Assurances privées dans la santé: mise en garde de la CSN

Une heure et demie de discussion «attentive» et «ouverte» n'aura pas suffi à convaincre la présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) de la pertinence des travaux engagés par le groupe de travail sur le financement de la santé. Le mandat donné à son président, Claude Castonguay, est «trop restreint», a tranché hier Claudette Carbonneau, qui s'inquiète de voir qu'on y «scrute les problèmes à travers la seule lunette du financement et d'une ouverture accrue au privé».

La CSN ne s'en cache pas, elle défend farouchement la pérennité du système public. Aujourd'hui, sa crainte est grande de voir le groupe recommander un recours accru aux assurances privées pour couvrir des services déjà assurés par le régime public. Hier, Mme Carbonneau a d'ailleurs longuement mis en garde le groupe Castonguay contre une telle tentation. Trop de prestataires de régimes privés d'assurance collective sont déjà pris à la gorge en raison de la hausse importante du prix des primes, a-t-elle fait valoir.

Par exemple, chez l'assureur SSQ, la prime d'assurance collective moyenne par adhérent est passée de 495 $ en 1996 à 1043 $ en 2006. «On parle ici d'une augmentation de 111 %. Ce n'est pas rien, d'autant que, pour certains salariés, cela peut accaparer jusqu'à 10 % de leur salaire brut», remarque Mme Carbonneau. Idem pour les employés du secteur de la santé et des services sociaux affiliés à la CSN dont la prime de base a augmenté de près de 130 % en huit ans. Ces hausses importantes ne sont pas sans effet sur la protection de plusieurs prestataires, qui ont été nombreux à voir leur couverture fondre, ou même leur être retirée.

Ce contexte rend la venue de nouvelles assurances privées parfaitement illusoire, croit Mme Carbonneau, qui prône plutôt une consolidation du régime public, voire un élargissement de la couverture publique actuelle. «Avec un désengagement des employeurs qui, de plus en plus, gèlent leur contribution, c'est une crise de l'assurance collective qui point à l'horizon. Comment pourra-t-on ajouter de nouvelles garanties pour des interventions chirurgicales, comme celle de la hanche, du genou, des cataractes, et ainsi de suite?»

La CSN a présenté hier plusieurs études, dont une de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui démontre que le développement de régimes privés d'assurance maladie a pour effet d'augmenter les dépenses totales de santé sans alléger la charge publique en retour. Un pareil système favoriserait également les riches au détriment des plus pauvres.

Tout comme la Fédération des professionnèles et la Fédération de la santé et des services sociaux qui lui sont affiliées, la CSN croit que le salut du système de santé passe en priorité par un virage en première ligne et la mise en place d'un réseau de cliniques publiques spécialisées.

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