Marches et prières un peu partout dans le monde

Johannesburg — Des millions de personnes ont marqué hier la Journée mondiale du sida par des marches, des prières et des manifestations d'espoir, sur fond de statistiques montrant que la pandémie progresse de façon alarmante dans certaines régions du globe.

En Chine, le gouvernement a annoncé qu'il enverrait en 2003 un million d'étudiants en campagne d'information dans tout le pays. En Grande-Bretagne, des experts ont signalé une hausse impressionnante des nouvelles infections. Et l'Afrique du Sud, le pays le plus atteint par la maladie, a organisé des funérailles collectives d'enfants en bas âge.

«Nous rendons hommage à tous les enfants que nous avons perdus en leur prodiguant des soins», a déclaré Jackie Schoeman, du Refuge pour bébés de Cotlands, qui a enterré les cendres de petites victimes incinérées lors d'une cérémonie

à Johannesburg.

En France, le président Jacques Chirac a lancé un appel à la mobilisation nationale et internationale contre la pandémie, soulignant «qu'on continue à mourir en France du sida».

«Il y a un effort beaucoup plus important qui doit être engagé sur le plan de la solidarité internationale, notamment à l'égard de l'Afrique», a dit le chef de l'État en précisant que la France inscrirait cette question à l'ordre du jour du prochain sommet du G8 qu'elle accueillera en juin 2003.

Les manifestations de la Journée mondiale du sida ont mis en évidence la dangereuse progression de la maladie depuis sa détection en 1981 chez des homosexuels aux États-Unis.



Les femmes

de plus en plus touchées

Selon l'Onusida, l'agence de l'ONU spécialisée dans la lutte contre la pandémie, 42 millions d'êtres humains — pour moitié des femmes — ont contracté le virus du sida dans le monde, la plupart d'entre eux en Afrique subsaharienne. Le sida aura tué plus de 3,1 millions de personnes avant la fin de l'année, tandis que cinq millions auront contracté le virus dans le même temps, dit le rapport de l'Onusida.

Si l'Afrique est le continent le plus touché, l'Europe de l'Est et l'Asie centrale connaissent, avec 1,2 million de malades, le taux de croissance le plus important de la pandémie. Mais c'est en Asie, tout particulièrement en Chine et en Inde, que le sida prend la forme d'une véritable bombe à retardement.

On estime à un million le nombre de personnes infectées par le VIH en Chine et, à moins que des mesures efficaces ne soient prises, ce chiffre pourrait atteindre les dix millions — soit l'équivalent de la population totale de la Belgique — avant la fin de cette décennie, dit le rapport onusien.

En Amérique du Nord et en Europe de l'Ouest, la distribution de médicaments antisida, en 1995-96, avait entraîné une chute conséquente du nombre de décès liés à la maladie. Mais même dans ces régions, le déclin de l'épidémie semble en perte de vitesse.

À l'échelle mondiale, la moitié des personnes infectées sont désormais des femmes, ce qui signifie qu'un nombre croissant de bébés pourront être infectés par leur mère et que les femmes, qui étaient un rempart contre la maladie dans des populations où les hommes étaient décimés, sont devenues aussi vulnérables.

En Afrique australe, où près de 30 millions de personnes sont affectées par la maladie, la production alimentaire recule sous les effets conjugués de la sécheresse et de la baisse du nombre de travailleurs, des millions d'enfants sont orphelins, l'espace manque dans les cimetières, l'espérance de vie moyenne diminue et des milliards de dollars échappent aux économies déjà fragiles de la région.



Tabous sociaux

«On ne distingue plus entre ceux qui vivent avec le VIH/sida et ceux dont ce n'est pas le cas», a déclaré hier le vice-président sud-africain Jacob Zuma dans un discours officiel à l'occasion de la Journée mondiale du sida. «Nous vivons tous avec la maladie et en sommes affectés de multiples façons.»

Beaucoup de manifestations attiraient l'attention hier sur trois sujets d'inquiétude liés à la propagation du sida.

Le traitement, aujourd'hui limité à des cocktails complexes de médicaments antirétroviraux, n'est accessible qu'à un très faible pourcentage de personnes qui en ont besoin. La peur et les préjugés brident les victimes de la maladie, souvent tenues à l'écart des réseaux d'assistance communautaires aux moments où ils leur seraient le plus utiles. Enfin, la conscience générale de la maladie marque le pas, en dépit d'efforts d'éducation massifs sur ses modes de transmission et les moyens de l'éviter.

Longtemps épinglée pour avoir fermé les yeux sur une potentielle explosion de l'épidémie, la Chine a inauguré à l'occasion de la Journée mondiale une campagne de prévention et d'information, afin de mieux faire connaître la maladie et de persuader la population de ne pas se livrer à des discriminations contre les personnes infectées.

Par cette initiative, Pékin donne à toute l'Asie, soit plus de la moitié de la population mondiale, la preuve que les tabous sociaux liés au sexe ne constituent pas nécessairement un obstacle incontournable dans la lutte contre la maladie.

Dans une tribune publiée par le New York Times, l'ex-président Bill Clinton note que les efforts de prévention et d'éducation sont insuffisants et qu'il faut agir davantage pour soigner les malades du sida. Selon Clinton, qui dirige une organisation de lutte contre l'épidémie avec Nelson Mandela, 95 % des personnes infectées ne reçoivent aucun traitement. Il souligne aussi que près de six millions de personnes atteintes du sida dans les pays en développement sont indûment privées d'accès aux traitements qui ont fait leurs preuves en Occident.