Politique du médicament - Accueil favorable dans le milieu de la santé

Photo: Agence Reuters

Québec — La politique du médicament déposée hier par le gouvernement Charest a reçu une volée de bois vert de la part de l'opposition. L'Action démocratique du Québec (ADQ) a parlé d'un «exercice cynique et électoraliste» tandis que le Parti québécois (PQ) dénonçait une «promesse libérale reniée pour plus de 350 000 aînés». Par contraste, les milieux de la santé et des sociétés pharmaceutiques ont réservé un accueil plutôt favorable à cette politique qui a suscité un intérêt réel mais prudent chez ces divers intervenants.

La riposte la plus cinglante est venue du chef de l'ADQ, Mario Dumont, qui a accusé le gouvernement Charest de faire preuve de «cynisme» en déposant sa politique du médicament en période préélectorale. «Un sujet aussi délicat, la santé de la population, ne devrait pas se retrouver dans une mouvance de cadeaux électoraux. Il faut qu'un parti politique soit au summum du cynisme pour se comporter comme ça», a-t-il dit.

La porte-parole de l'opposition officielle, Louise Harel, a pour sa part déploré le fait que les assistés sociaux devront financer la gratuité des médicaments à même les coupes «de 82 millions» faites dans leurs prestations. Son chef, André Boisclair, a quant à lui dénoncé la stratégie libérale consistant à «renier les engagements pris aux dernières élections». Jean Charest avait promis la gratuité des médicaments pour les 350 000 aînés bénéficiant du supplément de revenu, a-t-il souligné.

De son côté, Québec solidaire s'est inquiété de l'impact qu'auront certaines dispositions financières sur le portefeuille des Québécois. Selon son porte-parole, Amir Khadir, «la décision du ministre d'indexer le prix des médicaments et de maintenir la règle de 15 ans sur les brevets aggrave la croissance inflationniste des dépenses de médicaments».

Dans le milieu de la santé, la nouvelle politique a toutefois été globalement bien accueillie par les intervenants qui attendaient sa venue avec impatience. La Fédération des médecins spécialistes, la Fédération des médecins résidents et l'Ordre des infirmières y ont vu la concrétisation de nombre de leurs demandes. Seuls les omnipraticiens ont émis un bémol en déplorant le fait qu'ils ont été écartés de la réflexion sur l'usage optimal des médicaments. Pourtant, indique leur fédération, un usage optimal des médicaments «ne peut pas se faire sans la collaboration des omnipraticiens».

L'Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES) craint elle aussi que l'usage optimal ne devienne un voeu pieux avec le temps si le gouvernement ne s'attaque pas d'urgence à la grave pénurie de pharmaciens dans les établissements de santé.

Le Regroupement provincial des comités d'usagers ainsi que l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) ont aussi montré un intérêt pour cette nouvelle politique. Mais le président du Regroupement, Jean-Marie Dumesnil, promet qu'il gardera le ministère à l'oeil en ce qui a trait non seulement aux augmentations des primes mais surtout aux éventuelles dérogations qui pourraient changer la donne.

L'importance que revêt le facteur économique dans cette politique a par ailleurs suscité beaucoup de méfiance. La Coalition Solidarité Santé n'a pas caché sa déception de voir que le gouvernement «a cédé aux pressions des compagnies pharmaceutiques» en mettant fin au gel des prix des médicaments brevetés tout en continuant d'accorder à cette industrie la garantie d'achat privilégié de ses produits pendant 15 ans, et ce, au détriment de l'industrie générique, dont les coûts sont moindres.

La porte-parole de cette coalition, Gabrielle Pelletier, s'inquiète aussi de voir que les règles qui régissent cette nouvelle politique sont toujours inconnues. «Nous aurions aimé avoir plus de garanties et plus de transparence.» Comme la CSN, la Coalition Solidarité Santé a tenu à réitérer sa conviction selon laquelle un régime d'assurance médicaments entièrement public serait la voie la plus sûre pour garantir l'accès aux médicaments.

Le Collectif pour un Québec sans pauvreté juge toutefois qu'il s'agit d'un pas dans la bonne direction, même si l'annonce d'aujourd'hui ne répond pas entièrement à sa revendication première, c'est-à-dire d'accorder la gratuité à toutes les personnes dont les revenus sont inférieurs à 12 000 $ par an. Une meilleure accessibilité a aussi été réclamée par d'autres intervenants, dont l'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic.

Les sociétés de recherche pharmaceutique du Canada (Rx&D) ont pour leur part apprécié de voir le gouvernement reconnaître «le rôle des nouveaux médicaments dans notre système de soins de santé ainsi que celui d'une industrie pharmaceutique dynamique pour la société québécoise». La fin du gel est à cet égard un véritable soulagement pour elles, tout comme pour le Conseil du patronat, qui a chaudement salué cette initiative.

Le Devoir

Avec la Presse canadienne