Technologistes médicaux au Québec - Ressources humaines recherchées !

L'Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ) voit d'un très bon oeil l'adoption, en juin dernier, du projet de loi 14 destiné à faciliter l'accès aux professions pour les personnes formées hors Québec. D'ailleurs, depuis 2004, l'OPTMQ travaille avec le ministère de l'Éducation afin de créer un programme de formation d'appoint pour les nouveaux arrivants. Si tout va comme prévu, l'attestation d'études collégiales (AEC) sera offerte dès janvier prochain.

La loi 14 donne de nouveaux outils aux ordres professionnels pour mettre sur pied une procédure permettant de reconnaître, par équivalence, la formation ou le diplôme d'une personne obtenu hors Québec. Les ordres peuvent également délivrer des permis restrictifs temporaires ou permanents, en plus des «permis sur présentation d'un permis» pour les professionnels membres d'un ordre professionnel à l'extérieur du Québec.

Chez les technologistes médicaux — les professionnels de la santé qui effectuent, sur le corps humain ou à partir de spécimens, des analyses et des examens dans le domaine de la biologie médicale tout en assurant la validité technique des résultats —, on considère que l'adoption de la loi 14 est un pas dans la bonne direction. «C'est très positif selon nous et d'ailleurs, depuis plusieurs années, nous travaillons pour faciliter l'adhésion à l'OPTMQ de nouveaux arrivants. Nous sommes convaincus que, socialement, nous avons besoin de ces professionnels», indique la présidente de l'OPTMQ, Debbie Provencher.

Un programme créé pour les immigrants

À leur arrivée au Québec, les immigrants ayant reçu une formation de technologiste médical dans leur pays ne peuvent pas devenir membres de l'Ordre sans suivre quelques cours d'appoint. «Ailleurs, la formation est différente de celle du Québec. Par exemple, on étudie ici la pathologie alors que ce n'est pas vu ailleurs. Il y a aussi toujours quelques ajustements à faire qui sont particuliers à la culture québécoise», explique Mme Provencher.

Présentement, les immigrants qui souhaitent acquérir les notions essentielles à leur adhésion à l'OPTMQ doivent joindre le programme régulier de formation collégiale et le faire presque au complet. «C'est très lourd comme processus. C'est pour cette raison que, depuis 2004, nous travaillons à mettre sur pied une AEC qui tiendra compte des acquis des nouveaux immigrants dans leur pays d'origine. Nous étions dans un impasse avec le ministère de l'Éducation, mais il semble que nous détenions maintenant la solution et nous espérons régler les derniers détails prochainement, et ainsi pouvoir offrir le programme dès janvier», avance-t-elle.

Plusieurs outils d'évaluation

Bientôt, l'OPTMQ n'évaluera plus les diplômes obtenus à l'étranger puisqu'il travaille à élaborer une grille de compétences pour évaluer les besoins précis de formation des nouveaux arrivants. «Nous aimerions être un jour en mesure de créer certains profils de formation qui répondraient à différentes cohortes d'immigrants. Par exemple, avant, nous avions surtout des technologistes médicaux qui arrivaient du Maghreb, du Liban, du Maroc et de Tunisie, alors que maintenant, nous voyons beaucoup de nouveaux arrivants originaires d'Amérique du Sud et d'Asie. Selon leur région d'origine, les immigrants ont probablement des besoins de formation différents à combler et ce serait intéressant qu'ils puissent avoir une formation en conséquence», affirme la présidente en précisant que la grille devrait être complétée pour mars 2007.

Par la suite, l'OPTMQ devrait accoucher d'un examen plus spécifique pour valider les compétences plus difficilement reconnaissables. De plus, les immigrants devraient pouvoir prochainement effectuer un test de compétences en ligne, avant de quitter leur pays d'origine. «Les nouveaux arrivants seraient donc au courant, bien avant leur arrivée, des besoins de formation qu'ils auront à combler. Ainsi, nous nous assurerons que le discours entendu à l'étranger à propos de la pratique de la profession au Québec pourra être validé en visitant notre site Internet», poursuit-elle.

Pour ce qui est des permis restrictifs temporaires ou permanents, l'OPTMQ est d'accord avec le principe, mais soutient qu'il serait irresponsable d'en délivrer pour le moment. Présentement, le titre de technologiste médical est un titre réservé, ce qui veut dire que, pour porter le titre, une personne doit être membre de l'Ordre. Toutefois, contrairement aux médecins, par exemple, qui ont une pratique exclusive, des gens peuvent s'adonner à plusieurs activités qui font partie des tâches de travail des technologistes médicaux sans être membres de l'Ordre.

«Le problème avec le fait que notre profession soit à titre réservé, c'est que nous pourrions donner un permis restrictif à un nouvel arrivant qui devient membre de l'Ordre et l'année suivante, cette personne pourrait décider de ne plus faire partie de l'Ordre. Ainsi, cette personne serait déjà dans le réseau de la santé, mais nous ne pourrions plus la suivre pour s'assurer que sa pratique est en règle avec son permis restrictif. Cette personne pourrait très bien commencer à faire des activités pour lesquelles elle n'aurait pas de permis. Nous considérons donc que, tant que la profession de technologiste médical ne sera pas à pratique exclusive, nous ne délivrerons pas de permis restrictifs puisque ça représente un trop grand risque pour la population», affirme Mme Provencher en ajoutant que l'OPTMQ est en pourparlers avec l'Office des professions du Québec à ce sujet.

Et ces précautions sont prises malgré un grand besoin à combler en matière de technologistes médicaux. «À l'OPTMQ, la moyenne d'âge des membres est élevée, donc, dans les prochaines années, plusieurs prendront leur retraite. De plus, le programme de formation technique est un des plus lourds dans les cégeps, ce qui fait que seulement 60 % des personnes inscrites décrochent leur diplôme. C'est entre autres pour cette raison que nous croyons beaucoup au potentiel du nouvel AEC. Nous ne pouvons pas dire pour le moment si ça suffira à combler tous les besoins des prochaines années dans le domaine, mais ça fera certainement une différence», conclut Debbie Provencher.

Collaboratrice du Devoir