Les médecins étrangers réclament justice

Le Dr Khaled Filali, le Dr Comlan Amouzou, le Dr Behzad Mansouri et le directeur général du CRARR ont tour à tour pris la parole hier pour dénoncer les «barrières discriminatoires» qui empêchent l’intégration des médecins diplômés à l’é
Photo: Jacques Nadeau Le Dr Khaled Filali, le Dr Comlan Amouzou, le Dr Behzad Mansouri et le directeur général du CRARR ont tour à tour pris la parole hier pour dénoncer les «barrières discriminatoires» qui empêchent l’intégration des médecins diplômés à l’é

Les médecins diplômés à l'étranger (MDE) auxquels on a refusé une résidence après qu'ils eurent réussi tous les examens requis n'ont pas l'intention de lâcher le morceau. Hier, ils ont défendu haut et fort leur compétence et exigé que le processus de sélection actuel, qui favorise selon eux l'exclusion et la stigmatisation des immigrants, soit revu et corrigé en leur faveur. À défaut de quoi, ces médecins étrangers sont prêts à aller défendre leurs droits jusque devant les tribunaux et à l'ONU.

Pour ces médecins, il est impératif que les choses changent, le Québec n'ayant tout simplement pas les moyens de faire de ces forces vives des «livreurs de pizzas ou des chauffeurs de taxi». «Il est temps que nous passions à des actions concrètes pour nous faire respecter comme médecins et pour démontrer qu'il est possible de refaire sa carrière au Québec, sinon aucun médecin ou professionnel à l'étranger ne pensera qu'il a des chances égales dans cette province», a lancé le Dr Behzad Mansouri, président de l'organisme Canada International Medical Graduates' Rights.

On dénombre un total de 112 MDE qui ont vu leur parcours s'arrêter aux portes des universités après avoir réussi les examens du Collège des médecins et de l'Office de la langue française. Et ce n'est pas faute de place puisque les facultés affichent plus de 80 postes vacants cette année. Ces places leur sont refusées faute de présenter les qualités requises pour entreprendre une résidence, a expliqué le président de la Conférence des doyens des facultés de médecine, le Dr Réjean Hébert. En effet, les diplômes ne suffisent pas. Pour être accepté, le candidat doit aussi présenter des habiletés cliniques suffisantes, habiletés qui feraient défaut à ces 112 MDE.

Mais ceux-ci affirment qu'ils n'ont même pas eu la chance de défendre leur dossier correctement. Selon le Dr Khaled Filali, président de l'Association québécoise des médecins diplômés hors Canada-États-Unis, entre 80 et 100 candidats se sont fait refuser une place sans jamais être reçus en entrevue, ce qui contrevient parfaitement aux règles des facultés. «C'est faux de dire qu'ils ont eu la chance de défendre leur dossier, ces candidats ont seulement reçu un courriel de refus. Comment est-il possible d'évaluer le potentiel et les habiletés cliniques d'un candidat si on ne consent même pas à l'entendre?»

Ces jugements, qu'on estime précipités, font d'autant plus mal qu'ils ont été repris plusieurs fois sur la place publique par divers intervenants. Les MDE ne digèrent d'ailleurs pas du tout les allusions faites par le Dr Réjean Hébert quant à leur prétendue incompétence dans certains domaines. «Nous contestons les propos du Dr Réjean Hébert, qui sont à notre sens irresponsables et discriminatoires», a lancé le Dr Comlan Amouzou, président de Médecins d'ailleurs. Selon lui, la remise en question des compétences des MDE porte atteinte à la dignité et à la réputation professionnelles de tous les médecins diplômés à l'étranger.

À cet effet, le groupe qui forme une nouvelle coalition a mandaté le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR) de documenter les décisions prises par les facultés à la lumière de la Charte des droits et libertés et des conventions internationales relatives à la discrimination raciale. Selon son directeur général, Fo Niemi, nul doute que les facultés ont fait preuve de racisme direct ou systémique à l'encontre des MDE. «On a commencé à recenser les dossiers des gens et, déjà, il y a des choses qui nous paraissent inhabituelles. Par exemple, il est impossible de dire sur quelles bases les décisions sont prises. On constate aussi que les gens n'ont pas accès aux mêmes protocoles. Pour nous, il est clair qu'il y a un manque de transparence qui est discriminatoire.»

