Les attentes québécoises face au dépôt du rapport de la commission Romanow - Le milieu de la santé réclame un financement inconditionnel

Alors que des fuites laissent prévoir que le rapport Romanow prônera un rehaussement majeur des transferts fédéraux en santé, tous les acteurs québécois de la santé souhaitent que ce financement accru soit exempt de toute contrainte en ce qui a trait à l'organisation des services.

Reprenant la position officielle du gouvernement Landry et celle émise mardi par le chef libéral Jean Charest, la plupart des organisations québécoises en santé s'inquiètent des exigences que le rapport Romanow pourrait suggérer de joindre à l'injection de nouvelles sommes d'argent du fédéral.

«On veut que le financement ne soit pas attaché et que le choix de l'utilisation de ces fonds soit laissé aux provinces», a insisté hier une porte-parole de l'Association des hôpitaux du Québec (AHQ), Lisa Massicotte.

Les hôpitaux du Québec conviennent de la nécessité d'une reconnaissance explicite du sous-financement fédéral mais aussi d'un débat sur de nouvelles sources de financement. «À ce chapitre, on n'est pas certains que le rapport va aller très loin», a dit Mme Massicotte.

Dans la même veine, les gestionnaires d'hôpitaux souhaitent que le rapport ouvre la voie à la modernisation de la Loi canadienne sur la santé, notamment en proposant d'élargir aux soins à domicile les services de santé gratuits. Plus encore, on souhaite que les principes d'intégralité et d'universalité soient repensés à la lumière des contraintes financières actuelles. «Si le fédéral continue de se désengager, il ne peut pas continuer à exiger des autres le respect intégral de ses principes», a dit la porte-parole de l'AHQ.

Même cri du coeur du côté de l'Association des CLSC et des CHSLD, où on affirme que les recommandations doivent laisser toute latitude aux provinces pour qu'elles appliquent leur propre modèle. «On a un modèle québécois qui s'appelle le CLSC est qui est admiré partout ailleurs au pays. Alors, on ne veut pas que le fédéral vienne nous dire comment organiser nos services», a plaidé Andrée Gendron, directrice de cette association.

Celle-ci a d'ailleurs donné l'exemple des fonds ponctuels de 800 millions, octroyés il y a trois ans par le fédéral pour renflouer les soins primaires. Compte tenu des interminables négociations fédérales-provinciales amorcées afin de déterminer la façon de dépenser cette somme, les CLSC n'ont toujours pas vu la couleur de cet argent! «Il faut éviter les solutions ponctuelles qui ne règlent rien à nos problèmes de financement et assurer un financement stable des services», a dit Mme Gagnon.

L'idée d'une superagence fédérale de surveillance, évoquée cette semaine par le quotidien The Globe and Mail, fait aussi dresser les cheveux sur la tête des prestataires de services québécois. «Si on veut dépenser notre argent pour surveiller ce qu'on fait, ça n'a pas de sens. Ici, tout le monde s'entend sur ce qu'on doit faire, alors passons aux actes», a relancé Mme Gendron.

On n'en pense pas moins à la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), où l'on craint que le rapport Romanow prêche l'«orthodoxie pure et dure» face à la Loi canadienne sur la santé. «Nous, on croit à de nouvelles formes de financement et à une certaine participation du privé, notamment dans des cliniques affiliées. Mais on craint que ce soit un rapport de plus qui dise la même chose que les autres», a soutenu hier le Dr Yves Dugré, président de la FMSQ.

Par ailleurs, celui-ci espère que le rapport réitère, comme plusieurs autres avant lui, l'importance d'investir dans les centres hospitaliers universitaires. «On sait ce qu'il faut, a-t-il conclu. Maintenant, arrêtons les rapports et passons à l'action! Comme médecin, ce qui me préoccupe, c'est l'accessibilité aux soins des patients.»