Selon le Journal de l'Association médicale canadienne - Des milliers de médecins canadiens pratiquent aux États-Unis

Toronto — Plus de 10 % des médecins qui ont reçu leur formation au Canada pratiquent maintenant aux États-Unis, révèle une étude publiée dans l'édition d'aujourd'hui du Journal de l'Association médicale canadienne.

Si les médecins formés au Canada, mais nés aux États-Unis, sont exclus des données, le chiffre chute en deçà de 10 %, à un sur 12, et l'étude laisse entendre que le rapatriement de ces médecins canadiens pourrait soulager en bonne partie la pénurie de docteurs dont souffre le pays.

Et s'ils reconnaissent que l'exode a ralenti quelque peu au cours des dernières années, les auteurs affirment que l'impact est le même que si deux facultés de médecine canadiennes de taille moyenne ne faisaient que former des médecins au profit des États-Unis. Il y a seulement 17 facultés de médecine au Canada.

«Je dois admettre avoir été surpris par les chiffres. Ils étaient beaucoup plus importants que ce à quoi je m'attendais», a dit un des auteurs, le docteur Walter Rosser, directeur du département de médecine familiale à l'université ontarienne de Queen's.

Il y avait 8162 médecins formés au Canada qui traitaient directement des patients aux États-Unis en 2006, précise l'étude. Près de la moitié des médecins canadiens qui pratiquent aux États-Unis sont issus de trois facultés canadiennes: McGill (24,7 %), l'Université de Toronto (15,2 %) et l'Université du Manitoba (8 %).

Quant aux spécialistes formés au Canada et qui pratiquaient aux États-Unis en 2006, ils représentaient 20 % de tous les spécialistes canadiens.

De plus, 1023 médecins formés au Canada qui pratiquaient aux États-Unis en 2006 le faisaient en région rurale. Pendant ce temps, plusieurs régions rurales du Canada souffrent d'une pénurie grave de médecins et si l'on trouvait le moyen de ramener ces médecins au pays, cela réglerait en bonne partie le problème, peut-on lire dans l'étude.

«Je pense qu'il y a encore de grandes possibilités de récupérer ces individus, a dit le Dr Rosser. Ils [les médecins en pratique familiale] sont généralement malheureux, et même plus malheureux que ceux [qui font le même travail] au Canada. Je pense donc qu'ils seraient réceptifs à nos offres.»

Le Dr Rosser a ainsi révélé avoir récemment recruté deux médecins canadiens qui pratiquaient en Ohio. De plus, le recrutement de médecins canadiens qui pratiquent aux États-Unis ne présente pas les mêmes problèmes éthiques que le recrutement de médecins issus de pays en voie de développement, une forme de «braconnage» médical qui a été largement critiquée mais qui est encore pratiquée par les pays développés.

Le Dr Rosser rappelle qu'en 2004, 262 médecins formés au Canada sont partis aux États-Unis, mais que 317 ont choisi de rentrer au pays. Et s'il reconnaît que le Canada perdra toujours des médecins, surtout des spécialistes qui veulent travailler dans des centres de renommée mondiale, il croit que les nouvelles politiques mises en place au niveau provincial rendent le pays plus attrayant.

«Je crois que nous sommes en meilleure position et que nous allons assister à un renversement de la pénurie assez rapidement, d'ici trois ou quatre ans, je l'espère», a-t-il dit.

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