Les divers groupes présents hier ont aussi déploré l'absence de véritable volonté d'intégration en ces temps de pénurie. «Il n'y a pas de volonté d'accueillir les médecins étrangers. On leur refuse certains privilèges comme l'accès au cahier des habiletés cliniques. On ne leur donne pas les mêmes séances d'information», déplore le Dr Filali. Cet Algérien parle en toute connaissance de cause, lui à qui on a refusé 20 demandes de résidence cette année, en dépit du fait qu'il se dise prêt à aller travailler partout au Québec, «de Val-d'Or à Gaspé».

Ces refus à répétition ont un effet direct sur la motivation des MDE, a poursuivi le Dr Filali. «Vous savez, les gens commencent à penser à partir. Certains n'ont plus les moyens d'attendre encore un an, deux ans ou même plus. Ils préfèrent aller en Ontario ou aux États-Unis, où ils seront bien mieux accueillis. Moi-même, j'y pense, même si c'est ici que j'ai envie de vivre.»

Pour dénouer l'impasse, les porte-parole des MDE ont sollicité une rencontre avec le ministre de la Santé, Philippe Couillard, ainsi qu'avec les ministre Michèle Courchesne (Éducation) et Yolande James (Immigration). Ils réclament aussi la mise en oeuvre des principes d'accès à l'égalité et la création d'un programme de stages d'immersion rémunérés pour les médecins étrangers.

À ce propos, le ministre de la Santé a rencontré les doyens des quatre facultés de médecine du Québec mardi. À la suite de cette réunion, Philippe Couillard s'est borné à annoncer d'autres réunions de travail, avec le Collège des médecins cette fois-ci. «On a convenu de ne pas en dire plus pour l'instant sur les voies de solution qui apparaissent prometteuses mais qui doivent également faire intervenir le Collège des médecins dans la phase d'évaluation des compétences», a dit M. Couillard à la radio de Radio-Canada.

Les facultés, elles, jugent qu'elles ont joué leur rôle en admettant un nombre record de 58 médecins diplômés à l'extérieur du Canada et des États-Unis cette année. Mais cet effort coûte cher aux universités. Une étude commandée par la Conférence des doyens a permis d'établir que les facultés doivent fournir jusqu'à 40 % de ressources pédagogiques supplémentaires pour permettre aux candidats provenant de l'extérieur du Canada et des États-Unis de réussir leur résidence. Malgré tout, ces candidats connaissent plus d'échecs, à raison de 25 %, contre seulement 2 % chez les candidats formés au Québec.
16 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 17 mai 2007 07 h 04

    Chauffeurs de taxi mon oeil

    Le JDM vient de publier un excellent dossier sur les médecins-immigrants. Il en a trouvé deux qui étaient chauffeurs de taxi!!! Deux. Le premier ne parlait pas bien français, le second avait aussi été refusé par les Américains.

    Les médecins chauffeurs de taxi, c'est dans les Bougons. Ou dans le monde nébuleux de Fo Niemi, agitateur professionnel, subventionné avec l'argent de nos taxes, pour nous emmerder quotidiennement.

    A quand un dossier sur son organisme? Comment se fait-il qu'alors qu'on débat à Ottawa les coupures aux organismes de défense des francophones, Fo Niemi ,lui, roule encore sur l'or avec sa business ethnique?

  • Bruno - Inscrit 17 mai 2007 08 h 08

    Un ministre sans crédibilité

    Chaque fois qu'un problème se rapportant à la santé est soumis au ministre Couillard, celui-ci déclare que la situation s'améliore. Pourtant il y a des dossiers qui traînent sans explications satisfaisantes.

