Est-ce grave ?

Photo: Jacques Nadeau

La santé, est-ce une priorité pour la population québécoise? À coup sûr. L'État consacre déjà 43 % de ses dépenses à ce seul item budgétaire, et pourtant, on gagne des élections en promettant d'injecter encore plus d'argent dans le système. Il y a plus de trois ans maintenant, Philippe Couillard s'était vu confier la tâche de réaliser le plus important volet du programme politique qui allait permettre aux libéraux provinciaux de revenir au pouvoir.

Le ministre est content: «Notre système demeure économiquement efficace. Les résultats sont imparfaits, mais la situation s'améliore. Et nous utilisons moins d'argent par rapport au PIB [produit intérieur brut] que ce que font plusieurs pays dont les États-Unis, où l'ensemble de la population n'est pourtant pas couverte.»

Les professionnels du réseau mettent toutefois un bémol à un tel enthousiasme. «L'un des plus grands irritants auxquels on se bute, c'est la lourdeur de la réglementation et de la bureaucratie qui l'accompagne.» Et du même souffle, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Reynald Dutil, désigne ce qu'il perçoit comme le symptôme le plus alarmant décrivant l'état du système: «C'est la pénurie de ressources humaines, laquelle est également d'ordre financier, qui se traduit par un manque de médecins, d'infirmières et de travailleurs sociaux.»

Promesses

Philippe Couillard, ce médecin, a reçu durant son premier mandat en tant que député du comté de Mont-Royal la mission de maintenir en «santé» le ministère le plus lourd du gouvernement. Il a été efficace à plus d'un niveau, ne serait-ce qu'en faisant en sorte que, cet été, pour la première fois depuis qu'il est en poste, les médias n'aient pas fait leurs choux gras des listes d'attente dans les urgences ou d'un manque de médecins dans les régions (et il semblerait que le conflit israélo-libanais ne soit pas la seule explication à un tel désintéressement de ces sujets).

Le gouvernement actuel lira avec plaisir un ouvrage à paraître qui informe que, «sur les dix engagements en santé inscrits dans la plateforme électorale du Parti libéral, nous établissons que, en juin 2006, sept ont été réalisés». Pour François Petry, chercheur au Centre d'analyse des politiques publiques de l'université Laval et coauteur de l'ouvrage Le Parti libéral, enquête sur les réalisations du gouvernement Charest, «la santé est l'un des secteurs où le gouvernement Charest a le mieux "performé"». L'universitaire indique toutefois que son analyse est plus statistique que qualificative.

Actions structurelles

En pratique, les opposants aux actions ministérielles n'ont pas non plus à craindre d'actions d'éclat dans les mois à venir. S'il y a de l'électoralisme dans l'air (un mouvement qui sera sûrement accéléré par les résultats des derniers sondages), il faut s'attendre à des mesures conciliantes après les réactions fortes qu'a exprimées le Collège des médecins à la suite du dépôt du projet de loi 33, cette législation qui permettra la mise en place de cliniques privées tout en limitant nettement leur prolifération.

Mais son porte-parole, le Dr Yves Lamontagne, n'est cependant pas sans ignorer que Philippe Couillard a adopté la réforme structurelle et le contrôle des dépenses en guise d'outils de stabilisation du réseau: les syndicats, tout comme les spécialistes, les omnipraticiens ou les médecins résidents, le savent, eux qui vont dans plus d'un cas jusqu'à mettre en branle le processus légal.

On constate toutefois maintenant que le ministre ne mettra pas un terme à sa «réforme». On le voit dans le dossier des centres hospitaliers universitaires, où le lieu d'établissement du futur CHU montréalais francophone a été choisi sans tenir compte de certaines voix de ténors. Et les administrateurs de ces lieux savent aussi maintenant que les budgets dont ils disposeront seront maintenus tel qu'annoncés.

Médecine douce

En fait, face aux professionnels, le ministre a une attitude ferme. Qui semble d'ailleurs recueillir un bon appui de la population, à qui en retour Philippe Couillard ne reproche pas ses «mauvaises» habitudes: la consommation de médicaments est ainsi toujours en hausse et, au lieu de lancer des campagnes qui ralentiraient le mouvement des consultations médicales gratuites, on multiplie les points de service. Cela semble plaire, même si on manque toujours de ressources en médecine familiale, voire dans tous les secteurs de la pratique. Alors il ne reste plus qu'à promettre que, très bientôt, le dossier des chirurgies mineures aura une conclusion satisfaisante: ne serait-ce d'ailleurs pas là un bon thème pour une prochaine campagne électorale?

Trois ans plus tard, la santé va donc comme elle va. Le paysage professionnel a cependant subi une opération qui ne fut pas qu'esthétique. Mais la situation du patient semble stable. Toutefois, s'il y a dans tout cela une bonne nouvelle, ce serait que le médecin du régime, lui, est toujours non seulement en place, mais toujours en forme.