Les usagers d'hôpitaux demandent aux spécialistes de surseoir à leurs moyens de pression

Le bras de fer entre les médecins spécialistes et le gouvernement inquiète le Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU) qui appelle aujourd'hui les intensivistes, orthopédistes ou encore obstétriciens, pour ne citer qu'eux, à «surseoir à leurs moyens de pression» et à cesser de «prendre la population en otage.»

«Dès qu'il y a des tensions dans le système de la santé, ce sont toujours les patients qui en font les frais, a expliqué hier au Devoir Jean-Marie Dumesnil, président du RPCU. Or, nous sentons actuellement beaucoup de craintes chez les usagers, dont la confiance dans le système est déjà passablement ébranlée en raison des listes d'attente. Et la rigidité des spécialistes n'est pas pour les rassurer.»

Vendredi dernier, les médecins spécialistes ont rejeté en bloc l'offre du gouvernement qui a mis sur la table de négociation une augmentation de salaire de 12,5 % sur six ans. Comme point de départ des discussions, a expliqué le ministre de la Santé,

Philippe Couillard.

Les spécialistes ont justifié en partie cette attitude par la présence dans l'environnement de négociation salariale d'une loi spéciale adoptée l'an dernier par Québec pour fixer les conditions de travail de cette catégorie de médecins. La mesure législative est vertement dénoncée par la Fédération des médecins spécialistes du Québec depuis son adoption.

Or, l'inflexibilité des spécialistes n'est pas rassurante pour le RPCU qui dénonce au passage le «manque d'ouverture dont fait preuve le nouveau président de la fédération, Gaétan Barrette», dit M. Dumesnil. «Nous ne voulons pas que la population, qui n'a pas les moyens de se défendre, soit encore une fois prise en otage. C'est déjà un exploit d'obtenir un rendez-vous avec un spécialiste dans des délais raisonnables. Avec les moyens de pression, la situation va empirer. Les spécialistes devraient le comprendre en faisant passer les intérêts de leurs patients avant leurs intérêts personnels.»

Se disant très préoccupé, le regroupement demande donc aux médecins de retourner très vite à la table de négociation afin de dénouer rapidement la crise dans laquelle Québec et spécialistes se trouvent. Le groupe de pression représentant les malades demande aussi à la Fédération d'accepter l'offre de médiation que propose Québec pour sortir de l'impasse.

Une plaie

Les craintes du RPCU vont dans le même sens que celles exprimées hier par le Conseil pour la protection des malades qui dit lui aussi «s'inquiéter sérieusement» du risque que font peser les moyens de pression des médecins spécialistes sur les patients. L'organisme a d'ailleurs demandé au Conseil des services essentiels de garder un oeil sur les discussions en cours entre Québec et les spécialistes afin de représenter les intérêts des malades.

Outre la clientèle des hôpitaux, la crise actuelle touche également les médecins en devenir dont la formation universitaire est actuellement bouleversée par les moyens de pression. Les médecins spécialistes refusent d'encadrer les médecins résidents et les étudiants en médecine.

Pour le Regroupement provincial des comités des usagers, cela n'est d'ailleurs pas une bonne idée, car, «s'ils voient la fin de leurs études repoussée, il faudra atteindre un an de plus avant que de nouveaux diplômés viennent combler les effectifs.» Une plaie quand on sait que «[les médecins spécialistes] sont déjà insuffisants pour répondre à la demande», indique M. Dumesnil.