Cité de la biotech - L'industrie de la biotechnologie s'implante à coups de millions à Laval

Pierre Bélanger, fondateur et président-directeur général de la Cité de la biotech, à Laval
Photo: Cité de la biotech
Photo: Pierre Bélanger, fondateur et président-directeur général de la Cité de la biotech, à Laval Photo: Cité de la biotech

Investissements majeurs, création d'emplois, arrivée de nouveaux joueurs: l'industrie de la biotechnologie a le vent dans les voiles à Laval. Plusieurs secteurs sont particulièrement dynamiques, comme la recherche et le développement de vaccins et d'aliments fonctionnels, alors que d'autres suscitent beaucoup d'espoir pour demain, comme le développement de technologies médicales.

Quelques entreprises du domaine des sciences de la vie se sont implantées à Laval dans les années 1960, mais c'est avec la création du Parc scientifique et de haute technologie, à la fin des années 1980, que l'industrie a pris un véritable essor. «Par la suite, certaines infrastructures ont été mises en place pour faciliter la croissance de l'industrie, en partenariat avec l'Institut national de la recherche scientifique [INRS] — Institut Armand-Frappier. Après la création de ce pôle d'excellence, plusieurs entreprises se sont agglutinées tout autour», explique Pierre Bélanger, fondateur et président-directeur général de la Cité de la biotech, un organisme ayant pour mission de dynamiser l'industrie de la recherche et du développement dans le secteur des sciences de la vie, à Laval.

Lors de la création de la Cité de la biotech, en 2001, son initiateur s'était fixé l'objectif d'attirer cinq millions de dollars d'investissements en cinq ans. «Nous avons finalement réussi à avoir 250 millions, donc notre objectif a été largement dépassé. De plus, en 2001, il y avait environ 2000 emplois dans le domaine, alors qu'il y en a maintenant plus de 4000», affirme fièrement M. Bélanger.

Plusieurs investissements annoncés

Si le secteur des biotechnologies maintient un bon rythme d'expansion depuis 2001, les prochaines années s'annoncent également très fécondes, et ce, même si le contexte politique n'est pas très favorable. «Depuis trois ans, il y a beaucoup de rationalisations dans le secteur des biotechnologies. Plusieurs entreprises ont fusionné puisque le gouvernement a changé sa politique de soutien financier. Ça a créé un vide mais en même temps, il y avait un besoin de rationalisation. Maintenant, le problème, c'est que le gouvernement n'a pas de politique en innovation avec soutien à l'entreprise et tant que ça restera ainsi, ce sera beaucoup plus difficile de démarrer une entreprise», affirme le p.-d.g. de la Cité de la biotech.

Ainsi, quelques hommes d'affaires réussissent tout de même à récolter suffisamment de fonds pour démarrer une entreprise, mais la majorité des investissements provient de compagnies déjà bien établies. Entre autres, la multinationale pharmaceutique Boehringer Ingelheim a annoncé cet été un investissement de près de 36 millions de dollars en vue d'agrandir son centre de recherche et de développement situé à Laval. «Les travaux devraient se terminer en 2007 et 40 nouveaux postes pour chercheurs hautement qualifiés seront créés», soutient M. Bélanger.

Et ce n'est pas tout. «Roche Diagnostics investira 10 millions de dollars et créera 200 nouveaux emplois. Bio-K Plus International prendra de l'expansion avec des investissements de 4,5 millions de dollars et la création de 30 nouveaux emplois. LAB recherche préclinique injectera cinq millions de dollars dans ses infrastructures de Laval, et une société de cosmétologie déjà bien établie viendra s'installer chez nous. Le projet de 4,5 millions de dollars viendra créer 90 nouveaux emplois à Laval», indique M. Bélanger, sans toutefois vouloir dévoiler le nom de l'entreprise puisque cette information est sous embargo.

L'INRS investit lui aussi des sommes importantes. «La construction du Centre national de biologie expérimentale est une très bonne nouvelle, tout comme les investissements dans le laboratoire de contrôle du dopage et le déménagement à Laval de l'INRS-Santé situé à Pointe-Claire. Au total, les investissements de l'INRS pour l'ensemble de ces projets atteignent 100 millions», soutient le p.-d.g. de la Cité de la biotech.

Secteurs en effervescence

Certains secteurs sont évidemment plus dynamiques que d'autres dans le domaine des sciences de la vie. C'est le cas présentement de la recherche de vaccins avec la menace de pandémie de grippe aviaire ainsi que le VIH et l'hépatite C, virus mortels pour lesquels aucun vaccin n'a encore été découvert. «Le fait que l'entreprise GSK Biologicals soit venue implanter son centre de production de vaccins témoigne du dynamisme de la région dans la recherche et le développement de vaccins», affirme M. Bélanger.

Le secteur des aliments fonctionnels est également en pleine effervescence. «Avec le développement des probiotiques, l'entreprise Bio-K Plus International est en pleine expansion. Et récemment, avec l'annonce dans les médias qu'une diminution marquée des cas de contamination à la bactérie C. difficile avait été remarquée après l'administration de probiotiques à des patients, le succès est encore plus retentissant. Le domaine des aliments fonctionnels est certainement un domaine d'avenir où encore plusieurs découvertes restent à faire», croit M. Bélanger.

Enfin, beaucoup d'efforts seront investis dans le développement de technologies médicales au cours des prochaines années à Laval. «Le Centre de développement des technologies médicales sera mis sur pied pour faciliter la validation des appareils développés et le transfert des technologies», explique M. Bélanger, qui est convaincu que le développement des technologies médicales pourrait être poussé beaucoup plus loin au Québec.

«Nous sommes très en retard comparativement aux Américains dans le domaine. Pourtant, la santé accapare un gros pourcentage des dépenses du gouvernement. Il y a donc des retombées économiques importantes à prévoir pour la province en investissant dans le secteur, si le gouvernement en arrive à s'approvisionner en technologies médicales développées au Québec. C'est aussi un domaine avantageux puisqu'il en coûte beaucoup moins d'argent et de temps pour développer une technologie médicale que pour développer un médicament. C'est assurément un secteur à exploiter», conclut Pierre Bélanger.

Collaboratrice du Devoir