Santé: le débat public n'aura pas lieu, selon la FIQ

Claude Castonguay
Photo: Claude Castonguay

La nomination de Claude Castonguay à la tête d'un groupe de travail ayant pour mandat d'examiner le financement de la santé est un geste «antidémocratique et biaisé» qui mérite d'être dénoncé, écrit la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) dans une lettre publiée ce matin dans nos pages. Lina Bonamie prend ainsi le relais de la Coalition Solidarité Santé et de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) en réclamant rien de moins que l'abolition de cette proposition incluse au budget de la ministre des Finances Monique Jérôme-Forget.

Selon la présidente de la FIQ, cette nomination contrevient à la promesse faite en commission parlementaire par le ministre de la Santé et des Services sociaux Philippe Couillard voulant que le financement du réseau fasse l'objet d'une réflexion et d'un débat soutenu entre les différents acteurs concernés. En nommant un groupe aussi restreint — M. Castonguay sera aidé de deux autres experts dont les nominations sont encore à annoncer —, le gouvernement Charest vient court-circuiter toute forme de débat public en coupant l'herbe sous le pied de tous ceux qui étaient prêts à mettre la main à la pâte, déplore Lina Bonamie.

De l'huile sur le feu

De surcroît, la nomination de M. Castonguay est venue mettre inutilement de l'huile sur le feu, s'indigne la présidente de la FIQ. «Quoi qu'on en dise, M. Castonguay a perdu la foi envers le système public. Les conclusions du rapport du CIRANO dont il est signataire sont limpides: la privatisation des services de santé et services sociaux et le principe de l'utilisateur payeur sont mis en avant.» Et ce n'est pas son voeu de voir l'ancien ministre Michel Clair l'épauler dans sa tâche qui viendra rassurer la fédération rassemblant 57 000 professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires.

Au contraire, fait valoir Mme Bonamie, «Michel Clair dirige présentement le Groupe de santé Sedna, une entreprise qui vend des services d'hébergement et de soins de longue durée, des services à domicile, des soins infirmiers, gère des hôpitaux en Amérique latine et des résidences pour personnes âgées. Pour nous, il est clair qu'il ne pourra pas faire le contrepoids». À défaut d'obtenir le débat public promis, la FIQ insiste pour que Québec nomme un expert «pro-public» capable de se mesurer à M. Castonguay.

Protéger le public

C'est que la FIQ a à coeur de préserver le système public intact, poursuit Mme Bonamie, qui demande au gouvernement Charest de se raviser en permettant aux Québécois de décider collectivement de l'avenir de leur système de santé. La FFQ n'en pense pas moins. «Nous présenter le secteur privé comme la panacée à tous les maux, c'est faire preuve d'une bien courte vue et nier les inégalités sociales en santé», a fait valoir la fédération dans un communiqué.

Solutions de rechange

Ces deux fédérations, tout comme la Coalition Solidarité Santé, pensent qu'il est possible de mettre de l'avant des solutions de rechange capables de donner un nouveau souffle au système de santé sans avoir à changer de paradigme pour autant. La FFQ cite notamment l'approche globale de la santé, qui agit à la source, «c'est-à-dire sur les facteurs sociaux qui influencent la santé comme la pauvreté, le logement, l'éducation et la conciliation travail-famille-études».

Rappelons que le gouvernement Charest a mandaté Claude Castonguay pour qu'il préside un groupe-conseil sur le financement de la santé. Ce dernier travaillera à partir d'un document qu'il a cosigné ce mois-ci pour le compte du centre interuniversitaire CIRANO, une étude par ailleurs financée en partie par le Conseil du trésor. Son rapport est attendu à l'automne.

À voir en vidéo