L'asthme continue d'être mal soigné

Le dialogue passe manifestement mal entre la communauté médicale et les quelque trois millions d'asthmatiques que compte le Canada. Selon le dernier bulletin annuel de la Société canadienne de l'asthme (SCA), pas moins de deux asthmatiques sur trois ont encore du mal à maîtriser leur maladie, un constat d'échec qui, selon elle, appelle à une véritable «révolution dans le domaine des soins respiratoires».

Ce constat choque d'autant plus la SCA que l'asthme est une maladie qui peut être parfaitement contrôlée, explique le directeur du comité consultatif médical et scientifique de la société, le Dr Mark Greenwald. «Vous me demandez s'il est possible de vivre normalement avec l'asthme, je dis que c'est non seulement possible, mais nécessaire. Il n'y a pas de compromis à faire sur ce point.»

Au quotidien toutefois, trop d'occasions manquées font en sorte que la majorité des asthmatiques ne sont pas contrôlés efficacement. Le bulletin montre que 28 % ont rapporté la présence d'effets indésirables buccaux, dont le muguet, la pharyngite et la raucité de la voix après avoir suivi un traitement à base de corticostéroïdes. Plus de huit sur dix affirment n'avoir jamais eu de conversation avec leur médecin pour prendre en charge leurs symptômes. Par conséquent, ils sont des milliers à avoir décidé de stopper leur traitement, de le remplacer ou de le modifier sans consulter leur médecin.

Selon le Dr Greenwald, cette prise en charge médiocre tient d'abord à un manque de communication au sujet des symptômes de l'asthme et des effets indésirables des traitements. «Il faut que le patient sache que les symptômes indésirables peuvent être enrayés s'il demande de l'aide. Le problème, c'est que le temps et l'argent manquent pour faire un suivi efficace. Pourtant, c'est de cette manière que nous ferons flancher les statistiques.»

À la SCA, on estime que le Canada est mûr pour une stratégie de lutte nationale. «On a longtemps été un chef de file dans la connaissance de l'asthme et de ses mécanismes, on s'est illustré sur le plan de la médication, mais nous sommes encore des cancres quand il s'agit de donner les soins nécessaires», croit le Dr Greenwald.

L'asthme est la première cause de visites aux urgences au Canada. Environ 20 enfants et 500 adultes en meurent chaque année. En un an au Québec, cette maladie chronique est à l'origine de 100 000 visites à l'urgence, de 56 000 jours d'hospitalisation et de 325 000 journées de travail perdues. Au total, l'asthme coûte 150 millions de dollars en médicaments, en soins médicaux et en hospitalisation à l'État québécois.

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