Une crise du cancer se profile à l'horizon

Photo: Agence Reuters

Non seulement le cancer continuera de progresser cette année au Canada, mais l'entrée officielle des baby-boomers dans la soixantaine va accélérer ce mouvement au point où la Société canadienne du cancer (SCC) appréhende une véritable «crise du cancer». À ce triste pronostic, c'est le Québec qui risque d'accuser le choc le plus important, en raison de son taux de tabagisme plus élevé mais aussi de son bilan mitigé en matière de dépistage.

Les dernières statistiques mettent en relief le retard qu'accuse le Québec dans la lutte contre le cancer. Distincts jusque dans la maladie, les Québécois sont les seuls pour qui le cancer est devenu le tueur numéro un. Ailleurs au Canada, on meurt encore plus souvent de troubles cardiovasculaires. «Le Québec est à la traîne pour les cancers colorectal, du poumon, du sein et de la prostate, ce qui explique pourquoi son bulletin est moins bon», explique Marie-Claude Lafleur, directrice des communications à la division du Québec de la SCC.

Les données rendues publiques hier montrent que l'année 2007 verra 41 000 nouveaux cas de cancer au Québec (159 000 au Canada) et 19 500 décès (72 700 au Canada). Concrètement, ce sont 2700 cas et 400 décès de plus qu'en 2006. Cela paraît énorme, et pourtant, ce n'est rien si on compare ces chiffres à ceux qui se dessinent pour les prochaines décennies au Canada. L'imposante cohorte des baby-boomers atteint en effet pour la première fois le cap de la soixantaine cette année. Or l'âge demeure le principal facteur de risque pour développer un cancer.

Globalement, 70 % des nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chez les 60 ans et plus tandis que 82 % des décès attribuables au cancer sont compilés dans cette même tranche d'âge. «Avec l'arrivée des baby-boomers, on se dirige vers une crise du nombre sans précédent. Il y a urgence d'agir parce qu'on n'a ni les ressources ni les structures pour faire face à une pareille crise», croit Mme Lafleur.

La division québécoise de la SCC est d'autant plus inquiète que le Québec ne s'est toujours pas doté d'une stratégie nationale de lutte contre le cancer. À son arrivée, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, avait pourtant annoncé son intention de faire du cancer une priorité. Un mandat plus tard, la division attend toujours son plan d'action. «Il faut que les gouvernements s'unissent pour établir une stratégie intégrée capable de prendre les gens en charge rapidement», a défendu hier son président par intérim, le Dr Gilles Pineau.

Présentement, on estime que 38 % des femmes et 44 % des hommes développeront un cancer au cours de leur vie. Mais d'ici quelques années, le vieillissement de la population fera en sorte que ce pourcentage grimpera à une personne sur deux. C'est cette force du nombre qui inquiète au plus haut point la SCC.

Sur ce point, le Québec gagnerait à miser davantage sur le dépistage, croit le Dr Pineau. «Le cancer du sein est un bon exemple de l'effet positif d'un programme de dépistage. Aujourd'hui, les deux tiers des femmes ciblées y ont recours et cela a eu un impact direct sur le taux de mortalité qui y est associé.» Ce taux a en effet chuté de 25 % depuis 1986. La survie, elle, a grimpé, ce qui met un peu de baume sur ce bulletin statistique, par ailleurs guère reluisant.

Le bilan est beaucoup moins bon du côté du cancer du poumon, qui demeure la principale cause de décès par cancer tant chez les hommes que chez les femmes au Québec. Le problème est particulièrement aigu chez les jeunes femmes. «Les hommes ont compris le message. Ils ont arrêté de fumer et cela commence à se faire sentir sur les courbes. Les femmes, par contre, tardent à réagir. Chez elles, l'incidence du cancer du poumon continue à monter, tout comme le taux de mortalité», note le Dr Pineau.

Au second rang des cancers les plus mortels, le cancer colorectal demeure un autre talon d'Achille du système québécois. Au banc des accusés: le dépistage, qui ne fait l'objet d'aucun programme. La SCC évalue pourtant qu'un simple test de recherche de sang occulte dans les selles chez les plus de 50 ans pourrait faire fléchir les statistiques sensiblement puisqu'il permettrait d'identifier les polypes précancéreux et ainsi d'agir avant même que le cancer ne se déclare.

Même si le dépistage demeure la priorité de la SCC, la recherche devrait aussi être valorisée davantage. «Il y a encore quelques années, on n'aurait jamais imaginé qu'un vaccin puisse prévenir le cancer, mais c'est pourtant ce qui arrive avec le cancer du col de l'utérus, que l'on prévient grâce à un vaccin contre le virus du papillome humain. La recherche à cet égard demeure fondamentale», plaide Mme Lafleur.

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