Du poisson au menu

Même s'ils vivent pour la plupart au bord d'un fleuve, les Québécois n'auraient pas une culture alimentaire aquatique très développée. Conséquence: la majorité d'entre eux ne mettent pas suffisamment de poisson dans leur régime hebdomadaire, révèle une enquête sur les habitudes de consommation des ressources halieutiques menée par une équipe de chercheurs de l'Université Laval. Cette carence est inquiétante, selon eux, puisque le poisson est généralement riche en oméga-3, un acide gras bénéfique pour la santé.

«Près de la moitié de la population ne mange pas assez de poisson», a indiqué hier en entrevue au Devoir Michel Lucas, épidémiologiste à la chaire Lucie et André Chagnon de l'Université Laval, qui est à l'origine de cette étude, conjointement avec l'Unité de recherche en santé publique du Centre hospitalier universitaire de Laval (CHUL). «Les gens s'exposent à 150-170 grammes de viande par jour, mais à seulement 200 grammes de poisson par semaine. Ce n'est pas assez.»

Pis, lorsqu'il est question des espèces riches en oméga-3 comme la sardine, le maquereau, le saumon et le hareng, indique l'enquête réalisée à partir d'un échantillon de 1001 répondants, cette consommation passe à un repas aux deux semaines. Le hic, c'est que plusieurs agences de santé publique recommande de mettre à son menu ces types de poissons deux fois par semaine.

«C'est une question de moeurs, d'habitudes alimentaires mais aussi d'environnement, ajoute M. Lucas. À l'avenir, on devrait s'assurer de rendre le poisson plus accessible et plus attrayant dans les supermarchés afin de faire grimper sa consommation.»

Le jeu en vaut la chandelle, selon lui. C'est que le manque d'attrait du poisson s'accompagne forcément d'un faible apport d'oméga-3 d'origine marine — EPA et DHA sont leurs noms de code. Ces acides gras dits polyinsaturés sont essentiels au bon fonctionnement de l'organisme et seraient également efficaces pour prévenir un grand nombre de maladies chroniques. Or, 81 % des femmes et 89 % des hommes n'arrivent pas ingurgiter les 500 mg par jour nécessaires pour en tirer profit, selon cette enquête rendue publique hier.