Dur, dur de trouver un toit lorsqu'on a des problèmes de santé mentale

Sonia Côté gère des urgences à coeur de jour. Elle n'est ni médecin ni infirmière: simplement responsable, à la Régie de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre, de l'hébergement pour les gens qui ont des problèmes de santé mentale. C'est elle que les hôpitaux appellent quand il est temps qu'un patient cède sa place. Une pression énorme: l'hôpital n'attend pas.

Hier, dans le cadre du congrès de l'ACFAS, elle a invité les participants à un colloque sur le logement et la santé mentale à se poser la question qu'elle doit affronter quotidiennement: «Quelles seraient vos options, actuellement, à Montréal, pour trouver un logement à quelqu'un qui a un grave problème de santé mentale, pour qui rien ne marche et qui doit pourtant quitter l'hôpital ou qui est évincé de l'endroit où il logeait? Ces gens étant désaffiliés de tout réseau familial ou social, si on ne leur trouve rien, ils sont dans la rue: on est donc dans l'urgence.»


Elle a elle-même tracé le tableau qui s'offre: des ressources variées mais dont les listes d'attente comptent des milliers de noms et où on peut poireauter pendant des années. Sans compter la pénurie de logements qui sévit. «Trouver une place, c'est comme gagner à la loterie», s'est-elle exclamée. À Montréal, des milliers de personnes sont pourtant obligées de se plier au jeu, et bien des intervenants déploient des trésors d'imagination pour les aider.


La solution, ce serait de construire plus de logements. Mais les programmes gouvernementaux ne suffisent pas à répondre à la demande. Il y aurait débat à faire là-dessus, a fait remarquer Luc Lalonde, directeur de la FOHM (Fédération des OSBL d'habitation de Montréal, des groupes communautaires qui font du logement social). Mais il a aussi dit croire qu'en matière de santé mentale, le problème est plus profond qu'une simple affaire de briques et le béton.


«Les fondations d'hôpitaux ont de l'argent, dit-il. Et le ministère de la Santé pourrait créer un programme qui lierait santé mentale et logement. Assurer un soutien léger de 24 heures sur 24, sept jours par semaine, ne coûte que 3000 $ par individu par année. Ce n'est rien par rapport à ce que coûte une famille d'accueil ou le placement dans une institution! Mais le frein majeur au développement, c'est la résistance du milieu hospitalier, qui a peur de laisser aller les gens sans contrôler leur vie.»Cette différence d'approche est majeure: c'est même un abîme, a dit Paul Morin, du Collectif de défense des droits de la Montérégie. Et il a rapporté les propos du chef d'un département de psychiatrie de sa région: «Je suis pris, disait-il, entre le communautaire qui parle d'empowerment [les malades qui se prennent en charge] et mes psychiatres qui trippent sur les molécules!» La collaboration est ardue dans un tel contexte.


Certes, on voit des hôpitaux qui développent des logements de transition pour les malades, des initiatives qu'applaudissaient hier des représentants de la Régie de la santé de Montréal et de la Société d'habitation du Québec. Mais le milieu communautaire reste sceptique: quelle place y fait-on aux malades? Ont-ils leur mot à dire au conseil d'administration de l'établissement ou dans la conception de leur logement?


Et puis, a noté M. Lalonde, il faut savoir tirer des leçons du passé. «On sait maintenant qu'on peut passer directement de l'hôpital à un logement si on a un bon soutien. Les gens n'ont plus à aller dans une maison de transition pour apprendre à faire la vaisselle! On l'a fait quand les patients sortaient de 20 ans en milieu hospitalier, mais cette réalité-là n'existe plus. Les gens savent comment prendre soin d'eux... si on leur fait confiance.»


La collaboration implique aussi d'accepter de contourner les lourdes règles bureaucratiques si on veut mettre au point des solutions originales. C'est ce qui s'est fait à Lévis, où l'Office municipal d'habitation, qui gère les HLM, travaille maintenant main dans la main avec le CLSC.


Un HLM se doit d'accueillir les plus pauvres. Il y a 30 ans, c'étaient des personnes âgées; aujourd'hui, ce sont souvent des gens aux prises avec des problèmes de toxicomanie, de comportement ou de santé mentale. Un mélange de population explosif qui crée des moments de haute tension, a raconté Daniel Dussault, directeur général de l'OMH, hier.


Il a donc proposé au CLSC de lui envoyer une... travailleuse de corridor. Du lundi au vendredi, Élisabeth est au HLM, visitant son monde, leur téléphonant, les entraînant à la piscine, aux quilles, dans le jardin, dans la cuisine.


Elle a aussi formé les hommes d'entretien pour qu'ils sachent mieux réagir avec quelqu'un souffrant de paranoïa ou de schizophrénie.


Elle est rémunérée par le CLSC mais se plie à l'horaire du HLM, ce qui a l'air d'une banalité mais n'était pas évident au départ.


L'expérience dure depuis trois ans et le résultat est probant. Les résidants du HLM vont tellement mieux que même l'hôpital a écrit au directeur pour lui dire qu'on les voit beaucoup moins à l'urgence!