Santé - Maladies cardiaques et AVC: les femmes ont rattrapé les hommes

À force de répéter à leurs hommes que les symptômes des maladies du coeur ne doivent pas être pris à la légère, les femmes ont-elles oublié qu'elles y sont vulnérables elles aussi? À la Fondation des maladies du coeur, on s'inquiète de voir que le fossé s'est sensiblement creusé entre les deux sexes, au point où ce sont maintenant les femmes qui succombent le plus souvent à une cardiopathie. De quoi ébranler sérieusement un des mythes les plus tenaces au sein de la communauté médicale.

C'est écrit noir sur blanc dans le bulletin de santé annuel de la fondation. Non seulement les femmes courent des risques plus élevés de succomber à une maladie du coeur ou à un accident vasculaire cérébral (AVC), elles sont aussi moins susceptibles d'être traitées par un spécialiste et moins sujettes à subir un cathétérisme ou une revascularisation cardiaque. «La santé cardiovasculaire des femmes n'a pas suivi celle des hommes et c'est très inquiétant», confirme le Dr George Honos, aussi porte-parole de la fondation.

Ainsi, au cours des 30 jours suivant une crise cardiaque, les risques de décès sont maintenant plus élevés de 16 % chez les femmes. Idem pour les AVC, cette fois-ci dans une proportion de 11 %. Ce revirement intrigue beaucoup les spécialistes, qui hésitent pour l'instant à désigner des responsables. Cela n'a toutefois pas empêché la fondation d'interpeller la première ligne afin qu'elle se sensibilise davantage au fossé qui est en train de se creuser.

Dans son unité de cardiologie, le Dr Honos a vu le glissement en direct. Il cite le cas d'une femme qui, pendant toute sa quarantaine, a multiplié les signes avant-coureurs de sa crise cardiaque, signes auxquels aucun médecin n'a cru bon de porter attention. «Des cas comme celui-là, j'en ai de plus en plus souvent, raconte le cardiologue. Dans les années 90, il était rare de voir des femmes préménopausées dans mon unité, mais ça ne l'est plus. Maintenant, je vois autant de femmes que d'hommes.»

À risque égal

En fait, en dépit des croyances populaires, les hommes et les femmes sont tout aussi susceptibles de développer une maladie cardiaque. Ainsi, pour la première fois depuis 30 ans, les femmes ont rattrapé les hommes quant au nombre de décès attribuables aux maladies cardiovasculaires. En 1973, 34 924 femmes avaient succombé à une maladie du coeur, contre 45 404 hommes. Les derniers chiffres montrent que le nombre de décès chez les hommes a chuté, atteignant les 37 004, tandis que celui des femmes a augmenté pour s'élever à 36 823.

À la fondation, on s'inquiète de voir qu'un faux sentiment de sécurité est peut-être en train de se répandre. Les gens croient «qu'une crise cardiaque ou un AVC sont désormais sans gravité, qu'on peut être hospitalisé, traité et retourné à la maison comme si rien ne s'était passé, dit le Dr Honos. Mais la réalité pour bien des gens, et particulièrement pour bien des femmes, est tout autre.» Au banc des accusés: les suivis, encore trop rares après une crise cardiaque, surtout chez les femmes. Ces dernières ont aussi des taux moindres de pontage coronarien et d'angioplastie.

Globalement, le dernier bulletin présente aussi de bonnes nouvelles. Les patients traités à temps jouissent notamment d'une excellente qualité de vie. «C'est tellement efficace qu'un "ponté" qui survit et qui suit tous les traitements préventifs voit son risque de mortalité être inférieur à celui du voisin du même âge qui n'a jamais eu de coronopathie», lance le Dr Honos.

Mais la vigilance reste de mise. Les candidats à la cardiopathie sont de plus en plus nombreux avec le vieillissement de la population mais aussi de plus en plus jeunes avec l'embonpoint, l'obésité et la sédentarité. «Ce sont des facteurs précipitants et on prévoit qu'on va voir une évolution vers des problèmes coronariens de plus en plus fréquents dans la quarantaine et dans la trentaine», prévient le cardiologue.