Québec créera 20 maisons des naissances

Québec — Le gouvernement Charest entend créer 20 nouvelles maisons des naissances d'ici dix ans afin de faire quintupler le nombre de naissances avec sages-femmes au Québec.

C'est ce qu'a appris Le Devoir de diverses sources. Cette augmentation substantielle du nombre de maisons des naissances — il en existe huit à l'heure actuelle — est un des éléments importants de la prochaine politique de périnatalité portant sur tout ce qui entoure la santé des femmes enceintes et des poupons. Cette politique, qui a fait l'objet de consultation dans le réseau de la santé, doit être dévoilée à la fin du mois de mars.

Comme c'est l'habitude au cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, on a refusé de confirmer l'information pour ne livrer que des généralités. Mais vendredi, au cours d'une conférence de presse sur un autre sujet, le ministre, répondant à des questions sur cette politique de périnatalité, a confirmé sa volonté d'accroître l'offre de services des sages-femmes, sans citer de chiffres. «Nous, on est clairement placés dans le développement de la profession de sage-femme au Québec dans tous les lieux d'accouchements selon le choix de la femme» que ce soit à l'hôpital, dans une maison des naissances ou même, dans certains cas, à la maison, a-t-il dit.

La nouvelle politique de périnatalité vise à faire en sorte que 7 % des femmes enceintes au Québec soient suivies par des sages-femmes. Cela représente quelque 5600 des 80 000 naissances annuelles au Québec. À l'heure actuelle, environ 1200 naissances ont lieu avec des sages-femmes au Québec — ou 1,5 % du total. Quelque 1000 naissances avec sages-femmes surviennent dans les maisons des naissances et le reste, à l'hôpital ou à domicile, selon le Regroupement Les sages-femmes du Québec (RSFQ).

La pratique des sages-femmes au Québec s'est développée depuis les années 70 et 80, mais la profession n'est reconnue que depuis septembre 1999. Elle est depuis soumise à un ordre professionnel. C'est en 1994 que le gouvernement autorisait le lancement de projets-pilotes qui ont mené à la création des maisons des naissances. Quatre-vingt-deux sages-femmes, toutes associées à des maisons des naissances, pratiquent aujourd'hui. Il s'en forme entre 10 et 15 par année à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

La première maison des naissances a ouvert ses portes à Gatineau en 1994. Les sept autres sont établies dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal, à Pointe-Claire, à Sherbrooke, à Saint-Romuald (Lévis), à Mont-Joli, à Povungnituk, en territoire inuit, et la dernière créée en 2003 à Nicolet.

Sise à Blainville, la maison des naissances des Laurentides sera inaugurée à l'automne. C'est un projet qui mijote depuis 14 ans et qui a nécessité la contribution de la municipalité qui a construit la maison à ses frais. Elle est ensuite louée par le Centre de santé et des services sociaux (CSSS). Rien n'est donc simple en la matière. D'autres projets sont en préparation, notamment à Montréal, dans le Plateau, et en Montérégie. Dans la région de Québec, une deuxième maison des naissances aura pignon sur rue à Limoilou l'an prochain.

Selon la présidente du RSFQ, Céline Lemay, la demande pour les services de sages-femmes excède l'offre dans beaucoup de régions. «À la maison des naissances de Côte-des-Neiges, par exemple, on refuse une femme sur deux. On pourrait ouvrir une deuxième maison des naissances sans problème à Montréal», a-t-elle indiqué.

Selon les projections citées par l'Office des professions du Québec, on prévoyait en 1998 que le Québec compterait 140 sages-femmes en 2006-2007 au lieu des 82 professionnelles qui offrent ce service à l'heure actuelle. En Ontario, plus de 350 sages-femmes exercent leur profession. Le gouvernement ontarien consacre à ce service quatre fois plus de fonds, soit plus de 44 millions, que le gouvernement du Québec.

En plus de l'ouverture de 20 nouvelles maisons des naissances, Philippe Couillard voudrait que se multiplient les expériences d'associations entre les sages-femmes et les milieux hospitaliers. La prochaine politique de périnatalité prévoit que 50 % des accouchements pratiqués par des sages-femmes se fassent en milieu hospitalier, alors que c'est plutôt l'exception à l'heure actuelle. La collaboration entre le milieu hospitalier n'est pas toujours facile compte tenu de la différence d'approche. Il ne faut pas voir dans l'accroissement du nombre de sages-femmes une «compétition avec les médecins», a soutenu M. Couillard. «Une grossesse normale, c'est un événement heureux, c'est un événement physiologique, un élément naturel de la vie. Ce qu'il faut, c'est que tout le monde collabore et qu'on soit prêt à intervenir dans les cas heureusement rares où il y a des complications et des difficultés.»

M. Couillard a cité un sondage qui laisse entendre que les trois quarts des femmes préfèrent accoucher à l'hôpital et que 10 % d'entre elles seulement choisiraient d'accoucher avec une sage-femme. Mais quand on offre aux femmes le choix d'accoucher en milieu hospitalier avec une sage-femme, ce nombre est beaucoup plus important, a signalé le ministre.

Selon un sondage Léger Marketing commandé en 2003 par le Collège des médecins du Québec, 12 % de la population estime qu'il est plus sécuritaire d'accoucher dans une maison des naissances qu'à l'hôpital.
9 commentaires
  • marie.eve.dore@gmail.com - Inscrit 22 janvier 2007 09 h 43

    Vivement les maisons de naissances!

    Durant ma grossesse, j'ai été suivie par une sage-femme.

    Quelle expérience! C'est un service gratuit, on utilise la carte soleil, et tout le long de notre grossesse, on a une femme charmante, que dis-je, une perle, qui nous guide, nous conseille, nous rassure, nous motive et nous apporte tout le soutien nécessaire. Rien à voir avec les rencontres de cinq minutes avec mon médecin, qui me pose toujours les mêmes questions et qui fait le strict minimum.

    Les sages-femmes sont à encourager puisque c'est une alternative (et NON privée, WOW!) dans notre système de santé, et, utlimement, cela désengorge quelque peu les gynécos, déjà débordés.

    Vous savez, la majorité des grossesses se déroulent sans problème, alors que la plupart des accouchements se font en milieu hospitalier, sans véritable raison. Va-t-on voir le médecin si on en a pas besoin? À moins d'avoir du temps à perdre... En développant davantage le réseau des sages-femmes, on encourage le lien entre la mère et la personne qui la suit, au point de vue médicale, mais surtout humain.

    Quand on sait que plein de jeunes filles voudraient étudier pour devenir sages-femmes mais qu'il manque de place pour les embaucher par la suite, eh bien moi je dis: Diantre, cette initiative de créer d'autres maisons de naissances, voilà au moins une bonne idée des Libéraux!

    Marie-Eve

  • Jérôme Boucher - Inscrit 22 janvier 2007 10 h 04

    Sage décision.

    Je suis de ceux qui peuvent témoigner d'un fait: nous avons présentement un léger "baby-boom", actuellement, au Québec. Je ne blague pas, c'est vrai. De mon jeune vivant(seulement 21 ans), j'ai pu apercevoir de jeunes parents, du même âge que moi, qui ont déjà un ou même deux enfants à leur charge. On ne parle pas içi d'accidents mais bien d'une volonté hâtive de fonder une famille.

    Nous pourrions fournir plusieurs preuves en ce sens: les locaux des écoles primaires sont pleins à craquer, les CPE ont un succès grandiose et les parcs municipaux sont pris d'assaut par les jeunes mères lors des magnifiques journées d'été.

    Les maisons de naissance sont donc une bonne alernative aux mères désireuses d'avoir un environnement adéquat à la naissance de leur poupon. Bien sûr, nous aurons droit à un manque de maisons et de main d'oeuvre sous peu, mais si nous prenons la situation avec un certain positivisme, nous pouvons espérer à un regain du taux de natalité, en ce moment bien trop bas.

  • Marie-Gabrielle Vallet - Inscrite 22 janvier 2007 11 h 14

    L'instant le plus intense

    Je suis de celles qui ont choisi de faire confiance aux sages-femmes, et je ne le regrette absolument pas. Ça me désole quand j'entends de jeunes mamans parler de l'accouchement comme d'un mauvais moment à passer. Pour moi, ce sont les instants les plus intenses et les plus merveilleux de ma vie. Je ne nie pas la douleur en disant cela. Ça fait mal en chien. Si un jour on me torturait, je sais d'avance que j'avouerais tout. Mais découvrir en moi et en mon bébé cette force incroyable qui nous fait passer au travers est une expérience forte, de celles sur lesquelles se fondent nos rares certitudes.
    Enfin un médecin, ministre par surcroi, dit enfin sur la place publique qu'une grossesse normale est un événement naturel de la vie.

  • Amelie Dombek - Inscrite 22 janvier 2007 12 h 44

    Enfin!

    Résidente de la Montérégie et travailleuse en périnatalité, j'entends régulièrement des femmes très déçues de ne pouvoir accoucher comme elle le souhaiterait, soit avec l'aide d'une sage-femme dans une maison de naissance ou à domicile. Je trouve triste que ce droit soit reconnu mais non accessible. Étant moi-même impliquée dans le Mouvement maison de naissance Montérégie (www.mnmonteregie.com), j'accueille cette annonce avec soulagement. Nous savons qu'il y a encore beaucoup à faire pour obtenir cet accès mais j'encourage fortement les femmes et les familles à continuer de manifester leur besoin.

  • Geneviève Grignon - Inscrite 22 janvier 2007 13 h 35

    Bravo!

    Reste à voir si ça se fera!