    Le cas des médecins venus de l'étranger qui ne peuvent pas faire de stage alors qu'il y a des places de libres en est un exemple.

    Les cliniques privées qui devaient désengorger les urgences ne semblent toujours pas voir le jour.

    Le minstre Couillard est un ministre dont l'enthousiasme et la capacité de régler des problèmes sont des choses du passé.

    À défaut, pour le preminer ministre, de le remplacer par quelqu'un d'autre, la population se devra de remplacer, au moment des élection, ceux qui gouvernement (mal) le Québec.

  • Nicolas Vincent - Inscrit 17 mai 2007 09 h 15

    Quand on a le pouvoir, on le garde

    Le récit relaté par Monsieur Drapeau est bien triste... et ne me surprend même pas. Le collège des médecins est un monopole: évidemment, l'existence de ce monopole est justifié sur la base de raisons on ne peut plus nobles (protection des patients contre les bistouris fous), mais au bout du compte, ce n'est principalement qu'une question de limiter l'offre afin de garder le pouvoir (et d'augmenter les salaires).

    N'est-ce pas incroyable que ceux qui ont le plus à gagner du refus des médecins étrangers soient aussi ceux qui ont le dernier mot sur ces décisions? Pourquoi sommes-nous si vifs à dénoncer un monopole économique, mais si aveugles à ce genre de corporatisme aux conséquences importantes pour la santé de la population?

  • André Doré - Inscrit 17 mai 2007 09 h 55

    Les médecins étrangers réclament justice et les québécois réclament des médecins...

    À titre de professionnel et de québécois, et parce que je connais quelques médecins diplômés d'ailleurs, je me sens interpellé par cette problématique du manque de médecins au Québec et par la logique déficiente de la Conférence des doyens des facultés de médecine.

    Il y a trois groupes responsables de l'intégration des médecins étrangers dans notre système de santé: le Collège des médecins, les facultés de médecine et les hôpitaux qui reçoivent ces médecins pour leurs stages en résidence. Une responsabilité ultime, quant à moi, et comme le mentionne M. Giroux dans son commentaire, doit être attribuée au Ministre de la Santé, à travers son gouvernement, qui peut et qui doit civiliser, à ce moment-ci, les doyens des facultés de médecine.

    Le Collège des médecins évalue les diplômes et les connaissances. Il y a trois tests que les médecins diplômés à l'étranger (MDE) doivent réussir pour que leur formation soit reconnue équivalente à celle des médecins formés ici, au Québec. Ces médecins doivent aussi réussir un examen de français de l'Office québécois de la langue française. Les MDE acceptent ce passage obligé et reconnaissent qu'ils doivent démontrer que leur formation est équivalente à celle qui est donnée ici au Québec. Selon le docteur Khaled Filali, président de l'Association québécoise des médecins diplômés hors Canada-États-Unis, il y a 112 MDE qui ont réussi tous ces tests et qui se sont vus refuser une place en résidence... malgré que les facultés affichent plus de 80 postes vacants cette année...!!! Messieurs les doyens... CES 112 MDE ONT RÉUSSI UNE ÉTAPE QUE LA MAJORITÉ DES MÉDECINS EN EXERCICE AU QUÉBEC SERAIT INCAPABLE AUJOURD'HUI DE RÉUSSIR.

    Le Collège des médecins ayant fait son travail, il incombe aux universités, dans une seconde étape, de faire une place à ces médecins. Bien sûr, si l'offre est plus grande que la demande, on peut comprendre que les universités doivent sélectionner les meilleurs candidats. Qu'on choisisse les 80 meilleurs de ces 112 m'apparaîtrait raisonnable, mais que 80 places soient laissées vacantes, alors que 112 MDE soient disposés à les occuper, relève de l'indécence. Si les propos du docteur Réjean Hébert, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine, sont correctement rapportés, ce dernier et ses copains devraient être sanctionnés. Le Ministre de la santé, ce matin-même (à la radio de Radio-Canada), rapporte que les universités, à travers leurs doyens des facultés de médecine, doivent être imputables de cette situation aberrante. Des situations comme celle décrite par M. Drapeau dans son commentaire, il y en a...

