Catastrophe appréhendée aux soins intensifs

Il y a urgence aux soins intensifs dans les hôpitaux de Québec et de Montréal. Les chefs de service de 11 établissements de ces deux villes ont tiré hier une sonnette d'alarme pour demander au ministre de la Santé et des Services sociaux d'agir afin de changer une situation en constante dégradation, qui impose actuellement aux spécialistes de jouer aux «lits musicaux», au risque de mettre en péril la santé des patients.

La sortie faite hier par ces intensivistes recoupe le message véhiculé dans la campagne de publicité lancée samedi par la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ, dont ils sont d'ailleurs membres). Essentiellement, le système de santé va mal et requiert des soins urgents. «Le ministre Couillard ne dit pas la vérité quand il affirme que le réseau va bien», mentionne le Dr Denny Laporta, de l'Hôpital juif. «La campagne est indépendante, mais on parle des mêmes choses.»

Des témoignages gravés sur un DVD distribué aux médias par six intensivistes de la région de Montréal décrient une situation «des plus inquiétantes, qui prévaut depuis déjà plusieurs mois, voire plusieurs années, dans tous les soins intensifs universitaires au Québec», situation «qui ne cesse de se détériorer».

Le manque de lits et d'effectifs aux soins intensifs est criant aux yeux de ces médecins. «On annule des chirurgies majeures en cardiologie et pour les cancers, on manque d'infirmières, on laisse des patients dans d'autres centres hospitaliers alors qu'ils auraient besoin de nos soins», a résumé le Dr Marc-Jacques Dubois, du CHUM Hôtel-Dieu.

«On n'a plus les ressources qu'il faut pour fonctionner», a ajouté Marc Giasson, qui opère à l'hôpital du Sacré-Coeur. Cette situation entraîne notamment des annulations de chirurgies et une gestion serrée des priorités. «Parfois, on prend un risque», a dit le Dr Giasson en évoquant une situation où deux patients sont «en compétition» pour le même lit. Un malade attend une chirurgie pour un cancer, un autre éprouve des difficultés respiratoires à cause de sécrétions. «Je vais nettoyer les poumons avec un appareil, ce qui lui donne une ou deux heures [de répit] avant que ça se réaccumule. Et je le renvoie à l'étage en me disant que ce patient devrait bien aller», ce qui permet dans l'intervalle de soigner le cancéreux. «On joue aux lits musicaux», a indiqué le Dr Giasson.

Dans une lettre transmise à l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal (ASSSM), les chefs de service avertissent ainsi la direction que le nombre de lits disponibles «ne permet plus de remplir notre rôle auprès du patient de façon pleinement sécuritaire» et que «les demandes urgentes d'admission de patients très instables nous forcent à congédier précocement des malades de l'unité des soins intensifs alors que leur condition médicale dicte qu'ils devraient y rester».

Le cri d'alarme des intensivistes a été entendu à Québec et à l'ASSSM hier, même si on se demandait pourquoi la sortie avait eu lieu précisément à ce moment. «Il n'y a pas eu de fermeture récente de lits dans les centres hospitaliers concernés», a assuré le directeur des affaires médicales et universitaires de l'ASSSM, Michel Marcil. «On sait qu'il y a une pénurie d'infirmières qui affecte le fonctionnement des hôpitaux, surtout dans les blocs opératoires et les soins intensifs. Mais ce n'est pas nouveau.»

Au bureau du ministre Philippe Couillard, on a indiqué qu'il s'agira «d'attirer plus d'infirmières», mais on ne pouvait avancer aucune solution concrète hier pour répondre à l'appel pressant des intensivistes.