Décès d'une femme soignée par un chiropraticien - La manipulation cervicale est mal documentée, constate le coroner

Effets secondaires mal documentés, pratique non standardisée, suivi interprofessionnel déficient: la pratique de la manipulation cervicale au Québec doit absolument être resserrée et documentée, a estimé hier le coroner Paul G. Dionne. Chargé de faire le point sur les circonstances entourant la mort d'une femme qui a succombé à une dissection de l'artère vertébrale après avoir reçu des traitements de chiropractie, le Dr Dionne a invité les professionnels de la santé à faire un grand ménage.

En conférence de presse, le coroner a déploré le fait que la manipulation cervicale ne fasse pas l'objet d'un consensus de la part des trois groupes de professionnels qui sont autorisés à la pratiquer au Québec, soit les chiropraticiens, les physiothérapeutes et les médecins. «Tous s'entendent sur ses effets secondaires, mais pas du tout sur ses causes ni d'ailleurs sur la manière dont on doit procéder.» Ce flou l'inquiète d'autant plus qu'il n'existe aucune donnée statistique permettant de dire combien de manipulations cervicales sont faites chaque année, ni quelles en sont les conséquences.

Pour la famille de la victime, ce vide doit impérativement être comblé. À 36 ans, Pierrette Parisien consultait son chiropraticien pour des maux de cou depuis plusieurs années. Malgré son assiduité, elle n'avait jamais été mise au courant des risques associés à la manipulation cervicale. «La famille vit ce deuil très difficilement, a expliqué hier leur avocat, Me Jean-Pierre Ménard. Elle souhaite bien sûr qu'on resserre les règles, mais surtout que le public soit avisé des risques associés à ce genre de manipulation.»

Le destin de cette famille de la Montérégie a basculé le 6 février 2006, alors que Mme Parisien recevait un traitement pour un torticolis et un mal de tête. Contrairement à son habitude, elle se sent étourdie et remarque des sensations de froid et des picotements. Elle confie même à son conjoint avoir eu de brefs troubles visuels. Le lendemain, la douleur la ramène au cabinet. Elle en repart étourdie, mais un peu mieux. Elle reviendra le 20 février. Cette fois, la manipulation cervicale ne provoque pas le «pop» habituel. Rapidement, Mme Parisien est prise de nausées et vomit. Son état se détériore au point où elle arrive à peine à dire oui et non. Un appel est fait au 911.

La mère de deux enfants succombera deux jours plus tard des suites d'une dissection de l'artère vertébrale attribuée à une manipulation cervicale, a expliqué hier le Dr Dionne, qui parle d'une mort «accidentelle». «La preuve la plus convaincante de cette thèse, c'est l'association temporelle entre la manipulation cervicale et les symptômes exprimés par Mme Parisien. Il semble à cet égard que la manipulation a créé des dommages qui lui ont été fatals.»

L'Ordre des chiropraticiens

Hier, l'Ordre des chiropraticiens du Québec a tenu à calmer les esprits en insistant sur la sécurité de l'approche chiropratique et sur le fait qu'il s'agit du premier décès de ce type à être recensé au Québec. Son premier vice-président, le Dr Daniel Boisvert, s'est aussi étonné des «conclusions soutenues par le coroner concernant la cause du décès», arguant qu'il est impossible d'établir un lien de causalité direct entre la manipulation cervicale et le décès de Mme Parisien. «Compte tenu du fait que la preuve probante — la dissection des artères vertébrales — a été malencontreusement détruite, on ne pourra jamais savoir si la manipulation a conduit aux événements que l'on connaît.»

Le Dr Boisvert convient toutefois qu'il y a eu faute professionnelle, faute qui a par ailleurs été sanctionnée par le comité de discipline de son ordre. Le chiropraticien, dont le nom est frappé d'un interdit de publication, a reconnu sa culpabilité à quatre chefs d'accusation qui lui ont valu une amende de 6000 $ et une remise en ordre de ses dossiers. «Le comité a statué que le chiropraticien n'avait pas fait les examens adéquats qui auraient pu déterminer l'état d'instabilité vasculaire de cette dame. S'il l'avait référée, on aurait pu avoir une histoire différente», a reconnu le Dr Boisvert.

C'est aussi ce que croit la famille de Mme Parisien, qui a l'intention d'intenter des procédures civiles contre le chiropraticien. Mais elle insiste aussi pour que les trois ordres professionnels concernés donnent suite aux recommandations du coroner Dionne. Ce dernier a insisté hier sur la nécessité d'accroître la surveillance, de compiler les connaissances et d'offrir de la formation continue. Il a aussi plaidé en faveur d'un meilleur dialogue interprofessionnel et du droit des patients à connaître les résultats scientifiques probants de la manipulation cervicale, aussi peu documentés soient-ils.

Il estime que, dans le monde occidental, 10 millions de patients ont vu un chiropraticien et qu'un patient pour 125 millions de procédures aura des complications dont la sévérité n'est toutefois pas définie.
2 commentaires
  • Côté Martine - Inscrite 13 avril 2007 14 h 59

    Locking syndrome

    j'ai été témoin dans ma pratique professionnelle d'un cas où un patient était paralysé des quatre membres (locking syndrome)suite à une manipulation faite par un chiropraticien. L'homme était très conscient et devant la sévérité de son état a préféré mourir avec l'accord de sa famille

  • karine tremblay - Inscrit 25 février 2010 17 h 35

    M.D. VS D.C.

    Si les médecins voudraient travailler en collaboration avec les chiropraticiens au lieu de se péter les bretelles en les dénigrants, des cas comme ca, ca n'arriverait probablement pas.