Infirmières - Recrutement réussi

L’Ordre des infirmières s’est doté d’un plan d’action pour participer à la lutte contre la transmission des infections en milieu hospitalier.
Photo: Jacques Nadeau L’Ordre des infirmières s’est doté d’un plan d’action pour participer à la lutte contre la transmission des infections en milieu hospitalier.

L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) revendique une meilleure reconnaissance de la profession à l'intérieur des centres spécialisés à caractère privé créés par le projet de loi 33. Ce regroupement professionnel vient de se livrer à une réflexion et de préparer une série de recommandations sur le code vestimentaire. Il pose le constat que, pour l'instant, le Québec produit un nombre intéressant d'effectifs, dont le système de santé a bien besoin.

Présidente de l'Ordre, Gyslaine Desrosiers fait le point sur la pénurie d'infirmières vécue au cours des dernières années: «Si on regarde nos statistiques, on est dans des bonnes années. Nous allons connaître une troisième année fructueuse d'affilée et on va émettre environ 3500 nouveaux permis. On s'y attendait, mais on sait qu'il y a encore des milieux et des établissements qui se plaignent d'un manque de personnel.»

Ces bons résultats s'expliquent-ils par les moyens mis en oeuvre pour contrer le manque de ressources? «Je dirais que oui. Les gens qui finissent en 2006, ce sont des personnes qui se sont inscrites en 2002 ou en 2003 au plus tard, parce que cela prend au moins trois ans pour faire le cours et, de façon générale, il faut compter quatre ans. Leur inscription est survenue au moment où on a introduit le diplôme d'études collégiales et le bac intégrés, ce qui a fait grimper les inscriptions de 30 % parce que les jeunes étaient contents de pouvoir entrer au cégep dans un programme qui conduisait plus rapidement à l'université.»

Elle mentionne d'autres facteurs: «On doit aussi rappeler que 2002, c'est l'année où la loi 90 a été adoptée, ce qui a donné lieu à une grosse promotion sur les plans de carrière infirmiers. Depuis deux ans, on parle aussi énormément des nouveaux rôles de la profession, qui vont commander des salaires plus élevés en raison des diplômes plus poussés.» Pour autant, l'avenir n'est pas assuré: «Le ministère fait toujours des projections inquiétantes pour le futur. Est-ce qu'on traverse une période de répit avant de vivre le pire en 2008? On verra.»

L'Ordre et le projet de loi 33

L'Ordre avait présenté l'hiver dernier un mémoire sur le fond de la question, relatif au projet de loi 33 modifiant les services de santé et les services sociaux, à la suite de la décision de la Cour suprême dans l'affaire Chaoulli. Un document moins substantiel a récemment été préparé pour être déposé devant la Commission des affaires sociales. Mme Desrosiers résume la position de l'OIIQ: «On a décidé de ne pas mener un débat idéologique public versus privé. On demande simplement si cela peut améliorer l'accès aux services sans compromettre la qualité des soins. Toute la question et l'objectif sont là.»

Elle constate que le ministre Couillard prend beaucoup de précautions au sujet des cliniques médicales spécialisées et affiliées: «Il veut qu'elles aient l'agrément, un directeur médical, et qu'elles prennent des ententes avec les établissements. Pourtant, on avait encore quelques autres recommandations à lui faire sur cette question. On souhaiterait notamment que les ententes administratives entre les établissements et les centres médicaux spécialisés, appelés à faire les fameuses chirurgies en cause dans le projet de loi, mentionnent les soins infirmiers en plus des soins médicaux dans leur énoncé. Ça peut sembler un détail, mais il ne faut pas oublier qu'il y aura des chirurgies à ces endroits, donc des hospitalisations.»

L'Ordre a tiqué sur un autre élément: «Nous avons un pouvoir d'enquête sur la qualité des soins en général dans les établissements publics. Si l'orientation gouvernementale consiste à transférer des services offerts dans les établissements publics vers des cliniques de propriété privée, on ne voit pas pourquoi ce pouvoir d'enquête ne serait pas élargi à celles-ci. Il fait la proposition pour le Collège des médecins et on croit qu'il devrait en être de même pour nous, d'autant plus que nous avons déjà réalisé des enquêtes conjointes avec ce dernier dans le passé.»

Plan d'action et code vestimentaire

Alerté par des événements tels que l'épisode du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), l'infection à Clostridium difficile et autres maux bactériologiques frappant le réseau, et préoccupé par la sécurité du public et des travailleurs de la santé, l'Ordre s'est doté d'un plan d'action pour participer à la lutte contre la transmission des infections. Dans ce contexte, il s'est livré à une réflexion sur la tenue vestimentaire et la présentation personnelle dans l'exercice de la profession d'infirmière; il en est résulté toute une brochette de recommandations, émanant de résultats de recherche et de consensus d'experts, qui sont susceptibles de servir de modèles.

Les bactéries résistantes aux antibiotiques ont conduit le public à interpeller l'Ordre à propos de certaines situations, comme le laisse savoir Gyslaine Desrosiers: «On nous a demandé ce que nous pensions des infirmières qui font leur marché en uniforme. On a également reçu des plaintes par rapport à des tenues vestimentaires, à des bijoux, à du "piercing", etc. Il était devenu compliqué pour nous de faire simplement des interventions à la pièce et on a décidé d'y aller d'une prise de position plus générale.» Une autre raison a motivé l'OIIQ dans sa décision de monter un dossier: «On avait des demandes provenant des collèges et des universités qui amènent des étudiants en stage dans les milieux hospitaliers; il en est résulté un document qui pourra leur être utile.»

Elle fait valoir un autre argument en faveur de cette décision: «On sait qu'il y a plusieurs hôpitaux, dont plusieurs dans la région de Québec, qui veulent implanter un code vestimentaire à la suite des épidémies vécues; certains ont commencé à le faire pour tout leur personnel, y compris les médecins. Ils nous demandaient si nous avions une opinion sur cette question. Donc, nos recommandations clarifient les choses, créent une forme de synergie, et elles deviennent un outil de référence, tout en légitimant les interventions des établissements de ce côté-là.»

Collaborateur du Devoir