Pas de vacances pour l'ostéoporose

Les pharmaciens appellent cette mauvaise habitude «prendre des vacances thérapeutiques». Mais derrière cette expression en apparence anodine se cache une pratique qui n'est pas sans danger quand on souffre d'ostéoporose. Une étude québécoise présentée hier à la 23e Conférence internationale de pharmaco-épidémiologie et de gestion du risque thérapeutique (ICPE) montre en effet que la non-conformité au traitement fait bondir sensiblement les risques de fractures liées à l'ostéoporose, une condition qui entraîne une perte graduelle de masse osseuse, principalement chez les femmes post-ménopausées.

Derrière les chiffres présentés hier à Québec, c'est carrément notre façon d'aborder la médication qui est interpellée, croit celle qui signe cette étude, la pharmacienne Julie Blouin. «Ce qu'il faut comprendre — et nous avons encore beaucoup de chemin à faire — c'est que ces médicaments doivent être pris régulièrement et sur une longue période pour qu'ils agissent bien. Autrement, la science a beau être exacte, l'effet ne sera pas au rendez-vous.»

Pour en arriver à cette conclusion, la chercheuse a épluché les dossiers de toutes les Québécoises âgées de plus de 68 ans qui avaient commencé une thérapie entre janvier 1998 et juin 2005, c'est-à-dire celles qui s'étaient procuré au moins une fois un médicament pour l'ostéoporose, que ce soit l'alendronate ou le résidronate, deux molécules vendues sous les noms de Fosamax et d'Actonel. Toutes ces femmes ont été suivies pendant au moins un an, le médicament ne faisant effet qu'après une période de six à douze mois.

Pendant cette période, la chercheuse a compilé toutes les fractures dites non vertébrales, moins courantes, certes, mais systématiquement compilées par la Régie de l'assurance maladie du Québec en raison de leur gravité. Total: 3293. «Quand une femme subissait une fracture, on choisissait aléatoirement 20 femmes témoins qui n'avaient pas subi de fracture dans notre échantillon et on mesurait l'exposition de chacune au médicament», explique l'étudiante au PhD qui a travaillé sous la direction de la Dre Sylvie Perrault, à l'Université de Montréal.

C'est ainsi que Mme Blouin a pu démontrer que les femmes qui avaient été fidèles à leur traitement pendant moins de 80 % de la durée prévue avaient vu leurs risques de subir une fracture importante, à la hanche ou à l'humérus par exemple, grimper de 15 %. «On s'est aperçu de surcroît que, plus les vacances thérapeutiques étaient longues, plus le risque de fracture était grand», poursuit Mme Blouin. Ainsi, une assiduité ne dépassant pas les 30 % du temps prévu a fait bondir de 27 % le risque de fracture chez ces adeptes des vacances thérapeutiques.

Au total, pas moins de 40 % des femmes ont dit avoir été infidèles à leur régime thérapeutique. Cette mauvaise habitude semble d'ailleurs se refléter directement dans les statistiques touchant les fractures de la hanche. Au Canada, on dénombre chaque année approximativement 25 000 fractures de la hanche et pas moins de 70 % d'entre elles sont directement reliées à l'ostéoporose. Coût annuel: 1,9 milliard de dollars.

C'est la première fois que des chercheurs arrivent à décortiquer l'effet du mauvais usage du médicament sur l'ostéoporose. Le travail a d'ailleurs valu à Julie Blouin un prix de la Société internationale de pharmaco-épidémiologie. Mais au-delà de cette récompense, la pharmacienne espère toucher le coeur du public pour qui le bon usage reste difficile à observer. «Le pharmacien devrait surveiller de plus près l'assiduité de ses patientes, les médecins devraient insister sur l'importance d'une prise régulière à long terme et les femmes devraient elles-mêmes faire circuler l'information», croit Mme Blouin, qui invite chacun à y mettre du sien.