L'entente de principe divise les omnipraticiens

L'entente conclue à l'arraché en octobre par le ministre de la Santé avec les omnipraticiens bat de l'aile. Plusieurs associations contestent l'entente négociée par leurs dirigeants, et l'on s'attend à ce que le vote final cristallise cet état de division dans les troupes.

L'accord de principe auquel était parvenu François Legault avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) semble de plus en plus précaire. Plusieurs associations régionales ont refusé d'entériner l'entente approuvée en octobre par leurs dirigeants, ce qui laisse prévoir une division massive des troupes lors du vote ultime qui doit se tenir le 14 décembre prochain.

Ces dernières semaines, trois des 16 associations régionales de la FMOQ ont en effet rejeté du revers de la main l'entente négociée par leurs représentants.

Du nombre, on compte l'imposante Association des médecins omnipraticiens de Montréal (AMOM), de même que l'association régionale des omnipraticiens de la région Richelieu-Saint-Laurent, qui regroupe les médecins de la partie la plus populeuse de la Montérégie. À elles seules, ces associations rebelles représentent près de 40 % des omnipraticiens du Québec. La région de la Côte-Nord s'est aussi jointe au clan des opposants.

Ce vent d'opposition est important, puisque ce sont les 127 délégués de l'ensemble des associations d'omnipraticiens du Québec qui doivent décider, lors de la prochaine assemblée générale du Conseil de la FMOQ le 14 décembre prochain, si l'entente sera approuvée ou non.

Pour l'instant, la trentaine de délégués en provenance des régions rebelles semble insuffisante pour entraîner un renversement de la décision prise par les plus hautes instances de la FMOQ. Mais cette rébellion laisse présager une assemblée fort houleuse, dont la fédération pourrait ressortir affaiblie et ses membres, plus divisés que jamais.

«Mathématiquement, on s'attend à ce que le projet d'entente passe. Mais c'est sûr que cette entente ne fait pas l'affaire de tout le monde et qu'il n'y a rien de gagné. Tout peut arriver dans une assemblée», a confié une source proche de la FMOQ.

Les médecins de la région de Montréal se montrent notamment fortement opposés à l'entente, en raison de l'obligation qui leur sera faite d'effectuer des activités médicales prioritaires en CLSC, à l'hôpital ou dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée. Certains reprochent aussi à leur président, le Dr Renald Dutil, d'avoir plié l'échine devant les politiques contraignantes du ministre Legault. En région, où la plupart des médecins participent de façon importante aux activités hospitalières, cette disposition causerait beaucoup moins d'émois.

Selon le Dr Jean Rodrigue, porte-parole de la fédération, l'entente négociée par la FMOQ est «difficile» à digérer pour certains membres. Car bien qu'elle comporte des améliorations importantes pour les médecins qui travaillent en urgence et auprès des clientèles vulnérables, il n'en reste pas moins qu'elle entérine l'application des lois 114 et 142, deux lois contre lesquelles les médecins se sont farouchement battus.

«C'est sûr que ça ne fait pas l'affaire de tout le monde, et la bataille menée actuellement par les médecins spécialistes fait dire à certains omnipraticiens que nous aurions dû aller plus loin», a fait valoir le Dr Rodrigue.

Ce dernier ne croit toutefois pas, dans le contexte actuel, que les médecins de famille auraient gagné plus à enclencher des moyens de pression comme les spécialistes.

Selon ce dernier, ce n'est pas la première fois que des votes sur des ententes collectives divisent ainsi les troupes. En 1998, l'entente qui avait obligé les médecins à retrancher 6 % de leur enveloppe globale de rémunération pour permettre au gouvernement Bouchard d'atteindre le déficit zéro avait aussi semé la zizanie.