Prix Wilder-Penfield - «Nous n'en sommes qu'au début»

George Karpati
Photo: Alain Désilets
Photo: George Karpati Photo: Alain Désilets

En plus de 40 ans de carrière, le neurologue George Karpati a vu surgir une foule de progrès extraordinaires dans son champ de pratique; le fait d'être à l'avant-garde de la recherche clinique et fondamentale depuis tout ce temps lui vaut aujourd'hui de recevoir le prix Wilder-Penfield.

«Au début des années 60, dit-il, personne n'aurait pu imaginer où nous en serions rendus en 2006, souligne le Dr George Karpati. Le traitement des maladies neuromusculaires a particulièrement progressé ces 15 dernières années grâce à la médecine moléculaire. Et nous n'en sommes qu'au début, puisqu'on peut prévoir une avalanche de découvertes et de nouvelles thérapies d'ici 10 à 15 ans. En fait, je n'ose imaginer où nous en serons dans 50 ans!»

Fondateur, en 1967, du Groupe de recherche neuromusculaire de l'Institut neurologique de Montréal, le Dr Karpati a consacré sa vie à soigner les personnes souffrant des maladies qui affectent les nerfs et les muscles, tout en cherchant par tous les moyens à approfondir les connaissances pour pouvoir développer de nouveaux traitements. «Je suis à la fois un médecin traitant et un chercheur, dit-il, ce qui n'est pas une mince affaire... Mais je pense avoir assez bien réussi dans un cas comme dans l'autre», dit-il modestement.

En fait, George Karpati est considéré comme l'un des plus grands chercheurs et cliniciens du monde puisqu'il se situe à l'avant-garde de la recherche clinique et fondamentale depuis plus de 40 ans. C'est en outre un enseignant hors pair, ayant notamment encadré 65 chercheurs de différents pays, dont beaucoup sont devenus des chefs de file dans leur discipline. Il s'est même mérité le prix du «meilleur professeur» décerné par les résidents en neurologie de l'université McGill.

Les hasards d'une carrière scientifique

Curieusement, le chercheur a entrepris de faire carrière en médecine, puis de devenir un spécialiste des maladies neuromusculaires, un peu malgré lui. «Lorsque j'étais jeune, ma mère tenait beaucoup à avoir un garçon qui deviendrait médecin... un médecin qui soignerait tout le monde, à commencer par sa famille!, dit-il en riant. Avec le temps, j'ai trouvé que c'était une bonne idée et je suis devenu médecin.»

Après avoir complété ses études de médecine en 1960 à l'université Dalhousie d'Halifax, George Karpati se dirigea en neurologie simplement parce qu'il était attiré par l'existence de la «prestigieuse institution», l'Institut neurologique de Montréal de l'université McGill. C'est incidemment là qu'oeuvrait le célèbre chirurgien Wilder Penfield. «À mon arrivée à l'Institut, j'ai eu le privilège de côtoyer l'éminent chercheur, se rappelle-t-il. C'était vraiment un homme remarquable, un personnage véritablement impressionnant!»

Curieusement, le Dr Penfield n'a ni été son professeur ni même un collègue de recherche, mais plutôt son patient. En effet, à la fin de sa vie, le Dr Penfield a souffert d'une maladie musculaire. «C'est moi qui ait fait le diagnostic de sa maladie et qui me suis occupé de lui, indique le Dr Karpati. Cela m'a permis d'avoir avec lui une relation privilégiée...»

Ironiquement, quatre décennies plus tard, George Karpati se voit attribuer le prix du Québec Wilder-Penfield pour l'excellence de ses recherches biomédicales.

La médecine des 50 prochaines années

D'une manière générale, un neurologue traite les maladies du système nerveux, du système nerveux central (le cerveau et la moelle) ainsi que des systèmes des nerfs périphériques et des muscles squelettiques. Il s'agit d'un vaste champ qui s'attaque à la fois aux maladies cérébro-vasculaires, à la sclérose en plaques, aux maladies de Parkinson et d'Alzheimer, aux tumeurs cérébrales, à la dystrophie musculaire, etc. Le Dr Karpati s'est plus particulièrement spécialisé dans le traitement de la dystrophie musculaire de Duchenne.

La création du Groupe de recherche neuromusculaire a été pour lui le départ d'une «merveilleuse aventure». Il a ainsi mis sur pied l'un des groupes de recherche clinique les plus importants et les plus réputés du Canada dans le domaine neuromusculaire. Depuis 40 ans, ses collègues et lui se consacrent à l'étude et au traitement de plusieurs types de maladies neuromusculaires, à commencer par la dystrophie musculaire, les maladies métaboliques des muscles ainsi que leurs maladies inflammatoires. Récemment, le Dr Karpati a constitué une équipe pluridisciplinaire dans le but de concevoir des thérapies géniques. Cette équipe tente d'effectuer des transferts de gènes dans les muscles afin de développer des traitements révolutionnaires.

«La neurologie a fait des progrès remarquables depuis 40 ans, constate avec satisfaction le Dr Karpati. Nous disposons à présent d'une gamme de traitements efficaces contre bon nombre de maladies, et nous amorçons maintenant des essais de traitements moléculaires. Pour l'instant, les progrès sont assez lents puisque c'est très compliqué, mais on n'en est qu'au début et c'est très, très prometteur.»

Dans son domaine, comme pour maintes autres sphères de la médecine, les développements de la génétique survenus ces 15 dernières années représentent une véritable révolution. «Tout ce dont on parle dans mon domaine, comme partout ailleurs, ce sont les gènes, les gènes et les gènes!, résume le chercheur visiblement émerveillé. Graduellement, les connaissances en cette matière sont appliquées en médecine, et particulièrement en neurologie. Les thérapies génétiques présentent d'énormes avantages dans le traitement des maladies musculaires.»

En effet, dans un premier temps, la génétique permet d'identifier des maladies autrefois mystérieuses. Elle sert ensuite à établir des diagnostics précis. Puis, graduellement, on en arrive à concevoir des thérapies génétiques. «Cela commence à peine, insiste le chercheur, mais on peut déjà prévoir une avalanche d'applications thérapeutiques d'ici cinq, 10 ou 15 ans.»

Ce médecin-chercheur, qui cumule près de 50 années d'expérience, rêve véritablement de ce qu'il voit se profiler. «Que sera la médecine dans 50 ans?, se demande-t-il. Je n'ose l'imaginer! À mon avis, les progrès que nous avons enregistrés ces 15 dernières années donnent une idée de la direction. Peut-être pourrions-nous tenter d'imaginer ce que pourront être les 50 prochaines années mais, dans le fond, personne ne peut le dire!»

Collaborateur du Devoir