Politique du médicament

Québec — C'est finalement une politique du médicament oscillant entre développement économique et justice sociale qui a été présentée hier aux Québécois par le gouvernement Charest au terme d'une réflexion qui aura duré plus de quatre ans. D'un côté, Québec rétablit la gratuité des médicaments pour les plus vulnérables; de l'autre, il met fin au gel des prix des médicaments, dénoncé avec insistance par les compagnies pharmaceutiques, pour introduire une indexation qui suivra désormais le rythme de l'inflation.

Les quelque 3,2 millions de Québécois couverts par le régime public verront donc leur facture grimper, à l'exception de ceux pour qui on avait rétabli la gratuité après qu'ils l'eurent perdue aux mains des péquistes. Aux 45 000 personnes âgées pour lesquelles le gouvernement Charest avait rétabli la gratuité en 2005 s'ajouteront l'été prochain 280 000 personnes jugées vulnérables sur le plan financier, soit tous les aînés qui reçoivent 94 % ou plus du supplément de revenu garanti, de même que les prestataires d'assistance emploi sans contraintes sévères à l'emploi, les prestataires avec contraintes temporaires et les titulaires d'un carnet de réclamation.

Tous les autres Québécois seront assujettis aux règles de cette nouvelle politique qui met un terme au gel des prix des médicaments. Selon le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard (accompagné pour l'occasion des ministres de la Solidarité sociale et du Développement économique), ce dégel était inévitable. «Le maintien de cette position était devenu intenable et impossible dans un contexte nord-américain qui voit les prix des médicaments grimper sans cesse. [...] Nous approchions du moment où nous allions voir des fabricants retirer leurs produits des tablettes des pharmacies et des établissements.»

Cette nouvelle a fait le bonheur de l'industrie pharmaceutique hier, qui réclamait avec force la fin de la politique de non-augmentation des prix des médicaments, en vigueur depuis 1994. L'industrie a aussi vu la règle des 15 ans, qu'elle a âprement défendue, être reconduite dans sa forme actuelle. Le dégel sera toutefois rigoureusement balisé, a promis le ministre Couillard.

Ainsi, la hausse maximale permise devra correspondre à l'augmentation de l'indice des prix à la consommation (IPC). Des ententes dont les termes n'ont pas été rendus publics ont été conclues en ce sens avec les compagnies pharmaceutiques, mais des dispositions ont aussi été prévues pour une renégociation à la pièce. Ainsi, un fabricant pourra réclamer une hausse supérieure à celle permise s'il le juge à propos. Dans ce cas précis, il reviendra au ministre de trancher.

Hier, il a été impossible de savoir si de telles ententes risquent de se multiplier ou non une fois la politique en vigueur. Au ministère, on juge que ce recours restera somme toute marginal. «L'impression voulant que tous les fabricants vont demander une dérogation est fausse et alimente un stress inutile. On s'attend à ce que ce soit un recours ponctuel», a indiqué le sous-ministre Roger Paquet, d'autant que «tout cela reste assujetti à l'entente qui fait que le prix le plus bas au Canada est garanti au Québec», a renchéri M. Couillard.

Dans le souci de faire baisser les coûts du régime, cette politique introduit également un nouvel encadrement des médicaments génériques. Dès juin 2007, le prix du premier médicament générique sera limité à 60 % du prix du médicament innovateur alors qu'il sera fixé à 54 % pour les suivants. Enfin, la marge bénéficiaire maximale des grossistes en médicaments sera ramenée de 9 % à 7 %.

Dans l'ensemble, toutes ces mesures financières auront un impact minime sur le portefeuille des contribuables, a assuré le ministre Couillard, qui chiffre ce montant à 15 millions de dollars sur un budget qui a atteint les trois milliards en 2006. «Il faut faire la résultante de toutes les mesures, celles qui augmentent les coûts et celles qui les diminuent. Au total, elles auront un impact marginal. On parle d'un demi de 1 %. [...] Les déterminants qui poussent sur le coût des médicaments sont ailleurs: dans le vieillissement, dans le nombre d'ordonnances qui augmente sans cesse et dans l'arrivée de nouvelles molécules.»

Voilà pourquoi la politique du médicament fait aussi de l'usage optimal un cheval de bataille de premier plan. Au Québec, 10 % des hospitalisations sont liées à un problème de médication. Des ressources supplémentaires seront donc dégagées pour faire baisser ce triste bilan. Au nombre des mesures proposées, on compte l'introduction d'un service téléphonique Info-Médicaments — futur petit frère du bien connu Info-Santé —, la promotion de la médication à domicile et l'informatisation de l'acte thérapeutique entre le pharmacien et le médecin.

Québec s'immisce aussi dans la manière de faire des pharmaciens et des grossistes en les invitant à se doter d'un code de pratique clair dont le respect sera une exigence supplémentaire. Les rabais négociés au volume par les pharmaciens avec les fabricants de médicaments seront ainsi plafonnés à 20 %, une initiative jugée «futile, contre-productive et inéquitable» par l'Association québécoise des pharmaciens-propriétaires (AQPP). «Non seulement [cette mesure] ne profitera ni au gouvernement, ni aux citoyens du Québec, mais elle fragilisera la pharmacie québécoise», a commenté son directeur général, Normand Cadieux.

Selon l'AQPP, cette mesure créera un préjudice pour les patients qui seront les premiers touchés par cette mesure. Ces rabais sont souvent réinjectés de façon à assurer un service plus rapide et plus efficace, par exemple en augmentant le personnel, arguë l'association. «La stratégie du ministre aura pour seul effet de prendre de l'argent chez les pharmaciens, donc dans le système de santé du Québec, et de l'acheminer ailleurs dans le monde, notamment en Ontario, a indiqué M. Cadieux. Je ne vois pas en quoi les Québécois y gagneront quelque chose.»

Rappelons que lors de sa création, en 1997, le régime public d'assurance médicaments coûtait 1,1 milliard de dollars. Depuis, sa croissance a été exponentielle, avec une augmentation moyenne de 12,5 % par année. Depuis quelques années, on observe toutefois une tendance à la baisse. En 2006, ce taux était passé à 6,1 %. Le ministre Couillard a bon espoir que sa politique maintienne un taux semblable pour les trois prochaines années. «Idéalement, nous visons les 5 %», a-t-il précisé.
1 commentaire
  • jacques noel - Inscrit 2 février 2007 12 h 00

    Qui paie quoi?

    3 milliards pour 3,2 millions de personnes, c'est près de 1000 piasses par personne en pilules!

    Comme un grand nombre en consomme peu ou pas, on peut imaginer le "party" chez les autres!

    J'ignore combien coute une prescription, mais à 50$ de moyenne, c'est 20 prescriptions que 3,2 millions de personnes prendraient chaque année? Pourriez-vous nous donner plus de détails SVP? Ca me semble fou raide?

    Autre question: combien de ce 3 milliards vient des poches des 3,2 millions qui en profitent?