Les primes de Legault font des mécontents

Les primes promises aux infirmières par le ministre de la Santé et des Services sociaux, François Legault, font déjà des jaloux. CLSC et hôpitaux de longue durée craignent déjà que cela n'entraîne cet été une saignée de leurs effectifs infirmiers, tandis que préposés aux bénéficiaires et infirmières auxiliaires crient à l'injustice pour leurs collègues qui seront au poste la nuit et les fins de semaine de la saison estivale.

Chose certaine, le bonheur des uns semble faire le malheur des autres, au lendemain de l'annonce de généreuses primes pour contrer la pénurie de personnel infirmier au plus fort de l'été dans les hôpitaux.


D'ores et déjà, l'Association des CLSC et des centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) s'inquiète des «effets pervers» que cette mesure aura à coup sûr sur son potentiel de recrutement et de rétention des infirmières dans les centres d'hébergement pour personnes âgées. Selon la présidente de l'association, Andrée Gendron, le gouvernement vient de couper l'herbe sous le pied des CHSLD, qui peinent déjà à trouver le personnel nécessaire pour assurer une présence infirmière 24 heures sur 24, sept jours par semaine pendant l'été.


«En offrant des primes seulement dans les hôpitaux, le gouvernement vient de déporter le problème de la surenchère sur les CHSLD alors que ce sont eux qui ont déjà le plus de mal à recruter», a déploré Mme Gendron.


Cette dernière affirme que dès ce matin, certains hôpitaux de longue durée ont été avisés par des infirmières recrutées en prévision de la période estivale qu'elles iront plutôt travailler dans les hôpitaux de courte durée.


D'après Mme Gendron, les rapports dressés l'été dernier avaient fait état d'un manque de 937 infirmières pour combler les besoins dans les CHSLD du Québec. Certaines nuits, des hôpitaux se sont retrouvés à court d'infirmières. «Ces hôpitaux sont un milieu où vivent 43 000 personnes âgées qui ont besoin de services 24 heures sur 24. Est-ce que Québec a fait un choix entre la clientèle des hôpitaux et celle de nos centres?», se demande-t-elle.





D'autres mécontents


Les CLSC, qui fournissent aussi des soins à domicile jusqu'à 23 heures en semaine et durant toute la fin de semaine, craignent aussi de pâtir des primes alléchantes qui seront offertes de soir, de nuit et le week-end dans les hôpitaux. Les primes annoncées plus tôt cette semaine peuvent atteindre 265 $ par période de paie, 100 $ pour une deuxième fin de semaine consécutive et 90 $ pour chaque quart travaillé en heures supplémentaires.


Le mécontentement couve aussi chez les préposés aux bénéficiaires et les infirmières auxiliaires qui travaillent aux côtés des infirmières. Hier, deux regroupements de syndicats affiliés à la FTQ ont dénoncé le caractère sélectif des primes versées par le ministre Legault. «Nos syndiqués aussi travaillent la nuit et en vivent les conséquences défavorables. Il s'agit d'une prime d'inconvénients qui doit être versée à tous», a insisté hier Claude Turcotte, secrétaire général du Conseil provincial des affaires sociales (CPAS), regroupant notamment 20 000 préposés aux bénéficiaires, techniciens, éducateurs et infirmières auxiliaires affiliés à la FTQ. Mais y a-t-il pénurie de préposés et d'infirmières auxiliaires? «Il y a déjà du temps supplémentaire qui se fait dans les établissements parce que les listes de rappel ne sont pas suffisantes», rétorque ce dernier.


Mais selon le ministère de la Santé, le Québec compte l'équivalent à temps complet de 9342 infirmières auxiliaires et on observerait un manque de 276 dans l'ensemble des établissements. Pour ce qui est des infirmières, dont les effectifs sont de 53 000, on projette que le manque atteindra 1500 par année, pour les 15 prochaines années.