Le Collège des médecins prescrit un auto-examen au milieu de la santé

L'automne 2007 sera santé ou ne sera pas! Outre le dépôt du rapport de Claude Castonguay sur le financement du réseau qui promet de faire bien des vagues, la saison verra le milieu de la santé se prêter à un exercice d'auto-examen jamais vu. Le Collège des médecins du Québec a en effet annoncé hier son intention de tenir son propre sommet, un événement de mobilisation sans précédent — et sur invitation! — qui se fera en famille, à l'abri des milieux politique et financier.

L'objectif du Collège est clair: il veut donner un son de cloche réaliste aux décideurs. Mais pour cela, il a choisi d'exclure les gouvernements comme les partis politiques. «Ça fait 30 ans qu'on traite des crises à coup d'argent et ça ne marche pas. Nous, on veut aller plus loin», a expliqué son président, le Dr Yves Lamontagne, qui ne croit pas que le rapport Castonguay suffise à sauver le système. «Son mandat est politique et se restreint au financement; nous, on va aussi examiner l'organisation des soins et l'administration du système.»

Car le financement n'est pas le seul mal qui ronge le réseau québécois. «On sait depuis plusieurs années que le système est malade, mais on note des signes de complications structurelles qui nous inquiètent au plus haut point», a fait valoir le Dr Lamontagne. Fait éloquent, depuis le début de l'année le Collège a reçu une quinzaine de lettres de médecins qui s'inquiètent de voir que la surcharge du réseau nuit à la qualité des soins prodigués. «Il s'agit d'une première qui nous étonne et nous inquiète beaucoup», a précisé le secrétaire du Collège, le Dr Yves Robert.

Tous ces appels au secours ont secoué la direction du Collège, qui a décidé de passer à l'action en organisant un sommet dédié à la santé les 5, 6 et 7 novembre prochains. Pendant ces trois jours, 150 acteurs du réseau seront invités à partager leurs idées afin de trouver des solutions «concrètes» qui tranchent avec ce qui a été proposé jusqu'ici. «Il faudra sortir des paramètres actuels, réinventer une organisation plus fiable et efficace et optimiser les investissements», a précisé le Dr Lamontagne.

Listes d'attente qui persistent, accès difficile à un médecin de famille, accès limité aux plateaux techniques et aux ressources spécialisées, le parcours du malade dans le réseau québécois en est un de combattant, a rappelé hier le président du Conseil pour la protection des malades, Me Paul G. Brunet. «On n'est pas toujours d'accord avec les positions du Collèges, mais sur ce point, on l'est parfaitement et on entend participer activement à sa proposition de réflexion.»

Pour cela, le réseau devra toutefois sortir des sentiers battus, quitte même à examiner une fois pour toutes la place du privé dans notre système public, a prévenu le Dr Lamontagne. «On a le système public le plus rigide au monde. Il va falloir aller dans une autre direction si on veut changer les choses.» Bien sûr, entre un système privé-privé à l'américaine et un système privé arrimé à un système public fort, il y a deux mondes, a tenu à préciser le Dr Lamontagne. Ce dernier pense plutôt à mettre en avant un meilleur arrimage entre le privé et le public, un peu comme cela se fait déjà avec les coopératives de santé, où l'État continue à payer pour les services médicaux mais où c'est la coopérative qui assume le coût des infrastructures.

Toutes les personnes du public ou évoluant dans le réseau de la santé sont invitées à faire parvenir leurs solutions sur les sujets qui seront abordés lors du sommet à l'adresse électronique suivante: sommetdelasante@cmq.org.

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