Prix Ressources naturelles - Vive le bois... mort !

Virginie-Arielle Angers dit ne pas avoir l'âme d'une missionnaire. Pourtant, la doctorante en biologie à l'Université du Québec à Montréal se fait l'apôtre du bois mort, cette source de vie trop peu connue. Non seulement souhaite-t-elle comprendre la dynamique des arbres morts dans les forêts boréales, mais elle espère également que ses travaux conscientiseront l'industrie forestière et le grand public.

L'exploitation forestière actuelle empêche le vieillissement des arbres. Cela bouleverse par conséquent le cycle vital des espèces animales et végétales qui utilisent le bois mort en tant que moyen d'alimentation ou de repro-duction. «Il faut savoir que le bois mort n'est pas un bois gaspillé. On y retrouve entre autres des bactéries et des champignons. Ça grouille de vie!», s'exclame la jeune scientifique, qui a passé de longs moments à quadriller les forêts afin d'échantillonner un peu plus de 1000 tiges.

Cette récolte lui permettra de documenter les facteurs qui influencent les taux de dégradation, de décomposition et de chute des arbres morts. Influencée par ses études de premier cycle en aménagement et environnement forestiers, l'étudiante compte développer des outils pratiques pour les gestionnaires de la forêt québécoise, dont un système de classification visuel des arbres morts. Cette initiative ne pouvait mieux tomber, puisque l'industrie forestière s'intéresse de plus en plus à la protection et la mise en valeur de cette ressource naturelle. Les retombées du projet de Virginie-Arielle Angers contribueront grandement à l'enrichissement de la littérature québécoise dans ce domaine jusqu'à présent peu fréquenté. Seules la Scandinavie et la côte ouest nord-américaine y ont fait leur marque.

Ardente protectrice des acres boisés québécois, Virginie-Arielle Angers déplore l'indifférence de la population. «La forêt est une ressource encore tenue pour acquise au Québec. Contrairement à plusieurs autres pays, nous la possédons à 95 % et nous l'utilisons sans jamais nous demander ce que nous voulons en faire.» À l'aide de ses talents de vulgarisatrice vantés par ses professeurs, elle souhaite éveiller les Québécois aux enjeux de la forêt. «La crise du bois d'oeuvre, L'Erreur boréale de Richard Desjardins, la fermeture des usines, tout cela n'est que la pointe de l'iceberg. Nous devons informer le public afin qu'il développe un sentiment d'appartenance par rapport aux forêts. Nous pourrons ainsi faire bouger les politiciens.»

Collaboratrice du Devoir