Crise aux soins intensifs - Couillard banalise la situation, disent les intensivistes

Choqués de la réaction du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) à leur sortie de jeudi, les intensivistes de Montréal sont revenus à la charge hier en affirmant que Philippe Couillard «banalise une situation critique».

Dans un document distribué aux médias la semaine dernière, plusieurs chefs de service de centres hospitaliers de Montréal et de Québec déploraient la dégradation des services offerts dans les unités de soins intensifs de ces hôpitaux. Manque de lits, manque d'infirmières, obligation de jouer au «lit musical» et d'annuler des chirurgies importantes: les intensivistes en ont assez. Ce vase plein a débordé quand le ministre Philippe Couillard a affirmé que le réseau de la santé allait bien. «Ce sont des mensonges», ont répété hier en conférence de presse un groupe d'intensivistes froissés par la réaction passive des autorités à leur cri d'alarme.

Jeudi, tant le ministère que l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal (ASSSM) se sont étonnés de la sortie des intensivistes, qu'on situait à mots couverts dans le contexte du bras de fer disputé entre Québec et les médecins spécialistes. Le MSSS et l'ASSSM ont souligné qu'il n'y avait pas eu de fermeture récente de lits dans les soins intensifs des établissements concernés. «Des propos qui constituent un aveu de leur inaction des dernières années et de leur manque de vision», dit Marc Giasson, intensiviste au Sacré-Coeur.

«C'est ahurissant que le gouvernement traite avec une telle désinvolture une crise qui dure depuis 10 ans», ajoute Annick Châtillon, du CHUM-Saint-Luc, qui évoque un «système de santé au point de rupture». «On ne veut plus activer un boulier pour savoir qui aura son congé et qui méritera son lit aux soins intensifs», indique pour sa part Philippe Rico (Sacré-Coeur). Nous voulons assurer l'accessibilité aux soins.» Pour ce faire, les intensivistes proposent leur collaboration au gouvernement. «Mais ça prend des engagements concrets de sa part», selon Marc Giasson. «Et qu'il reconnaisse qu'il y a une crise. On est tannés des promesses non tenues.»

Infirmières boucs émissaires?

Toutefois, l'équation que font les intensivistes entre les problèmes des unités de soins intensifs et le manque d'infirmières — une explication maintes fois mentionnée hier en conférence de presse — ne plaît pas à ces dernières. «C'est comme si on servait de boucs émissaires», estime Gyslaine Desrosiers, présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), qui dénonce «une sortie à l'emporte-pièce». «Si les intensivistes ont des attentes sur le nombre d'infirmières, on aurait pu analyser ça conjointement.»

À la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), on reconnaît qu'il y a un manque d'infirmières dans les services de soins intensifs. «Il y a effectivement plus de fermetures temporaires de lits parce que nos membres sont essoufflées, explique Lina Bonamie, présidente de la Fédération. Les soins intensifs, c'est beaucoup de travail, et on oblige en plus les infirmières à faire des heures supplémentaires. On ne veut pas de bonification pour cette tâche: on veut juste être capables de garantir des horaires normaux avec des équipes complètes.»

Sur les 65 000 infirmières affiliées à l'OIIQ, environ 3600 pratiquent actuellement en soins intensifs. «C'est seulement quand nous aurons plus d'infirmières que nous pourrons augmenter le nombre de lits», affirme Michel Marcil, directeur des affaires médicales et universitaires à l'ASSSM. Aujourd'hui, le Comité de direction des 150 chefs de service des hôpitaux du territoire de l'Agence rencontrera les dirigeants de cette dernière: la question des soins intensifs sera au menu des discussions.