Le temps est venu de valoriser le métier d'infirmière

Ce n'est pas un hasard si les agences privées sont populaires auprès des infirmières au Québec: les conditions de travail de celles-ci dans le réseau public expliquent en grande partie le phénomène, analyse le milieu, qui mise beaucoup sur une revalorisation du rôle de ces infirmières pour les garder dans le giron public.

Selon les chiffres de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), 1651 infirmières pratiqueraient en agences privées à l'heure actuelle, soit environ 2,5 % du total des infirmières actives. C'est essentiellement le double d'il y a dix ans, comme l'indiquait Le Journal de Montréal hier.

La grande majorité des infirmières qui passent au secteur privé gardent un pied dans le réseau public: elles travaillent dans les CLSC, les CHSLD et les hôpitaux pour combler les manques de personnel. Ceci mène à des cas paradoxaux où deux infirmières effectuant le même travail au même endroit touchent des salaires pouvant aller du simple au double selon qu'elles sont rémunérées par l'agence ou par l'hôpital. Une situation injustifiable, dénonçait hier l'Union québécoise des infirmières et infirmiers (UQII). L'an dernier, le gouvernement a déboursé 111 millions de dollars pour payer les agences privées qui offrent des services de buanderie et de laboratoire ou des infirmières.

Le secteur privé n'est toutefois pas nécessairement une panacée, prévient Michèle Boisvert, vice-présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ). «Il y a beaucoup de considérations à prendre en compte avant de joindre ce réseau, dit-elle. Le salaire n'est pas le seul calcul: il faut penser aux avantages sociaux qui tombent, à la protection d'emploi, aux vacances, aux assurances... »

Mais il y a tout de même un net avantage: les horaires plus souples. Au privé, il n'y a pas d'obligation de faire des heures supplémentaires, ce qui facilite la vie familiale, note-t-on à l'OIIQ. «C'est sûr que l'augmentation qu'on observe — mais qui n'est pas dramatique — est liée aux conditions de travail au sens large, le salaire, les horaires... », estime la présidente de l'OIIQ, Gyslaine Desrosiers.

L'OIIQ se dit surtout inquiète de «la base du contrat passé entre l'établissement et l'agence: est-ce qu'on s'assure de la compétence du personnel, de sa formation sur les lieux?, demande Mme Desrosiers. On a déjà eu un cas d'une agence qui avait embauché une infirmière qui n'était pas membre de l'OIIQ». Autre problème: comme les remplacements s'effectuent bien souvent sur de courtes périodes, et pas toujours dans le même établissement, les infirmières du privé doivent apprendre à chaque occasion à connaître les lieux et l'état des patients.

Pour contrer ce mouvement — que personne n'associe à un exode massif —, les intervenants pointent les mêmes solutions: améliorer les conditions de travail (salaires, horaires, tâches) mais aussi revaloriser le rôle de l'infirmière. Les discussions ayant mené à l'adoption de la loi 142 l'an dernier n'ont pas permis d'en arriver à une entente sur le concept de rétention et d'attraction des professionnels. Mais au cabinet du ministre de la Santé, on affirme toutefois que certaines avancées ont été faites (garantie de huit jours de travail par mois, entre autres) et que le processus de valorisation de la fonction est entamé.