Des neurones produits à partir de la... peau

En principe, les neurones, qui constituent l'élément fondamental du tissu nerveux, ne se trouvent que dans la moelle épinière ou dans le cerveau et leur nombre est déterminé très tôt dans la vie d'un humain. Mais une équipe de la faculté de médecine de l'Université Laval a réussi une étonnante pirouette: fabriquer des neurones à partir d'échantillons de peau humaine. La percée n'est pas anodine, elle pourrait avoir des retombées cruciales dans le traitement de maladies dégénératives comme le parkinson ou l'alzheimer.

Impensable il y a à peine une décennie, la production de neurones matures par le Laboratoire d'organogénèse expérimentale (LOEX) lui a valu une tribune jusque dans les pages du Journal of Cellular Physiology. C'est que le chercheur François Berthod et son équipe signent ici une première. Jamais auparavant avait-on réussi à obtenir des cellules nerveuses matures à partir de cellules souches prélevées sur de la peau humaine. Et pour cause. La peau, à la base, ne contient pas de neurones. On n'y trouve que leur prolongement, les axones.

Mais la peau contient aussi des cellules souches qui, celles-là, ont le pouvoir de se multiplier et de se différencier in vitro. Le défi était de prendre ces cellules souches — prélevées sur des échantillons de peau humaine adulte obtenus après des interventions de chirurgie esthétique — et de les forcer à se différencier en cellules nerveuses. Auparavant, les chercheurs n'étaient arrivés qu'à produire des neurones précoces. Le hic, c'est qu'à ce stade, la cellule avait encore le potentiel de se transformer en d'autres types de cellules.

L'équipe du professeur Berthod, au contraire, a réussi à obtenir des neurones parfaitement matures. Cette découverte, si enthousiasmante soit-elle, n'est qu'une étape dans les grands travaux du chercheur. «Notre cellule a le phénotype d'un neurone, mais on n'a pas démontré encore si c'est un neurone qui fonctionne, prévient François Berthod. Nous travaillons présentement à faire la démonstration qu'il a un potentiel d'action quand vous l'excitez et qu'il est capable de transmettre l'influx nerveux.»

Pour l'instant, comme les neurones ne se multiplient pas, tous les chercheurs doivent se rabattre sur des neurones de souris ou de rats, qui ne sont pas tout à fait similaires aux neurones humains. Mais si l'intuition des chercheurs québécois se concrétise, leurs neurones créés in vitro pourront à court terme résoudre le problème de la disponibilité des neurones humains.

À long terme, ces neurones pourraient même être greffés dans les régions du cerveau affectées par des maladies neurodégénératives, comme le parkinson, l'alzheimer ou la sclérose latérale amyotrophique (SLA). Cette méthode comporte deux avantages. D'abord, elle élimine les risques de rejet puisque les neurones seraient produits à partir des cellules souches du malade. Ensuite, elle permet d'écarter les problèmes éthiques rencontrés avec les cellules souches embryonnaires.

D'ici là, il reste toutefois encore beaucoup de boulot à abattre, prévient M. Berthod. «Là, on arrive à faire des neurones, mais le grand enjeu des prochaines années sera de différencier ces neurones pour attaquer directement la maladie.»

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