    Le docteur Réjean Hébert nous dit que les diplômes ne suffisent pas et que pour être accepté, un candidat doit aussi présenter des habiletés cliniques suffisantes. Comment évalue-t-on ces habiletés? Selon le docteur Hébert, cette évaluation peut se faire sans même rencontrer le médecin...!!! Il faut le faire...!!! Ceux qui lisent ou qui entendent ces propos du docteur Hébert ne peuvent qu'être d'accord avec le Dr Comlan Amouzoo, président de Médecins d'ailleurs qui les qualifie d'irresponsables et de discriminatoires.

    On raconte que les MDE échouent leurs stages en résidence dans une proportion plus élevée que les médecins formés ici. Il faut alors se demander quelles sont les raisons véritables d'une telle situation. Alors qu'en Ontario, avant leur entrée en résidence, on offre un programme de stages d'immersion pour les médecins étrangers afin de favoriser leur intégration, ici, rien de cela. Les MDE accueilleraient très favorablement la mise en place d'un programme semblable pour le Québec. Il faut donc se demander si on les veut réellement ces médecins. Le docteur Hébert est-il au courant qu'alors que les facultés refusent des sièges vacants à ces MDE, des malades sont en attente d'un médecin pour les examiner ou les référer à un spécialiste? Le docteur Hébert, au lieu de constater bêtement une situation comme celle qu'il décrit au sujet des difficultés supplémentaires que vivent les MDE, devrait se poser les questions élémentaires qu'on nous invite à se poser dans nos cours d'épidémiologie: Qui? Quoi? Oú? Quand? Comment? Pourquoi?

    En même temps, et juste à côté, alors qu'on s'acharne sur des MDE qui sont déjà formés et qui ne nous ont encore rien coûté, des médecins formés ici, dans leur pratique, ne respectent pas les consignes de base comme le simple lavage des mains pour contrer les infections nocosomiales et des médecins omnipraticiens s'improvisent plasticiens après quelques heures de formation (approuvées par nos facultés de médecine...???) mettant ainsi parfois la vie ou l'intégrité physique des gens en danger, au su et au vu de l'Ordre des médecins du Québec...!!! LE MONDE À L'ENVERS...!!!

    André Doré DMV, Msc (épidémiologie)

    Note:
    Je suis intéressé à recevoir une copie de cette étude commandée par la Conférence des doyens qui a permis d'établir que les facultés doivent fournir jusqu'à 40 % de ressources pédagogiques supplémentaires pour permettre aux MDE de réussir leur résidence. J'aimerais aussi voir comment on a fait le calcul pour arriver à la différence entre la proportion d'échecs des MDE et des médecins formés au Québec, et si on a cherché à comprendre les raisons de cet écart. Je fais ma demande, aujourd'hui-même, directement auprès du docteur Hébert.

  • jacques noel - Inscrit 17 mai 2007 10 h 34

    2167 médecins-immigrants! Où est la discrimination?

    Sur les 19,067 médecins membres du collège des médecins, 2167 sont des médecins immigrants soit 11,3% du cheptel, mutatis mutandis le même % que la population immigrante au Québec.

    Soutenir qu'il y a racisme, discrimination est une insulte à l'intelligence.


    http://www.cmq.org/CmsPrintableSimple.aspx?
    ContentCtrlName=CmsPages/PageCmsSimpleSplitContent.ascx&PageID=33673f17-316a-46b4-b854-7b0cf3e512a8


    D'autre part, TOUS les immigrants médecins, dentistes, professionnels ont été informés par l'ambassade canadienne lors de l'obtention de leur visa qu'ils ne pourraient pratiquer ici sans passer les examens des corporations canadiennes et que les critères étaient assez élevés. Soutenir l'ignorance est une fraude intellectuelle qui ne trouve preneur que chez les naifs. Ou les mal informés!