Le mystère de la longévité - Bougez un peu, mes aïeux!

L’activité physique, la natation par exemple, contribue de diverses manières à améliorer la qualité de vie des personnes âgées.
Photo: Agence France-Presse (photo) L’activité physique, la natation par exemple, contribue de diverses manières à améliorer la qualité de vie des personnes âgées.

L'activité physique est salutaire, on ne cesse de nous le rappeler. En fait, elle est doublement bénéfique. Les recherches scientifiques démontrent de plus en plus clairement qu'elle améliore non seulement le physique, mais aussi le cerveau et les fonctions intellectuelles qu'il sous-tend. Depuis quelques années, les chercheurs affirment que l'exercice physique a probablement autant de poids que l'activité intellectuelle sur le maintien de la vitalité du cerveau.

«L'activité physique provoque une meilleure irrigation [sanguine] du cerveau et permet ainsi une meilleure oxygénation du tissu cérébral. En améliorant le métabolisme des aliments, elle favorise aussi un meilleur approvisionnement en glucose. Le fonctionnement des neurones s'en trouve optimisé», indique Louis Bherer, chercheur à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Directeur d'un laboratoire de recherche sur la neurobiologie de l'exercice, Louis Bherer a enrôlé une cinquantaine de personnes âgées sédentaires dans une étude de trois mois où la moitié d'entre elles participaient à un programme d'activité physique composé de trois séances d'une heure par semaine tandis que l'autre moitié, servant de témoins, ne faisaient qu'acte de présence. «Le programme visait d'abord à augmenter la force musculaire et la souplesse afin de faciliter l'activité physique. Ensuite, on s'appliquait à améliorer la fonction cardiorespiratoire par des exercices d'aérobie», explique le chercheur, qui est également professeur au département de psychologie de l'UQAM.

Le programme d'exercices de trois mois a permis d'augmenter substantiellement la capacité d'absorption de l'oxygène, le VO2 max, qui est un indicateur de la santé cardiorespiratoire, indique le chercheur. Il a également induit une nette amélioration de la vitesse avec laquelle les personnes exécutaient des tâches nouvelles.

D'une part, la pratique de l'activité physique a amélioré l'attention des sujets ainsi que leur aptitude à se concentrer sur les informations les plus pertinentes pour l'exécution d'une tâche. D'autre part, elle a accru leur flexibilité mentale, c'est-à-dire leur capacité à passer rapidement d'une tâche à une autre.

La plupart des chercheurs croient que ces améliorations — qui ont aussi été observées avec des séances d'entraînement d'une demi-heure — découlent d'une revascularisation du tissu cérébral et de la production de certains neurotransmetteurs qui rendent le cerveau un peu plus efficace à traiter de nouvelles informations et à réagir à de nouveaux contextes, souligne Louis Bherer.

Des études effectuées chez l'animal ont aussi montré que l'exercice physique induit la synaptogénèse, soit la formation de nouvelles connexions — ou synapses — entre les neurones et même parfois de la neurogénèse, la création de nouveaux neurones dans certaines régions du cerveau, ajoute-t-il. «Bien sûr, la plasticité neuronale ralentit avec l'âge, elle n'égale plus celle d'un jeune enfant, mais elle persiste tout de même jusqu'à un âge avancé», précise Louis Bherer.

L'activité physique a également des effets indirects sur le cerveau. Chez une personne sédentaire, elle restaure la qualité du sommeil. Du même coup, elle consolide les apprentissages effectués durant la journée, car c'est durant le sommeil que ceux-ci s'impriment dans la mémoire.

L'exercice physique diminue par ailleurs le stress et les symptômes dépressifs. Il améliore la mobilité, l'image de soi ainsi que la confiance en soi, ce qui contribue à rendre les individus plus combatifs devant une nouvelle situation. De plus, par un effet de cascade, les personnes actives physiquement ont tendance à s'adonner davantage à des activités intellectuelles. Selon diverses études épidémiologiques, la pratique d'une activité physique deux ou trois fois par semaine retarde significativement l'apparition des symptômes précoces de la démence.

Louis Bherer avoue avoir été impressionné par la métamorphose qu'il a observée chez les participants à son étude. «La grande majorité des personnes âgées qui terminent nos programmes en sortent transformées et veulent continuer à faire de l'exercice. Pourtant, au départ, certaines arrivaient péniblement aux séances d'entraînement, en marchant avec une canne, confie-t-il. Bien que ce genre de programme soit très prometteur, il ne s'agit pas d'une fontaine de Jouvence. Il permet toutefois de maintenir une certaine réserve qui permettra d'être mieux armé pour affronter les problèmes de santé quand ils arriveront.»

Il faut bouger le plus tôt possible dans sa vie, recommande le chercheur. «Il faut choisir une activité qui nous plaît, comme la marche à un rythme soutenu. Les activités qui peuvent se faire en groupe sont plus stimulantes parce qu'on s'encourage. Une fois que la personne se sent un peu mieux avec elle-même, elle aura envie de pousser un peu plus. Or les aînés qui s'améliorent le plus sont justement ceux qui sortent de leur zone de confort», ajoute Louis Bherer.

Activité intellectuelle

La neuropsychologue Sylvie Belleville, de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, rappelle pour sa part que les activités stimulantes intellectuellement accroissent les performances cognitives. Elle cite comme exemple une grande étude commanditée par le National Institute on Aging des États-Unis qui a porté sur 2000 sujets âgés, dont certains ont participé à des programmes d'intervention cognitive tandis que d'autres demeuraient inactifs intellectuellement.

Dans un premier groupe où était visé l'entraînement de la mémoire, on enseignait de façon scolaire diverses stratégies permettant de mieux encoder de nouvelles informations. Dans un autre groupe, on apprenait aux personnes âgées à réagir plus rapidement aux informations visuelles qui leur étaient présentées. Les participants du dernier groupe devaient quant à eux s'atteler à la résolution de problèmes.

«Après quelques semaines de participation à ces programmes d'intervention, les personnes âgées avaient amélioré considérablement leurs performances dans le domaine entraîné, affirme Sylvie Belleville. Les personnes semblaient même avoir rajeuni de sept à huit ans au niveau cognitif. Qui plus est, leurs nouvelles capacités cognitives se maintenaient dans le temps puisqu'elles étaient toujours présentes deux ans plus tard.»

À l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, on offre de tels programmes à la population en général ainsi qu'aux personnes à risque de développer la maladie d'Alzheimer.

«Notre approche est préventive plutôt qu'interventionniste, comme l'est généralement la médecine au Canada. Nous voulons que nos personnes âgées se "désédentarisent", qu'elles restent actives et combatives. On surestime trop souvent le déclin qui survient au cours du vieillissement. Nous voulons briser ce mythe», conclut Louis Bherer.