Dure spécialisation

Les tâches dévolues aux médecins résidents sont multiples et varient selon l’année de résidence et la spécialisation.
Photo: Jacques Grenier Les tâches dévolues aux médecins résidents sont multiples et varient selon l’année de résidence et la spécialisation.

La Fédération des médecins résidents du Québec (FRMQ) n'a guère prisé la loi 142 adoptée par le gouvernement en décembre 2005. Cette loi spéciale fixait l'augmentation de la rémunération des médecins à la même hauteur que l'ensemble des employés du secteur public, soit une hausse de 8 % sur six ans.

«Nous étions en négociation avec le gouvernement lorsqu'on a eu vent de la possibilité d'une loi spéciale, rappelle le docteur Martin Bernier, président de la FMRQ. Le ministre Couillard nous avait alors assuré que cette loi spéciale ne s'appliquerait pas à nous. Quelle fut notre surprise — et notre déception — d'apprendre le contraire!»

Par ailleurs, la FRMQ n'entend pas en rester là. Déjà, elle a déposé une plainte auprès de la Commission des relations de travail. «Nous soutenons que le gouvernement a négocié de mauvaise foi. Le ministre a laissé entendre une chose et a fait le contraire. C'est d'autant plus choquant que nous n'avons jamais exercé de moyens de pression. La sécurité du public n'a jamais été en cause et rien ne justifiait une loi spéciale.»

De plus, la FMRQ songe présentement à contester la validité de cette loi par d'autres moyens, légaux peut-être. «Nous étudions la possibilité de contester un article de la loi. Nous allons utiliser tous les recours à notre disposition pour faire valoir notre position. Le gouvernement doit être tenu à sa promesse.»

Le médecin résident

Mais qui sont les médecins résidents et quelles sont leurs conditions de travail? Sont-ils médecins ou étudiants? «En réalité, les médecins résidents ont un double statut, explique le Dr Bernier. Ils sont à la fois médecins et étudiants puisque la résidence fait aussi partie de la formation.»

Une distinction ici s'impose. Ce ne sont pas des étudiants universitaires en stage dans un hôpital; ces derniers se nomment des externes. Les médecins résidents sont bel et bien des médecins. «Ils ont obtenu leur doctorat en médecine, portent le nom de docteur, et leur pratique est autorisée par le Collège des médecins.»

La formation universitaire d'un médecin au Québec dure de quatre à cinq ans, selon l'établissement d'enseignement et selon la nature de l'étudiant, à savoir s'il a déjà fait ou non des études universitaires dans un autre champ. Les deux premières années se passent essentiellement en classe, les trois dernières en milieu hospitalier. À la suite de quoi, s'il réussit, l'étudiant en médecine obtient son doctorat.

«Mais la loi au Québec oblige les médecins à faire des études postdoctorales avant d'obtenir un plein droit d'exercice. Il doit donc faire une spécialisation. Même la médecine de famille est considérée au Québec comme une spécialisation.»

Ces études postdoctorales, c'est ce qu'on appelle la résidence. D'où le statut d'étudiant. Cette dernière dure un minimum de deux ans, dans le cas de la médecine de famille, mais peut se prolonger jusqu'à sept ans lors d'une spécialisation plus pointue, telle la chirurgie vasculaire.

Le médecin résident obtient une licence — la carte de stage — du Collège des médecins lui permettant de pratiquer la médecine dans des milieux accrédités par l'hôpital universitaire auquel il est affilié. «Au début, le médecin résident assume évidemment moins de responsabilités. Ces dernières s'accroîtront tout au long de sa résidence. À la fin de celle-ci, le médecin doit être autonome et posséder toutes les connaissances nécessaires à l'exercice de la médecine.» Ensuite, pour pratiquer au Québec, il devra réussir les examens du Collège des médecins, s'il veut obtenir un plein droit de pratique.

Tâches et conditions de travail

Les tâches dévolues aux médecins résidents sont multiples et varient selon l'année de résidence et la spécialisation. «Le médecin résident est souvent le premier médecin que l'on voit lorsqu'on arrive à l'hôpital.» Ce sont aussi les médecins résidents qui sont tenus par la loi d'assumer les gardes en milieu hospitalier.

En contrepartie, les médecins résidents sont rémunérés. En 2005-2006, le salaire annuel était de 38 970 $ lors de la première année de résidence. Ce montant grimpe à 60 682 $ pour la septième année de résidence. Comment se comparent ces salaires à la moyenne canadienne? «Pendant longtemps, le Québec se situait au troisième rang, mais aujourd'hui, il a glissé au dernier rang. C'est d'ailleurs notre principale revendication salariale. Nous voulons rejoindre à tout le moins la moyenne canadienne.»

Il faut aussi tenir compte du fait qu'il s'agit d'un contrat annuel. «Notre salaire est un forfait annuel pour l'ensemble des tâches que nous assumons. Et il ne tient aucunement compte des heures travaillées.» Et ces dernières sont nombreuses. «Selon nos chiffres, la semaine moyenne de travail d'un médecin résident au Québec est de 72 heures. Dans certains cas, la semaine de

travail peut atteindre plus de

100 heures.» Ce qui rallonge la semaine de travail du médecin résident, ce sont les gardes. «Nous devons faire une garde continue de 24 heures tous les quatre jours. Selon l'horaire, il arrive qu'on en fasse deux dans la même semaine.»

De plus, le milieu exerce une certaine pression sur le médecin résident afin qu'il fournisse davantage d'efforts. «Pour toutes sortes de raisons, on va demander au médecin résident d'en faire un peu plus. C'est une sorte de rite de passage, nos prédécesseurs l'ont fait. Il n'est pas rare de voir un médecin résident assumer une garde de 24 heures à 8h le matin un jour pour ensuite quitter l'hôpital le lendemain à 16h.»

Peut-on faire mieux? «Il faudrait au moins respecter l'entente actuelle. Certains services ont de la difficulté à relever les médecins résidents après 24 heures de garde.» Certains pays ont choisi de légiférer pour limiter la semaine de travail du médecin résident. «C'est le cas de la Grande-Bretagne, qui limite la semaine de travail à 48 heures.» D'autres ont choisi la voie de la rémunération en offrant une prime à la garde.

C'est d'ailleurs la proposition de la FMRQ. «Nous voulons que ce travail soit davantage reconnu. Par ailleurs, au printemps dernier, le ministre Couillard nous a invités à reprendre les négociations, en excluant bien sûr la clause salariale. Nous avons déposé une proposition de prime à la garde. Nous n'avons pas encore reçu de réponse.» Une autre preuve à ses yeux que ce gouvernement négocie de mauvaise foi.

Collaborateur du Devoir