Infarctus: les délais d'intervention sont trop longs au Québec

Plusieurs Québécois ayant subi un infarctus doivent attendre trop longtemps avant de recevoir le traitement approprié, ce qui fait augmenter les risques de dommages permanents et de décès. C'est ce que révèle une étude publiée hier dans Canadian Medical Association Journal (CMAJ), qui s'est penchée sur les délais d'administration des traitements visant à rétablir la circulation sanguine après une crise cardiaque.

Menée auprès de 1189 patients de 17 hôpitaux du Québec, l'étude conclut qu'environ 62 % des patients ne reçoivent pas l'un des deux traitements prescrits (l'angioplastie ou le médicament fibrinolytique) dans les délais exigés par les spécialistes en cardiologie. Et comme les données ont été recueillies dans des hôpitaux qui se sont portés volontaires, il est possible qu'une étude exhaustive dépeigne une situation encore plus lamentable, souligne la cardiologue Thao Huynh, chercheuse principale de l'étude et professeure au Centre hospitalier de l'université McGill.

Dans le cas des interventions percutanées coronariennes, également appelées angioplasties, 64 % des patients ayant fait l'objet de l'intervention n'ont pas été traités dans le délai prescrit de 90 minutes. Environ 51 % des patients auxquels on a plutôt décidé d'administrer le médicament fibrinolytique l'ont reçu trop tard, soit après le délai recommandé de 30 minutes. Les délais ont tendance à être plus longs lorsqu'il s'agit de traiter des personnes âgées ou des victimes d'infarctus qui se présentent dans les hôpitaux en soirée ou la nuit.

«L'organisation n'est souvent pas appropriée, note la Dre Huynh. Le soir et la nuit, il est possible que ces retards soient causés par le manque de personnel.»

«Un retard d'intervention ne cause pas nécessairement la mort, mais peut engendrer d'importants dommages au coeur du patient. Si la capacité cardiaque est altérée, le risque de mort subite augmente», a indiqué le Dr Simon Kouz, chef des cardiologues du Centre hospitalier régional de Lanaudière. «Il faut sensibiliser tout le monde à agir vite et faire comprendre que c'est une course contre la montre. Sinon, on perd la bataille.»

Les retards les plus importants surviennent évidemment lorsque la victime d'un infarctus ne peut être traitée sur place et qu'elle doit être transférée dans un autre hôpital. Dans 92 % des cas, les délais recommandés sont dépassés. Les patients sujets à des saignements peuvent uniquement recevoir le traitement d'angioplastie, et un transfert est inévitable lorsque l'hôpital ne possède pas le laboratoire et l'équipement nécessaires pour pratiquer l'intervention.

Au Québec, 25 hôpitaux sur 97 seraient dotés d'un tel laboratoire, qui coûte au minimum un million de dollars, hormis les frais d'opération.

Afin de réduire les délais d'administration des traitements de façon générale, la Dre Huynh prône l'élaboration d'un protocole d'identification rapide du patient et du traitement adéquat, ainsi que l'amélioration des communications entre les hôpitaux et les services ambulanciers dans le cas d'un transfert. Elle propose également la tenue d'un registre afin de comptabiliser les données sur les délais et d'apporter les correctifs nécessaires, le cas échéant. «Actuellement, aucun registre de ce genre n'existe dans les hôpitaux au Québec», déplore-t-elle.

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