Semaine de prévention du suicide - Les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses à se suicider

Nombreuses sont les personnes âgées qui parlent de la mort à mesure qu'elles s'en rapprochent. Il ne faut surtout pas banaliser ce discours qui peut receler des idées suicidaires, préviennent des spécialistes et représentants des aînés en ce début de la Semaine de prévention du suicide.

Luc Vallerand, directeur général de l'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP), le répète: on considère trop souvent les idées suicidaires comme un phénomène normal dans le processus de vieillissement. Or des recherches ont révélé que 75 % des personnes âgées qui sont décédées par suicide avaient exprimé des idées de mort ou manifesté un comportement suicidaire au cours des six mois précédant leur geste fatal. «En sensibilisant à ce risque la famille, les amis et les intervenants, on pourrait déjà exercer une certaine prévention. Car ces individus entourant la personne âgée pourraient alerter les médecins qui ne dépistent pas toujours les symptômes dépressifs que présentent nombre de personnes âgées ayant des idées suicidaires», fait-il valoir.

Selon diverses études, entre 60 à 80 % des aînés qui se suicident souffrent d'une dépression. «C'est souvent l'accumulation de pertes qui conduisent les personnes âgées à formuler des idées suicidaires. Leurs stratégies d'adaptation ne suffisent plus à faire face à la situation, ce qui fait que ces personnes sombrent dans la dépression, puis vivent une crise suicidaire si la situation ne se règle pas. Les personnes retraitées ont un réseau social beaucoup plus limité, elles vivent plus souvent seules. Chez les hommes, le veuvage est un facteur prédisposant au suicide», souligne M. Vallerand. Les maladies chroniques, les handicaps physiques, la douleur chronique ainsi que la dépendance à l'égard des médicaments et de l'alcool qui prend de plus en plus d'ampleur peuvent aussi conduire à la dépression et au suicide.

«Contrairement à ce que l'on peut croire, ce n'est pas parce que la personne a planifié son suicide que l'on ne peut l'arrêter. Au contraire, en écoutant la personne, en lui parlant, et en lui présentant des éléments de solutions à sa situation, il y a moyen de reporter à plus tard l'exécution du suicide», affirme le directeur général de l'AQRP qui désire sensibiliser la population à l'importance d'être vigilant et attentif aux signes de détresse des aînés. Si l'entourage d'une personne âgée a la moindre inquiétude, il peut téléphoner à la ligne provinciale 1 866 APPELLE où on le dirigera au Centre de prévention du suicide de leur région. Là, il trouvera des personnes aptes à lui fournir des éclaircissements sur les signes précurseurs du geste suicidaire et des stratégies pour le prévenir.

Plus résolus que les jeunes

Le suicide chez les personnes âgées n'a cessé de prendre de l'ampleur au cours des dernières décennies. Une étude conduite par Michel Préville du Centre de recherche sur le vieillissement de l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke et de l'Université de Montréal a révélé que le taux de décès par suicide des personnes âgées de 65 ans et plus a augmenté de 85,4 % entre 1977 et 1999 au Québec, et ce, malgré l'amélioration des conditions de vie et de santé de ces personnes.

Dans un document de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), on signale que la proportion de décès par suicide chez les enfants du baby-boom semble se maintenir à mesure que ceux-ci avancent en âge. «Si cette tendance persiste, nous risquons d'observer des taux de suicide complété très élevés chez les personnes de 55 ans et plus dans les prochaines années», conclut-on dans ce rapport.

«Les baby-boomers ont vécu une rupture par rapport à la société précédente qui était beaucoup plus croyante, religieuse et où le suicide était très mal vu. Vous ne pouviez même pas à l'époque vous faire enterrer au cimetière si vous vous étiez suicidé», rappelle M. Vallerand pour expliquer ce phénomène. «Il y avait une forme d'intolérance sociale qui jouait le rôle d'interdit, de tabou et constituait un frein au passage à l'acte ultime, qu'est le suicide, qui était perçu comme très immoral. La levée des interdits sociaux a ensuite rendu le suicide plus acceptable et donc plus fréquent.»

Autre particularité affligeante: les tentatives de suicide des aînés se soldent plus souvent par un décès. Une étude américaine qui traduit aussi la réalité québécoise rapporte que, dans le groupe des aînés, une tentative sur quatre aboutit à la mort tandis que l'on compte un décès pour 25 tentatives dans la population en général. Pour effectuer leur suicide, les personnes âgées font appel à des moyens plus radicaux, tels que la pendaison ou le recours à une arme à feu chez les hommes et l'abus de médicaments chez les femmes. De plus, les aînés sont généralement davantage résolus à en finir que les plus jeunes.
4 commentaires
  • Maria Gatti - Inscrite 5 février 2007 09 h 25

    Choisir le suicide plutôt que la dépendance

    Je ne suis pas d'accord avec l'idée qu'il faille prevenir le suicide dans tous les cas; la décision de mettre fin à ses jours plutôt que vivre dans la dépendance et l'inutilité peut être logique et bien-fondée.

  • Louise Richard - Abonné 5 février 2007 10 h 02

    Signe de maturité

    Tant mieux, peut-on dire à la lecture de cette nouvelle. La mort étant l'aboutissement normal de la vie, voyons un signe de mûrissement de la société dans le fait que le suicide soit de plus en plus choisi par ceux parmi les gens âgés qui sentent leur passage somme toute achevé plutôt que d'être condammés à une existence déprimante par l'effet d'une science médicale utile mais pas toujours judicieusement appliquée.

    Plus l'homme, par sa science, enlève à la nature le pouvoir de le faire mourir, plus il doit assumer lui-même ce pouvoir. Au cours des prochaines trois ou quatre décennies, un sain débat va se dérouler quant au suicide comme une des façons normales de terminer une vie bien remplie.

    Le suicide peut être un acte serein. Le considérer uniquement comme un acte de désespoir est une erreur.

  • Jean-Pierre Paré - Inscrit 5 février 2007 19 h 04

    Il manque un chiffre

    Beaucoup de chiffres dans cet article, des pourcentages, des proportions, mais il y manque LE chiffre qui nous informerait le plus sur la véritable situation : combien exactement de personnes âgées par année commettent l'irréparable ?

  • Mathieu Santerre - Inscrit 6 février 2007 23 h 03

    Chiffre

    Selon l'Institut de la statistique du Québec, en 2004, le Québec comptait 192 décès par suicide de personnes de 55 ans et plus.