico est catégorique: «Surtout pas! Un joint de marijuana contient une foule de substances dont plus de 60 cannabinoïdes différents et nous ne savons pas lesquels ont des effets bénéfiques. C'est pourquoi la marijuana induit des effets différents chez diverses personnes. Certains peuvent devenir agités, d'autres plus anxieux, voire paranoïaques», dit-il. De plus, lorsque la marijuana est fumée longtemps durant l'adolescence, elle peut induire une vulnérabilité à la dépression, et accroître le risque de schizophrénie et d'anxiété à l'âge adulte, rappelle le chercheur. «C'est pour toutes ces raisons que nous avons mis au point l'inhibiteur de FAAH qui ne possède que les bons effets du cannabis», souligne-t-il.