Industrie pharmaceutique au Québec - Améliorer l'appui au secteur de l'éducation supérieure pour continuer à tirer son épingle du jeu

Selon Russell Williams, président de l’association Les compagnies de recherche pharmaceutique du Canada, il importe au monde pharmaceutique de prouver de quelle manière il peut à la fois contribuer à améliorer la qualité de vie des personnes mala
Photo: Selon Russell Williams, président de l’association Les compagnies de recherche pharmaceutique du Canada, il importe au monde pharmaceutique de prouver de quelle manière il peut à la fois contribuer à améliorer la qualité de vie des personnes mala

Fondé d'abord et avant tout sur le savoir, le secteur de l'industrie pharmaceutique s'est régénéré à partir des années 1980 à la faveur des interventions d'un petit noyau de chercheurs de fort calibre. Tant et si bien que la grande majorité des travaux de recherche fondamentale et clinique au Canada sont maintenant concentrés dans la région de Montréal au terme de l'essor constant connu au cours des dernières années.

En 2004, les sciences de la vie représentaient 37 000 emplois de haut niveau dans le secteur métropolitain, pendant que les nouveaux investissements consentis en recherche et développement dépassaient la barre des 450 millions de dollars. L'industrie pharmaceutique compte pour 2,3 milliards du produit intérieur brut (PIB) québécois.

Investissement Québec évalue qu'une trentaine d'entreprises internationales possèdent leur siège social canadien au Québec. Plusieurs parmi celles-ci disposent d'un centre privé de recherche fondamentale et embauchent tout près de 1000 chercheurs; il en va ainsi pour AstraZeneca R-D Montréal (neurologie-douleur), Boehringer Ingelheim (immunologie-antiviraux), Bristol-Myers Squibb (immunologie-antiviraux, inflammation et oncologie), GSK Biologicals (vaccins), Merck Frosst (inflammation, asthme, métabolisme des os, diabète, apoptose et protéomique), et Wyeth (développement chimique et unité mondiale d'approvisionnement clinique).

La pyramide pharmaceutique

Le docteur Yvan Guindon a conduit une carrière de professeur-chercheur et d'administrateur tant dans le secteur privé que public; il a occupé des postes de direction dans l'entreprise avant de se retrouver, en 1994, à la tête de l'Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), où il poursuit toujours des travaux scientifiques. Il départage en deux l'industrie, soit celle du diagnostic et celle des soins de santé, tout en posant le constat qu'il existe un grand nombre de PME coexistant tant bien que mal dans le vaste monde pharmaceutique où des géants occupent le haut du pavé: «Il ne faut pas oublier ces gens-là.» D'ailleurs, il est plus juste de parler de microentreprises dans bien des cas.

Il trace ce portrait synthèse: «Au Canada, il s'agit d'une pyramide où vous passez de la très grande industrie à la moyenne et à la petite. Quelques-unes se situent en haut de cette structure, il y en a beaucoup dans le bas et il n'y a pas grand-chose au milieu.» Et pour comprendre la situation, il suffit de jeter un simple regard sur les intervenants de l'industrie: «En haut, on retrouve Merck, Boehringer, AstraZeneca et Bristol-Myers. Au centre, on parle de Neurochem et de compagnies du même genre. Et finalement, il y a une grande quantité de toutes petites entreprises de biotechnologie.»

Il en découle cette conséquence: «Une des grandes difficultés de l'industrie pour les petits joueurs, c'est l'absence de disponibilité d'un personnel compétent pour assumer des emplois de direction. Ils sont souvent obligés de se tourner vers les États-Unis pour combler ce genre de postes-là.» Ces microfirmes font de plus face, dans de nombreuses occasions, à un problème de sous-capitalisation et de manque d'investissement.

Investir dans le savoir

Il n'en reste pas moins que le Québec, et plus particulièrement la région de Montréal, occupe présentement une position dominante dans l'industrie. Dans un contexte de mondialisation et de vive concurrence avec le voisin américain, un tel acquis peut-il être préservé?

