Expo Manger santé - Une enseignante se met à table...

Cette année, l'Expo Manger santé à Montréal célèbre son 10e anniversaire. Sa cousine de Québec, plus récente, en est, elle, à sa septième édition. Tout un parcours pour cet événement devenu aujourd'hui incontournable dans le domaine de la saine alimentation et des bonnes habitudes de vie.

«Déjà dix ans, constate Renée Frappier, fondatrice et organisatrice de l'événement. Au fond, cela s'est accompli au fil des ans, sans qu'on s'en aperçoive vraiment. Mais nous sommes fiers d'avoir 10 ans et nous invitons tous les gens à venir célébrer avec nous.»

La fondation de l'Expo Manger santé découle, selon Renée Frappier «de la suite logique de mes activités professionnelles depuis maintenant plus de 30 ans.» Rappelons que Mme Frappier est une auteure et conférencière de premier plan dans le domaine de l'alimentation saine et de la santé. Elle est aussi cofondatrice de l'association Manger santé bio.

Un brin d'histoire

Renée Frappier s'intéresse à l'alimentation après un début de carrière dans le domaine de l'enseignement. «J'ai commencé par enseigner les sciences au secondaire, puis ensuite je suis passée à l'éducation des adultes, où j'ai enseigné l'alimentation et la nutrition. C'est à ce moment que j'ai décidé de faire de la saine alimentation ma priorité.» Une priorité qui n'est pas que professionnelle puisque Mme Frappier est végétarienne depuis cette époque, mettant en pratique dans sa vie les principes qu'elle enseigne.

Elle s'implique ensuite dans le développement des coopératives en alimentation naturelle. «À l'époque, nous étions tous des missionnaires tant il y avait à faire. Il a fallu d'abord mettre en place un réseau de coopératives et ensuite travailler à la mise en place d'un réseau de détaillants.» Deux réseaux qui sont aujourd'hui bien ancrés.

Ses premiers livres sont des livres de recettes. «C'est beau les grands principes, mais encore faut-il être capable de les appliquer et de les mettre en pratique dans la vie quotidienne. Mieux manger, oui, mais qu'est-ce qu'on fait si l'on veut mieux manger? Il faut être en mesure de répondre à cette question.»

Elle multiplie les conférences et les stages de fin de semaine et réalise jusqu'à quel point les gens veulent de l'information, et que celle-ci est parfois difficile à obtenir. D'où l'idée d'une exposition. «Pourquoi ne pas réunir dans une même salle tous les produits et les services offerts?» La première édition a lieu au collège Maisonneuve à l'automne et réunit déjà 90 exposants. «Il faut comprendre que plusieurs de ces exposants étaient dans le domaine depuis presque 20 ans. On avait atteint un certain rythme de croisière.»

L'événement prend de l'ampleur et l'on choisit de le déplacer en mars, pendant le mois de la nutrition. «C'est un mois où l'on cherche à sensibiliser la population à l'importance de se préoccuper de la nutrition, et c'est l'un des mandats d'Expo Manger santé. Ensuite, le printemps, c'est souvent la saison où l'on décide de se remettre en forme et de prendre sa santé en main.»

Évolution du concept

Si l'alimentation naturelle a toujours eu ses adeptes au Québec depuis maintenant plus de 30 ans, l'intérêt des consommateurs pour une alimentation plus saine gagne de plus en plus en popularité et rejoint maintenant une portion plus variée de la population.

«Il y a d'abord les recherches scientifiques dont les médias font état et qui suscitent beaucoup d'intérêt dans la population. Ensuite, il y a le vieillissement de la population, car plus on avance en âge, plus on se préoccupe de sa santé. Et dernièrement, il est plus facile de bien se renseigner aujourd'hui qu'autrefois.»

Et il n'y a pas seulement l'information qui est plus disponible, les produits et services le sont aussi. Les producteurs mettent de nouveaux produits sur le marché, le réseau de détaillants est bien implanté et le réseau de distribution a même réussi une percée du côté des supermarchés. «On trouve maintenant plusieurs marchés biologiques l'été et certains producteurs biologiques ont pignon sur rue à l'année longue.»

Quelques préoccupations

Si Renée Frappier constate que l'alimentation saine et les bonnes habitudes de vie font du progrès, elle tient toutefois à souligner qu'il reste encore beaucoup de travail à accomplir. «Il faudra réapprendre à cuisiner aux Québécoises et aux Québécois. Bien sûr, on peut toujours trouver dans le commerce des mets prêts à manger sains et biologiques, mais il faut à tout le moins être en mesure de faire cuire les légumes.» Pour remédier aux problèmes, elle propose une heure de cours de cuisine dès la maternelle, et ce, pour la durée des études. «C'est la seule manière d'avoir une société autonome en matière d'alimentation saine. Une société dans laquelle les individus savent acheter et cuisiner des produits sains.»

Elle se dit aussi préoccupée par les défis que devront surmonter les entreprises pionnières dans le domaine de l'alimentation naturelle. «Plusieurs de ces entreprises sont aujourd'hui des PME qui ont une trentaine d'années d'existence et qui, comme les autres PME, sont appelées à régler la question de la relève. Il faut s'assurer que ces entreprises ne soient pas tout simplement vendues à des intérêts canadiens-anglais ou américains.»

Soutenir l'agriculture biologique

Elle s'inquiète aussi du sort des détaillants indépendants. «Il faut garder notre réseau de détaillants. Jamais les grandes surfaces ne seront en mesure d'offrir aux consommateurs autant de produits variés et de qualité que nos détaillants.» Elle croit aussi qu'il faut non seulement sensibiliser la population à l'alimentation saine, mais aussi soutenir la diversification de l'agriculture. «Les gouvernements doivent mieux soutenir l'agriculture biologique qui élimine tous les intrants toxiques, comme les pesticides. Le secteur biologique est incontournable sur le plan écologique. Ce n'est pas une philosophie ésotérique, c'est une logique.»

C'est la raison pour laquelle elle exhorte les gouvernements à en faire plus, et à faire de la saine alimentation et des bonnes habitudes de vie un véritable projet de société. «Avec un peu plus de courage et d'efforts de la part des gouvernements, l'on pourrait accomplir en une décennie ce qui nous en prendrait trois si le "statu quo" demeure.»

Collaborateur du Devoir

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