Centres hospitaliers universitaires - Traditionnel ou PPP ? La question demeure

Argumentations. Prises de position. Débats houleux. Le choix de l'emplacement du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) aura fait couler beaucoup d'encre. Mais maintenant, qu'en est-il du projet? Et qu'en est-il du Centre universitaire de santé McGill (CUSM)? Le Devoir fait le point sur les mégaprojets de centres hospitaliers universitaires.

Et voilà, c'est enfin parti. Les consultations publiques sur le développement du nouveau CHUM au 1000 de la rue Saint-Denis devraient débuter vers la fin du mois d'octobre. Le processus permettra à la population de comprendre les tenants et aboutissants de ce que sera le nouveau CHUM.

Sans soutenir que le premier coup de pelle aura lieu au printemps 2007, le directeur général adjoint du CHUM 2010, Sylvain Villiard, affirme que l'ensemble des «conditions de réalisation» sera réuni aux «alentours d'avril». Les équipes de professionnels devraient avoir fait les devis, les appels d'offres devraient être émis et les changements liés au zonage devraient être effectués.

Souci patrimonial

S'étendant du boulevard René-Lévesque à la rue Saint-Antoine, à quelques mètres du Vieux-Montréal, le CHUM 2010 pourrait devoir intégrer certains éléments historiques du quartier. Une résolution du conseil d'arrondissement de Ville-Marie contient l'obligation d'intégrer «certains éléments historiques conservés», mais également d'intégrer un rappel de certains éléments «qui ne seront pas conservés».

À ce sujet, M. Villiard indique que «nous avons plusieurs études, dont des études patrimoniales pour déterminer s'il y a valeur patrimoniale, parce que cela dépend du point de vue. Nos études démontrent qu'il y a plus une valeur historique que patrimoniale. Mais on reste très sensible à cet aspect».

«On veut retenir cette valeur historique pour le nouveau CHUM. Mais on doit bâtir un complexe qui s'étend du boulevard René-Lévesque jusqu'à la rue Saint-Antoine.» Plusieurs détails architecturaux et autres restent donc à considérer. Le CHUM 2010 devrait soumettre des propositions lors des consultations publiques.

CUSM : décontamination et construction de routes

Le processus avance également pour le Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Jusqu'à présent, «tout se passe très bien», constate le directeur de la planification des infrastructures, Pierre Major. Le processus de sélection des équipes maîtres est en branle. Une équipe de gestionnaires de projet, une équipe d'architectes et deux équipes d'ingénieurs seront formées d'ici la fin du mois d'octobre.

«C'est à ce moment-là qu'on pourra donner aux professionnels une commande. Ils pourront se mettre au travail pour faire les plans des différentes phases», résume M. Major. Dès le début novembre, «le vrai travail va commencer», lance-t-il.

La première étape de construction du redéploiement du CUSM permettra la construction d'un nouvel Hôpital de Montréal pour enfants sur le campus hospitalier Glen — à l'ouest du centre-ville — ainsi que la modernisation de l'Hôpital général de Montréal au campus de la montagne. Cette étape sera construite sur le modèle traditionnel des infrastructures publiques.

À l'heure actuelle, «la décontamination du site Glen est déjà terminée». Il ne reste que quelques formalités à compléter avant d'émettre le certificat. Les travaux de restauration environnementale du campus hospitalier Glen ont été menés à terme dans les délais et en deçà du budget initialement prévu. Terminée le 14 septembre dernier, la restauration aura coûté 38,2 millions de dollars.

Des travaux d'infrastructure routière sont également entamés. «Il y a une rampe qui est en construction sur l'autoroute Décarie et qui fait partie du plan d'accès.» Cette bretelle de sortie de l'autoroute A-15 Sud permettra aux automobilistes d'accéder au boulevard Maisonneuve. Le CUSM et la ville finalisent justement le plan de circulation.

Le privé à la rescousse

Il ne s'agit donc plus de savoir où et quand les centres verront le jour, mais sous quel mode: traditionnel ou partenariat public privé (PPP)? En ce sens, les projets n'ont pas fini de faire couler de l'encre.

Le 8 avril dernier, en conférence de presse, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, confiait songer à «un PPP à la québécoise». Ce partenariat permettrait au privé de se charger de la construction et de l'entretien des immeubles, ce qui exclut en contrepartie les services professionnels et les services auxiliaires tels que l'entretien ménager et la buanderie.

«Est-ce qu'il y a un motif qui pousse à faire le CHUM ou une partie du CHUM en partenariat public privé? Cette réponse-là n'arrivera pas avant décembre», lorsque le gouvernement prendra finalement position, indique M. Villiard. Il ajoute que, peu importe le mode privilégié, «nous aurons besoin de professionnels. Selon la décision, c'est leur mandat qui sera un peu modifié».

Le gouvernement a donné le feu vert au CUSM pour qu'il recherche des partenariats issus du privé pour les étapes ultérieures du projet de redéploiement. