L'herpès génital et le VPH - Deux infections sournoises et dévastatrices

Très souvent asymptomatiques, l'herpès génital et l'infection par le virus du papillome humain (VPH) peuvent néanmoins être dévastateurs puisqu'ils risquent de provoquer un cancer et même d'entraîner la mort de la femme enceinte et de son foetus dans certains cas.

Il s'agit là d'un véritable problème de santé publique puisque ces deux infections transmissibles sexuellement (ITS, selon la nouvelle appellation internationale donnée aux MTS) sont fort répandues, voire beaucoup plus qu'il n'y paraît, car nombre de femmes et d'hommes porteurs d'un de ces virus ignorent leur état. Les deux virus se transmettent le plus souvent par des personnes asymptomatiques qui ne savent pas qu'elles sont infectées. «Cette transmission peut avoir lieu en l'absence de pénétration. Le seul frottement des muqueuses sexuelles est suffisant», a précisé le Dr Marc Steben, médecin conseil à la Direction de la santé publique de Montréal-Centre, dans le cadre du congrès de l'Association des médecins de langue française du Canada qui se déroule actuellement à Montréal.

En fait, un adulte sur cinq est infecté par le virus de l'herpès simplex (VHS) de type 2 (ou herpès génital). Et 90 % de ces personnes contaminées ne le savent pas. «Maintes femmes qui en sont atteintes se soulagent à l'aide de pommades antifongiques ou d'onguents antibiotiques. Elles demeurent toutefois infectées [elles le demeureront toute leur vie] et peuvent transmettre le virus à leur partenaire», précise le Dr Steben. Les symptômes de l'herpès simplex de type 2, qui se présentent sous la forme de plaies ou d'ulcères au niveau du pénis, du vagin et de l'anus, sont en effet épisodiques. La prise de médicaments antiviraux qui bloquent la multiplication des virus et l'administration d'un immunomodulateur qui stimule les réponses immunitaires naturelles de l'organisme sont deux traitements qui permettent d'atténuer les symptômes lorsqu'ils se manifestent. Mais ces thérapies ne réussissent toutefois pas à éradiquer les virus, qui continueront à récidiver.

Ceux qui ont le plus à craindre de l'herpès simplex sont les femmes enceintes et leur enfant à naître. Si la future mère est déjà infectée, le risque de transmission au bébé est par contre minime en raison des anticorps qu'elle a développés. «La grossesse est la seule période où l'infection peut devenir mortelle pour le foetus et la mère, prévient le Dr Steben. Si le mari d'une femme enceinte est infecté, on lui prescrit des antiviraux afin de réduire le risque de transmission. On recommande le port du condom et on interdit le sexe oral.» Cette dernière pratique est en effet problématique, car elle contribue à ce que le virus de l'herpès simplex de type 1 (les feux sauvages) migre de la bouche aux organes génitaux.

«Or, la majorité des gens qui sont porteurs du VHS de type 1 ne le savent pas. Même s'ils n'ont aucun symptôme, le virus est présent dans leur salive et ils peuvent le transmettre à leur partenaire lors d'une relation sexuelle orale, souligne le médecin. Depuis l'affaire entre Monica Lewinsky et Bill Clinton, où on a tellement insisté sur le fait que le sexe oral n'est pas une relation sexuelle (!), maintes personnes considèrent qu'un tel acte ne comporte pas de risque d'ITS. Or, non seulement l'herpès de type 1 se transmet de la bouche aux organes génitaux, mais également le virus du papillome humain, celui de l'hépatite B et aussi parfois ceux de la syphilis et de la gonorrhée.»

Par ailleurs, l'herpès génital accroît aussi la possibilité de développer un cancer chez une personne porteuse d'une souche cancérigène du virus du papillome humain, qui est à l'origine d'une autre infection fort répandue.

En effet, trois à quatre adultes sur cinq auront été infectés par le virus du papillome humain (VPH) au cours de leur vie. Contrairement à l'herpès, qui est incurable, la plupart des infections au VPH disparaissent naturellement trois à neuf mois après leur apparition. «Notre système immunitaire réussit à les combattre et permet à l'organisme de s'en débarrasser complètement, souligne le Dr Steben. Seules les personnes âgées de plus de 30 ans chez lesquelles le virus persiste pendant plus de deux ans sont plus à risque de développer un cancer du col de l'utérus et, dans une moindre mesure, de la vulve, du vagin ou de l'anus [chez les hommes qui ont des relations anales].»

Il existe une vingtaine de souches du virus du papillome humain susceptibles d'affecter les organes génitaux, précise le médecin. Mais parmi celles-ci, environ quatre sont cancérigènes. Or les médecins disposent désormais de tests génétiques permettant de vérifier si la souche virale dont est porteuse une personne est cancérigène. «Ces tests permettent de dépister les femmes à risque de développer un cancer, qui, de ce fait, doivent être surveillées de près, explique le Dr Steben. Par ailleurs, ils permettent de rassurer les femmes qui présentent des condylomes [petite tumeur inflammatoire provoquée par une souche non cancéreuse].»

Les progrès de la génétique ont aussi permis la mise au point d'un vaccin contenant des protéines extraites des souches virales responsables de la majorité des condylomes et des virus les plus fréquemment associés au cancer. Ces protéines induisent une réponse immunitaire, qui semble efficace à prévenir l'infection au VPH, affirme le

Dr Steben, qui effectue une partie de l'étude clinique internationale destinée à éprouver ce vaccin prometteur. Les chercheurs s'interrogent toutefois sur le moment à choisir pour mener une telle vaccination. «L'intérêt est de vacciner les jeunes filles avant leur première relation sexuelle. Or, ce moment a lieu de plus en plus tôt, fait remarquer le médecin. Les jeunes filles de moins de

15 ans qui consultent pour une ITS ne sont plus des cas exceptionnels.

Les fillettes âgées de moins de dix ans qui ont des menstruations régulières ne sont plus rares, confirme le Dr Steben. Or, dès qu'une fille subit une ovulation, son désir sexuel s'aiguise. «Ces jeunes filles n'ont souvent pas des partenaires de leur âge (de moins de 15 ans), car les garçons ont leur puberté plus tard. Elles s'accouplent plutôt avec des hommes plus expérimentés, ce qui augmente d'autant plus le risque de transmission d'une ITS», dit-il.