Primes aux infirmières - D'autres syndicats crient à l'injustice

Le vent de mécontentement contre les primes aux infirmières fait des petits. Hier, la CSQ, le syndicat des professionnels de la santé, et la CSD ont joint leur voix aux autres employés du réseau qui jugent inéquitable et injuste la fleur accordée cette semaine aux infirmières par le ministère de la Santé.

Décidément, la générosité du ministre de la Santé, François Legault, est loin de faire l'unanimité. Après avoir fait la joie des infirmières et des hôpitaux, les largesses du ministre de la Santé ont piqué au vif les autres syndicats, qui y voient une mesure inéquitable créant deux catégories d'employés dans le réseau. «C'est de l'injustice créée de toutes pièces. Il y a aussi des infirmières auxiliaires qui rentrent la nuit et qui ne reçoivent rien de plus. Il y en a même qui rentrent pour remplacer les infirmières! Il n'est pas étonnant que nos syndicats trouvent cela injuste», a soutenu hier Pierre Boily, président de la Fédération du personnel de la santé et des services sociaux (FPSSS), affiliée à la CSQ, qui rassemble environ 500 infirmières auxiliaires. La CSQ rassemble aussi 3500 infirmières affiliées à l'UQII, mais cette fédération, dont les membres bénéficieront des primes, est restée muette tout au cours de la semaine.


La CSQ rejoint ainsi la FTQ, qui avait aussi dénoncé cette semaine, aux côtés de l'Association des CLSC et des hôpitaux de longue durée, le versement d'une prime de 24 % aux infirmières des hôpitaux de courte durée pour les quarts de soir, de nuit et les fins de semaine.


Aux yeux de la FPSSS, tous les employés qui oeuvrent de nuit aux soins infirmiers, infirmières comme préposés aux bénéficiaires, seraient en droit de toucher de telles primes. Mais Pierre Boily ajoute que la réorganisation du travail, qui traîne, s'avérerait beaucoup plus efficace et plus durable pour régler la pénurie d'infirmières dans les hôpitaux.


La Centrale des professionnelles et professionnels de la santé (CPS), qui regroupe 10 000 employés du réseau de la santé, a elle aussi emboîté le pas aux critiques hier, en dénonçant le peu de cas que fait le ministre Legault des pénuries criantes vécues chez les techniciens en radiologie. «Des primes illégales ont même été versées par les hôpitaux l'an passé aux techniciens tellement le manque était grand. Un nombre important de quarts de travail étaient comblés par des heures supplémentaires», a fait valoir Carole Dubé, responsable de la négociation pour le CPS.


Toutefois, ce syndicat, qui regroupe notamment des techniciens en radio-oncologie, des physiothérapeutes, des ergothérapeutes, des techniciens en diététique, admet qu'une minorité de ses membres travaille la nuit. Certains travaillent la fin de semaine, et parfois le soir et la nuit, pour les services d'urgence. Le syndicat, qui a accepté son contrat de travail, songe même à soulever la question des primes au comité patronal de négociation avant d'apposer sa signature à l'entente de principe.


Hier, au cabinet de François Legault, on se disait peu surpris du ressac créé par l'annonce des primes, mais on répétait que le but de l'exercice était de répondre à une pénurie grave et ciblée, et non d'améliorer les conditions de travail de tous ceux qui travaillent la nuit. «Le ministre a voulu une mesure pour répondre à la pénurie d'été vécue dans certains hôpitaux. Le plan d'action vise à régler pas n'importe quel manque, mais une pénurie grave, celle des infirmières, qui peut compromettre l'accès aux soins des citoyens», a insisté Anne Marcotte, l'attachée de presse du ministre Legault.