La direction de l'hôpital Honoré-Mercier était consciente du risque de contamination - Un onzième patient meurt du C.difficile

Un onzième patient infecté par la bactérie C. difficile est décédé hier à l'hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe. Son cas avait été décelé avant que ne soient mises en place les mesures spéciales adoptées pour contrer l'éclosion des infections nosocomiales dans cet établissement. Or il s'avère que l'ensemble de la situation aurait pu être évité, indiquent clairement des documents internes dévoilés hier.

Le dernier décompte indique que 31 patients ont été infectés au Clostridium difficile ces derniers mois à Honoré-Mercier. Une éclosion qui s'explique en bonne partie par des lacunes dans l'application des règles d'hygiène, selon ce que montrent des documents internes que Radio-Canada a obtenus et diffusés lundi et hier soir. On évoque des chambres et de l'équipement mal désinfectés, des employés mal préparés et mal équipés, des consignes d'hygiène et de salubrité bafouées par les médecins et les infirmiers.

Ainsi, les chambres où l'on isole les patients contaminés n'étaient pas désinfectées quotidiennement. Trois patients sont morts d'une infection à la bactérie après avoir séjourné dans le même lit. Du matériel a été utilisé sur plusieurs patients infectés sans qu'on ait procédé à une désinfection complète des instruments. Des salles de bains n'étaient pour leur part désinfectées qu'une fois par jour, alors que la règle dicte que ce soit fait toutes les heures dans des situations de contamination.

Hier, on apprenait que le comité de prévention des infections de l'hôpital avait averti la direction d'un risque accru de cas de contamination dès le mois d'avril. La direction venait alors de décider de cesser d'utiliser des bassins de lit jetables pour les remplacer par des bassins réutilisables en acier inoxydable, pour lesquels le personnel n'avait ni le matériel ni les produits requis pour assurer une désinfection sécuritaire.

L'éclosion de la bactérie C. difficile survient effectivement en juillet. Le 20 septembre, le comité réécrit à la direction pour indiquer que la situation n'est pas maîtrisée. Il propose alors un plan de mesures particulières que la Direction de la santé publique de la Montérégie acceptera environ deux semaines plus tard. La direction assure que tout est maintenant contrôlé.

Le directeur général de l'établissement, Denis Blanchard, a reconnu les lacunes pointées par le comité. Il a assuré qu'il croyait que les directives données en 2004 par le ministère de la Santé étaient suivies. «On avait la conviction qu'on avait la bonne façon de faire.» Une analyse des événements sera rapidement réalisée, a indiqué M. Blanchard

Hier, le ministre de la Santé et des Services sociaux a rappelé à Québec que la lutte contre les infections nosocomiales ne tolère aucun relâchement. «Il ne faut pas baisser la garde, c'est un combat qui ne se terminera jamais, estime Philippe Couillard. Ce n'est pas parce qu'on a grandement amélioré la situation par rapport à 2003-04, avec une baisse de 40 % du taux d'infection, [...] que le problème peut être considéré localement comme étant sous contrôle. Par définition, le problème d'infections nosocomiales est un problème persistant qui sera toujours dans le système de santé et il ne faut pas diminuer le niveau de précautions qu'on applique.»

Interrogé pour savoir si un respect plus scrupuleux des règles d'hygiène aurait pu éviter ces morts, le ministre Couillard a répliqué qu'il «est certain qu'on serait partis avec un gros avantage si les mesures n'avaient pas été relâchées». Il a par ailleurs indiqué que la Direction de la santé publique gérait le dossier depuis le 23 octobre et qu'il en serait ainsi jusqu'au rétablissement complet de la situation.