Campagne de prévention destinée aux parents - Secouer son enfant, c'est risquer de le tuer

Au moins un enfant sur cent est victime de violence physique au Canada, et chez les poupons, cette violence peut être mortelle. Devant la hausse des nourrisson victimes du «syndrome du bébé secoué», Sainte-Justine prend les grands moyens.

Alerté par le taux grandissant de bébés victimes du «syndrome du bébé secoué», l'hôpital Sainte-Justine sonne l'alarme et rappelle qu'un enfant sur cinq en décède et que le tiers souffrira de séquelles graves, allant de la paralysie à un état neurovégétatif.

C'est pour contrer ce triste phénomène que des experts de l'hôpital Sainte-Justine ont brossé hier le premier portrait précis de la situation au Québec, annonçant la création d'un outil de prévention pour faire échec à cette flambée de sévices physiques.

À cet hôpital pédiatrique, le nombre d'enfants admis à l'urgence pour des sévices physiques est passé de 50 à près de 100 par année en cinq ans. Pendant la même période, le nombre de poupons victimes du «syndrome du bébé secoué» (SBS) et d'autres traumatismes au crâne liés à la violence aurait quadruplé.

«Ce syndrome frappe des enfants de plus en plus jeunes, âgés d'environ quatre à six mois. Les conséquences sont graves puisqu'un bébé secoué sur cinq meurt. Chez ceux qui survivent, le tiers sera dans un état neurovégétatif ou grabataire et les autres auront des séquelles diverses comme des troubles d'apprentissage», a expliqué hier le Dr Gilles Fortin, neuropédiatre à l'hôpital Sainte-Justine.

Peu connu il y a quelques années, le «syndrome du bébé secoué» (SBS) se traduit par des hémorragies au cerveau, consécutives aux violentes secousses infligées à un bébé. Il est souvent indécelable à l'oeil nu, ce qui explique que 30 % des victimes échappent au diagnostic. Les bébés qui en souffrent peuvent n'afficher aucune marque extérieure de violence, sinon des pleurs incessants, des vomissements ou un état de somnolence, a soutenu hier le Dr Jean-Claude Décarie, neuroradiologue à Sainte-Justine. «Mais par une radiographie du crâne, on détecte les accumulations de sang dans le cerveau, typiques d'un bébé secoué. On peut aussi voir des cas d'atrophie grave du cerveau, qui mène à la cécité, à la surdité et même à des paralysies», dit-il.

En bas âge, le cerveau du poupon, composé à 80 % d'eau, est particulièrement vulnérable à ce type de secousses, où la tête fait un violent mouvement de balancier de l'avant à l'arrière. «Le cerveau est aussi fragile qu'un bol de Jell-O, et quand cette masse se frappe contre le crâne, il y a éclatement des veines cérébrales», a détaillé le Dr Yves Robitaille, neuropathologiste.

C'est afin de prévenir ces morts et ces blessures graves que l'équipe de Sainte-Justine a lancé hier le premier volet d'un programme provincial de prévention du SBS, dont la première étape consiste en la distribution d'un outil de prévention aux parents.

Surnommé «thermomètre de la colère», cet outil consiste en un graphique qui détaille les étapes menant à la progression de la colère et, éventuellement, à la perte de contrôle. «Le but de ce thermomètre est d'aider les gens à percevoir les signes de leur colère et de sa progression et de planifier un plan de crise avant qu'ils ne passent aux actes», a expliqué hier Sylvie Fortin, l'infirmière responsable de ce programme, qui a inventé le fameux thermomètre. Dans bien des cas, ce plan de crise peut être aussi simple que le fait de laisser l'enfant dans son lit, de quitter la pièce et de fermer la porte quand la tension se met à grimper.

Selon le Dr Fortin, n'importe qui est susceptible de perdre patience, quelle que soit sa classe sociale. C'est pourquoi le programme de prévention s'adresse non seulement aux parents mais aussi à la famille, aux gardiens et aux professionnels qui travaillent avec les tout-petits. Un second volet du programme touchera les médecins, les travailleurs sociaux, les policiers et tous les professionnels susceptibles d'intervenir auprès d'un enfant violenté.