Le ministre Couillard mise sur l'accès aux soins de santé

Le fait de convaincre les médecins d’aller pratiquer en milieu rural n’est pas un travail de tout repos, rappelle le ministre.
Photo: Jacques Nadeau Le fait de convaincre les médecins d’aller pratiquer en milieu rural n’est pas un travail de tout repos, rappelle le ministre.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Philippe Couillard, fera de l'accès aux soins de santé sous toutes ses formes sa priorité au cours du nouveau mandat libéral qui s'amorce. Échanges avec le titulaire du plus gros portefeuille de l'État québécois.

«L'ère des grandes réformes structurelles sur le plan de la santé est derrière nous. Ce qu'il faut maintenant faire, c'est continuer à soutenir le réseau de la santé, mettre en place les politiques que nous avons initiées et récolter les bénéfices des changements apportés au réseau», soutient le ministre Couillard. Ce postulat se résume en une seule phrase: «Il s'agit de donner accès à des soins et des services de qualité et sécuritaires à l'intérieur de délais raisonnables.» Cette affirmation se décline en plusieurs priorités: services de réadaptation, chirurgies et salles d'urgence, entre autres.

Priorités

Premièrement, le dossier complexe des salles d'urgence: «Dans ce cas, il y a de nombreuses actions en cours qui devraient nous permettre de passer un meilleur hiver l'an prochain que celui qu'on a connu cette année, dont les problèmes étaient d'ailleurs partiellement dus à des épidémies qui sortaient de l'ordinaire, notamment la gastro-entérite. Nous allons donc continuer de peaufiner nos actions structurantes pour améliorer [les services] dans nos salles d'urgence en déployant nos cliniques-réseau, notamment, pour soutenir la première ligne. D'ailleurs, on ouvre actuellement des lits de transition pour que les patients puissent sortir rapidement de l'hôpital lorsque leurs soins aigus sont terminés, de manière à libérer des places.»

Deuxièmement, l'accès aux traitements chirurgicaux: les soins touchant les hanches, les genoux et les cataractes ont fait l'objet d'une attention particulière au cours des dernières années, considérés par le ministre comme une étape avant de passer à l'ensemble des chirurgies électives. «Il faut noter aussi que les progrès semblent se poursuivre, ce qui est encourageant. On se souviendra qu'en 2003, il y avait 44 000 personnes qui étaient en attente de soins, qui dépassaient ce qui était considéré comme raisonnable. On est actuellement à 28 000 personnes. Et c'est l'ensemble des chirurgies qui sont touchées par cette diminution. Il est faux de dire que l'effort ne porte que sur les hanches, les genoux et les cataractes.»

Par contre, précise le ministre, la chirurgie bariatrique (obèse morbide) «demeure problématique parce que la demande augmente beaucoup. Même si nous avons augmenté le nombre de chirurgies, on ne réussit pas à suffire à la demande. On est d'ailleurs en train d'étudier une nouvelle façon d'offrir ces services-là».

L'accès aux services de réadaptation physique et intellectuelle est un autre volet que le ministre prend très au sérieux. «Dans ce cas, on veut utiliser la même approche que pour la chirurgie, à savoir la définition des standards, et ce, avec la collaboration des professionnels, en misant sur une gestion plus rationnelle des listes d'attente et en portant une attention particulière aux jeunes enfants âgés de zéro à 12 ans, qui s'accompagne d'un volet de répit pour les familles.»

Préoccupations

Le ministre note aussi la mise en place de la Loi sur la protection de la jeunesse, qui entrera en vigueur cette année, la question de la santé mentale, celle des personnes âgées en perte d'autonomie, la lutte contre le cancer et l'aspect de la sécurité des soins, qui a soulevé, dit-il, beaucoup de préoccupations auprès de la population au cours des derniers mois, particulièrement en ce qui concerne les infections nosocomiales. «On va d'ailleurs mettre sur pied des équipes de salubrité qui vont parcourir les hôpitaux pour s'assurer que le plan d'action soit mis en place en ce qui a trait à l'entretien ménager et à la protection des patients contre les infections nosocomiales.»

Et outre la mise en oeuvre de la Politique du médicament, dévoilée en février après des mois de négociations avec les compagnies pharmaceutiques, M. Couillard a soulevé la question de la santé des populations autochtones, «où l'on parle encore plus de problèmes de santé publique et de toxicomanie, notamment. Et c'est la raison pour laquelle on leur demande de dresser leurs priorités et par la suite, on fait une entente de plan stratégique avec eux, à l'instar de celle qu'on a conclue avec les Cris — avec succès. On voudrait maintenant faire la même chose avec les Inuits».

Effectifs médicaux

Nous avons aussi abordé avec le ministre de la Santé la question du manque de médecins en région. Ainsi, le fait de convaincre les médecins d'aller pratiquer en milieu rural n'est pas un travail de tout repos, rappelle le ministre. «Il faut remarquer qu'il y a là une difficulté presque idéologique parce que les médecins, surtout ceux qui sont à Montréal, s'opposent presque à la notion même de plans d'effectifs médicaux. Pas tous, mais on entend des signaux en ce sens assez régulièrement.» À quoi s'ajoute, dit-il, la question des médecins étrangers, qui refait surface et «où on a fait des progrès: on accueille davantage de médecins qu'auparavant et on devrait faire encore mieux». Autre priorité, l'accès pour tous à un médecin de famille.

Quant à la pénurie d'infirmières, le Dr Couillard confirme les chiffres qui circulent sur la place publique, selon lesquels il manquera quelque 17 000 infirmières d'ici 2019. «Vous savez, ce sera peut-être même davantage si on ne réussit pas à prendre les mesures pour pallier ce problème. J'ai d'ailleurs toujours dit que, sur le plan des effectifs médicaux, la pénurie d'infirmières est le principal défi auquel on est confronté. C'est un plus grand défi à mon avis que la pénurie de médecins. On remarque une diminution d'intérêt pour la profession d'infirmière et les besoins sont grands. Il faut donc profiter du temps qu'on a pour, d'une part, améliorer leurs conditions de travail — et nous avons à cet égard des projets qui seront déployés assez prochainement— et, d'autre part, il faut repenser la façon dont les infirmières sont utilisées dans nos hôpitaux par rapport aux infirmières auxiliaires, de façon à ce qu'elles puissent se concentrer sur leurs tâches professionnelles.»

Lourde tâche que celle de mettre en application autant de priorités en santé dans le cadre d'un gouvernement minoritaire? «L'activité parlementaire sera profondément modifiée, mais ça ne changera pas vraiment nos priorités. On est prêt à évoluer sur beaucoup de points, mais il y a peu de travail législatif majeur devant nous ou potentiellement conflictuel dans le secteur de la santé», fait valoir le ministre Couillard.

Collaborateur du Devoir