Lancement d'une campagne nationale de sensibilisation - Une coalition réclame 300 millions pour les soins à domicile

Las d'attendre, la Coalition Solidarité Santé réclame l'injection immédiate de 300 millions de dollars du gouvernement québécois pour financer des soins à domicile publics devenus de plus en plus déficients.

«Si on est capable d'investir deux fois ce qu'on a investi dans le Stade olympique dans deux centres hospitaliers universitaires, on est capable d'investir dans les soins de première ligne», a souligné hier en conférence de presse la porte-parole de la Coalition, Marie Pelchat. «[...] Québec promet d'agir depuis longtemps, mais rien ne bouge. Conférence de presse après conférence de presse, la situation est toujours déplorable et nous demeurons la province où le financement des services à domicile est le plus bas.»

La Coalition Solidarité Santé est formée de 38 organismes communautaires, syndicaux et religieux. Pour se faire entendre, le regroupement entame dès aujourd'hui une campagne nationale de sensibilisation de 200 jours. Tracts, affiches, lettres et cartes postales font partie des moyens que la coalition a choisis pour faire passer son message au gouvernement québécois.

Selon le regroupement, plus d'un million de Québécois souffrent d'une limitation physique commandant des services à domicile. Ces services comprennent aussi bien les soins infirmiers et médicaux que l'aide pour s'alimenter, s'habiller, se laver et se déplacer. Toujours selon la coalition, 1,5 million de personnes proches assumeraient quasiment seules plusieurs de ces services.

«Ce sont des familles et souvent une seule personne — une femme dans 80 % des cas — qui se retrouvent avec cette lourde responsabilité», soutient le porte-parole du Regroupement des aidantes et aidants de Montréal, Pierre Leduc. Citant une enquête réalisée en 1999 par Statistique Canada, il ajoute que 11 % de la population canadienne âgée de plus de 15 ans donne des soins à une personne âgée dépendante.

En plus de réclamer des mesures immédiates, la Coalition exige un plan d'action à long terme comprenant des mesures pour tout un chacun. «Il faut penser à tous pour combler tous les besoins», précise la porte-parole de la Confédération des organismes de personnes handicapées, Nicole Filion. «On craint que les mesures ne soient axées uniquement sur le service à domicile pour les personnes âgées. C'est vrai qu'elles ont des besoins énormes, mais il ne faut pas oublier que les deux tiers de ceux qui ont une limitation fonctionnelle ont moins de 65 ans.»

Réaction du ministre

«La politique sur les soins à domicile est prête et elle coûterait 300 millions de dollars par année. Mais, pour le moment, le Québec n'a pas les moyens de la mettre en application», répond l'attachée de presse du ministre de la Santé et des services sociaux, Anne Marcotte. «[...] On sait où sont les besoins et le ministre se bat pour assurer le financement de soins de qualité à la grandeur de la province. Les soins à domicile font partie de ses priorités, mais il faut aussi être réaliste.»

Mme Marcotte renvoie à une déclaration faite vendredi dernier par François Legault dernier lors de la publication du rapport de la Commission Kirby. Celui-ci soutenait, en outre, que l'argent nécessaire pour financer la nouvelle politique équivaut à «six semaines de déséquilibre fiscal».

Entre-temps, la Coalition rappelle au ministre que si on ne donne pas de services adéquats, on retrouvera ces gens dans les centres de soins de longue durée, dans les cabinets de médecin et dans les urgences.

«On a atteint le seuil de l'intolérable, insiste Marie Pelchat. On offre moins de services pour plus de monde. On ne suit pas du tout la demande. Il y a des gens qui ont enduré, qui ont payé la facture des compressions budgétaires. Il est temps de rectifier le tir.»

«Ne pas recevoir les services d'une auxiliaire familiale peut signifier rester cloué à sa chaise roulante durant une semaine pour un handicapé, renchérit Pierre Leduc. Actuellement, on dit aux gens de se rendre à l'urgence s'ils veulent avoir des services. On en est rendu là.»