Yvan Guindon se montre positif et pose une condition sine qua non: «Le Québec doit améliorer son appui au secteur de l'éducation supérieure pour continuer à tirer son épingle du jeu. La recherche, ça se fait par du monde. La clé et la matière première de ce type d'industrie, ce sont les gens, la main-d'oeuvre. Si on est capable de bien les former et d'investir là-dedans, c'est là où se situe le véritable enjeu.»

Il déplore ainsi un manque d'investissements dans les sciences dites fondamentales, comme la chimie. La présence de chercheurs compétents dans de tels domaines est la raison même pour laquelle plusieurs entreprises se sont installées au Québec: «Il faudrait qu'on comprenne rapidement que si l'on veut demeurer dans ce genre d'industrie et être concurrentiel, ça prendra d'abord et avant tout des profs qui ont aussi accès à des outils et à des subventions leur permettant d'être concurrentiels à l'échelle de la planète.» Il lance ce message clair: «Si vous n'investissez pas dans les universités, vous ne pourrez rester très longtemps dans la partie. Si vous voulez vous positionner dans l'industrie du savoir mais que vous n'investissez pas dans vos universités, vous êtes complètement en contradiction.»

La conciliation santé-économie

L'association Les compagnies de recherche pharmaceutique du Canada (R-D) regroupe plus de 22 000 personnes à l'emploi de plus de 50 compagnies pharmaceutiques canadiennes.

Russell Williams en est le président et il pose ce regard sur la vigueur de l'industrie au Québec: «Celle-ci existe en raison d'une stratégie intégrée. Il y a un maillage entre le secteur économique et celui de la santé qui fait toute la différence. Nous avons un système de santé universel public et nos médicaments figurent bien à chaque niveau de ce dernier, avec une bonne logistique d'investissement en recherche-développement et une bonne politique d'accès à ces médicaments. On arrive ainsi à créer un climat très favorable dans le domaine pharmaceutique. Voilà pourquoi environ 50 % de la recherche au Canada est concentrée au Québec.»

Il poursuit ses explications: «Il y a une vingtaine d'années, une stratégie globale et une synergie économique ont émergé, en vertu desquelles des laboratoires universitaires ont vu le jour, une politique d'investissement dans la R-D a été appliquée et des modes de bonne utilisation des médicaments dans le système ont été suivis. Ce sont l'ensemble de ces éléments qui ont créé une véritable force. Pour garder cette position favorable, on doit maintenant toujours s'assurer d'être plus concurrentiels que le reste du monde.»

L'excellence et les résultats probants

Russell Williams laisse savoir qu'il y a un point commun qui distingue l'ensemble des joueurs de ce marché: «Que ce soit dans nos laboratoires privés ou dans ceux des universités, que ce soit dans les biotechnologies ou dans les plus grandes entreprises, tous recherchent l'excellence et on essaie de trouver des médicaments qui vont sauver des vies.»

Cela dit, il décrit l'évolution en cours dans l'industrie: «Une des choses majeures qui se passent en ce moment, c'est la façon dont la recherche est en train de changer: c'est de plus en plus coûteux, "pointu" et ciblé, ça nécessite plus de temps et d'argent. Le grand défi qui se pose, c'est de savoir comment nous allons continuer à trouver des solutions: il y a trois molécules sur 10 000 qui se transforment en médicaments pour le patient. De quelle façon allons-nous continuer à faire les investissements en R-D? Comment évaluer avec justesse les impacts?»

Il importe au monde pharmaceutique, dans ce sens-là, de prouver de quelle manière il peut à la fois contribuer à améliorer la qualité de vie des personnes malades et alléger le poids financier du système de santé: «Si on peut documenter ces deux avantages, s'il nous est possible de démontrer notre capacité, grâce à une bonne utilisation des médicaments d'innovation, de procurer une meilleure santé aux patients et d'économiser de l'argent dans le réseau de la santé, il me semble que notre avenir réside dans cette façon de prouver notre valeur.»

Collaborateur du Devoir