Journée mondiale du sida - Médecins du monde veut sauver des vies en Haïti

Le Dr Réjean Thomas, président de Médecins du monde Canada, accompagné de l’écrivain d’origine haïtienne Dany Laferrière, a lancé hier un appel à l’aide pour les mères et leurs enfants victimes du sida en Haïti.
Photo: Jacques Nadeau Le Dr Réjean Thomas, président de Médecins du monde Canada, accompagné de l’écrivain d’origine haïtienne Dany Laferrière, a lancé hier un appel à l’aide pour les mères et leurs enfants victimes du sida en Haïti.

Imaginez un Québec où 200 000 enfants ont perdu un parent à cause du sida. Imaginez un Québec où le virus emporte 100 personnes par jour.

Ce pays d'horreur existe. Haïti et ses 6,6 millions d'habitants se réveillent tous les jours avec le cauchemar du VIH. Le Dr Réjean Thomas, président de Médecins du monde Canada, l'a constaté de ses yeux lors de ses nombreux séjours dans l'île antillaise.

Accompagné de l'écrivain d'origine haïtienne Dany Laferrière, le Dr Thomas a profité hier de la Journée mondiale du sida pour lancer un appel à l'aide. Médecins du monde cherche 100 000 $ pour arracher 150 mères de Cité Soleil des griffes du sida. L'argent servirait à leur administrer la trithérapie, qui se révèle difficile d'accès dans les pays pauvres.

Médecins du Monde Canada finance déjà un projet de prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant à Cité Soleil. L'initiative assure aux mères enceintes séropositives un accès à des médicaments qui peuvent mettre le foetus à l'abri d'une infection. Administrés durant la grossesse et après l'accouchement, ces médicaments diminuent «de 70 à 80 %» les chances d'éclosion du virus chez l'enfant, explique le Dr Thomas. «Nous devons relever un autre défi: offrir aux mères de ces nouveau-nés l'accès à la trithérapie après l'accouchement, afin que ces enfants ne voient pas leur mère mourir du sida», a-t-il dit.

«Médecins du monde veut saisir la moindre chance de sauver des vies humaines, et je partage totalement cette vision. Ce qui nous semble une petite flamme sera un grand soleil pour d'autres», a renchéri Dany Laferrière.

Médecins du monde ne cherche pas seulement de l'argent. L'organisme fait appel à la générosité des compagnies fabriquant du «lait maternisé», un produit de substitution que l'on offre aux bambins nés de mères frappées par le VIH.

Portée symbolique

et politique

Pourquoi Haïti? Pourquoi pas. Sauver 150 vies, dans un pays de sept millions de personnes, c'est bien peu, reconnaît le Dr Thomas. «Ce n'est peut-être pas grand-chose dans l'histoire du pays. Mais si on pensait comme ça, on ne ferait jamais rien.»

Le Dr Thomas prête par ailleurs une portée «symbolique et politique» à son projet. Si les mères adhèrent à la trithérapie, elles pourront réduire au silence les critiques au sein de la communauté scientifique internationale. Les médecins reprochent parfois aux populations des pays sous-développés un manque de volonté et de sérieux dans la poursuite des thérapies contre le VIH. «On veut détruire le mythe que les gens ne seront pas capables de bien suivre le traitement», a dit le Dr Thomas.

Avec un taux de prévalence au VIH d'environ 5 %, Haïti s'en tire beaucoup mieux que les pays d'Afrique australe, où la prévalence grimpe à 20 %, voire 30 %. Le Dr Thomas revient tout juste d'un périple au Malawi, un pays voisin du Mozambique et de la Tanzanie. Le sida y tue 250 personnes par jour; l'espérance de vie est passée de 49 à 39 ans en dix ans. Le Dr Thomas n'hésite pas à qualifier la situation des pays africains comme «une crise humanitaire catastrophique».