Au Québec, une grossesse sur trois se termine par un avortement - L'accès à la contraception sera facilité

Les médecins avaient déjà fait un premier pas en matière de contraception en permettant aux pharmaciens de prescrire la pilule du lendemain. Voici que le Collège des médecins du Québec fait un pas de plus en autorisant les infirmières à «initier» la contraception hormonale chez les femmes en bonne santé. Un peu de lest qui permettra aux Québécoises d'avoir accès rapidement à un large éventail de moyens de contraception: des anovulants à l'injection contraceptive en passant par le timbre ou l'anneau vaginal.

L'entente, qui prendra effet d'ici quelques semaines, a été rendue possible grâce à la collaboration étroite du Collège avec l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) et l'Ordre des pharmaciens du Québec. Il s'agit de la première mise en pratique d'un modèle d'ordonnance collective touchant tout le Québec. Mais attention, il ne s'agit pas d'un modèle universel. Seules les femmes et jeunes filles qui désirent commencer à utiliser un moyen de contraception seront admissibles. Celles qui disposent déjà d'une ordonnance ne pourront donc pas y avoir recours. «On ne veut pas se substituer au système, on veut le compléter», explique la présidente de l'OIIQ, Gyslaine Desrosiers.

Concrètement, l'ordonnance collective que signera un médecin ou un groupe de médecins permettra à une infirmière d'évaluer la condition physique d'une femme pour la guider dans son choix parmi la gamme de méthodes contraceptives offertes. Celle-ci signera ensuite un «formulaire de liaison» qui tiendra lieu d'ordonnance. Ce formulaire sera reconnu comme tel par les pharmaciens de partout au Québec. Mais la durée de vie d'un tel formulaire est limitée à six mois.

En effet, l'ordonnance collective implique une consultation auprès du médecin prescripteur. «En signant une ordonnance collective, les médecins s'engagent à trouver une plage horaire pour recevoir ces femmes avant la fin des six mois d'essai», précise le président-directeur général du Collège, le Dr Yves Lamontagne. Ceci fait, ce sera donc aux médecins de prendre la relève.

Il faut bien comprendre que l'ordonnance collective n'est pas là pour se substituer au système actuel, mais pour ouvrir d'autres portes et alléger un peu le système de santé. «Si, au bout de six mois, ces femmes ne réussissent pas à voir un médecin, c'est qu'on aura échoué», a prévenu le président de l'OPQ, Claude Gagnon. «Il faut le voir comme un processus de démarrage puisque la contraception hormonale nécessite un suivi gynécologique étroit», a renchéri Gyslaine Desrosiers.

À l'Institut de santé publique du Québec (INSPQ), cette petite révolution a des allures de victoire. Et pour cause. Au Québec, une grossesse sur trois se termine par un avortement. Seuls les Territoires du Nord-Ouest ont un taux plus élevé. Pis, chez les adolescentes de 15 à 19 ans, ce taux grimpe à deux grossesses sur trois, soit 5300 avortements par année. «Pour nous, c'est clairement un problème de santé publique», a rappelé le Dr Richard Massé, président-directeur général de l'INSPQ.

Selon lui, cette entente devrait contribuer à diminuer les grossesses non planifiées au Québec, à l'exemple de provinces qui, comme l'Ontario, ont choisi de donner un peu de lest en la matière. Par ricochet, cela pourrait rehausser le bilan de santé sexuelle des Québécois. «Ça devrait avoir un impact positif sur la recrudescence de certaines infections transmissibles sexuellement, des cas de gonorrhée, de VPH ou de syphilis», croit le Dr Massé.