Accouchement - Les Montérégiennes n'ont toujours pas le libre choix

Environ 1300 montérégiennes souhaiteraient accoucher accompagnées d’une sage-femme.
Photo: Jacques Nadeau Environ 1300 montérégiennes souhaiteraient accoucher accompagnées d’une sage-femme.

Près d'un bébé sur cinq au Québec naît en Montérégie. Parmi ceux-là, tous ou presque poussent leur premier vagissement à l'hôpital, au grand dam de plusieurs mères qui réclament en vain d'autres alternatives. Pourtant, l'Agence de la santé hésite encore à donner le feu vert à la construction d'une maison de naissance qui viendrait multiplier leurs options. Une tergiversation qui n'est pas sans conséquence alors que le recours aux sages-femmes illégales fleurit dans la région.

Pour le mouvement Maison de naissance Montérégie (MNM), il est clair que la situation est devenue intenable. Cette année, au moins une centaine de mères auraient eu recours à une sage-femme illégale. Avec tous les risques que cela comporte, déplore la porte-parole de ce mouvement, Manon Cantin. «C'est une situation très inquiétante. Ces travailleuses ne sont pas reconnues par l'Ordre [des sages-femmes du Québec]. Elles suivent une procédure dont les règles ne nous paraissent pas claires. Sans compter le fait qu'elles facturent les mères pour un soin que toutes les femmes devraient pouvoir recevoir gratuitement.»

Tant et aussi longtemps que la Montérégie n'aura pas sa maison de naissance bien à elle, la situation perdurera, croit Mme Cantin. La loi québécoise précise en effet qu'une sage-femme doit absolument être attachée à une maison de naissance pour pratiquer son métier, même pour accompagner une femme désirant accoucher dans l'intimité de son foyer. Cette limite, les Montérégiennes l'ont longtemps contournée en faisant appel aux services des professionnelles des maisons de naissance de Pointe-Claire et de Montréal. Mais là-bas, les listes d'attente sont désormais trop longues pour les accommoder.

En tout, le mouvement estime qu'un peu plus de 1300 femmes seraient intéressées par cette approche qui met la mère et l'enfant au centre de tout. Mais pour l'instant, c'est encore leur parole, contre celle de l'Agence. «À l'Agence, on nous a dit que rien ne bougera tant et aussi longtemps qu'il n'y aura pas de mobilisation populaire. C'est pour ça que nous sortons publiquement aujourd'hui», explique Mme Cantin. Tous les sympathisants du mouvement MNM sont en effet attendus cet après-midi au centre culturel Pierre et Bernard Lucas de Saint-Hubert où ils ont l'intention de se faire entendre haut et fort.

Pour l'instant, leur but reste modeste. «Nous pensons à une première maison pour 2009», raconte Mme Cantin. Cette maison devrait pouvoir être le théâtre de 350 accouchements par année et rouler à plein régime sur le champ. «On est à peu près certaines qu'on pourrait ouvrir une maison ici et qu'elle serait complète dès la première année. Il n'y a qu'à voir le nombre de femmes qui se font refuser l'accès à l'une ou l'autre des maisons environnantes.»

Selon les calculs du mouvement, il en coûterait 850 000 $ pour faire fonctionner cette première maison. Il s'agit là d'une première étape, explique Mme Cantin, qui estime que la région aurait, à terme, besoin de cinq maisons pour accueillir toutes les femmes tentées par un suivi sage-femme.

À l'heure actuelle, seules 1,5 % des Québécoises ont accès à un tel suivi dans l'une des huit maisons de naissance que compte le territoire. Pourtant, un sondage effectué en 2005 pour le compte du ministère de la Santé montrait que le quart des femmes souhaite accoucher en dehors d'un centre hospitalier. Au printemps dernier, le ministre de la Santé Philippe Couillard avait laissé entendre que 12 nouvelles maisons pourraient être ouvertes d'ici 2015. Il faudra toutefois attendre le dépôt prochain de sa politique de périnatalité pour en avoir la confirmation.