Santé - Chrétien négociera avec les provinces en dépit de l'avis de Rock

Jean Chrétien
Photo: Agence Reuters Jean Chrétien

Ottawa — Le gouvernement fédéral discutera avec les provinces avant de réinvestir des milliards de dollars dans le système de santé, a réitéré hier le premier ministre Jean Chrétien, coupant ainsi court à l'approche musclée prônée lundi par le ministre de l'Industrie, Allan Rock.

«On va discuter avec les provinces, a assuré M. Chrétien à sa sortie du conseil des ministres. Ce que les gens veulent, c'est pas des chicanes là-dessus, ils veulent qu'il y ait des résultats.»

Aux Communes, le premier ministre a néanmoins soutenu que l'imposition de conditions par Ottawa rendrait service à la population, ce que l'Assemblée nationale du Québec conteste vivement.

«Parfois, il est très utile d'avoir des fonds qui sont dédiés à quelque chose de très précis, de telle façon que la population puisse avoir l'équipement qui est nécessaire», a affirmé M. Chrétien.

Ottawa n'a qu'à demander aux provinces de consacrer les nouveaux fonds à la santé, sans imposer davantage de conditions, a rétorqué le chef bloquiste, Gilles Duceppe.

Lundi, le ministre Rock s'était montré fort incisif sur la question, laissant entendre qu'en négociant des «ententes de coulisses» avec les provinces sur le réinvestissement en santé, Ottawa risquerait de rater l'occasion de réformer le système en profondeur.

Jean Chrétien a fait peu de cas de ces déclarations de l'ancien ministre de la Santé, les imputant à la volonté de M. Rock de lui succéder à la tête du Parti libéral.

«Ils ne sont pas muets, mes ministres, a dit le premier ministre. Ils ne sont pas handicapés, ils ont des opinions. À la fin de la journée, c'est moi qui décide, quand je serai là pour donner mes avis.»

La course au leadership a changé la donne, a admis M. Chrétien.

«Il y a une nouvelle situation qu'il faut que les gens réalisent, a-t-il déclaré. C'est que nous sommes [...] pour choisir un chef éventuellement, alors les candidats possibles sont bousculés par la presse pour avoir des opinions. Vous [les journalistes], vous cherchez à trouver des conflits, mais ce qui est important, c'est qu'à la table du cabinet, la décision est prise.»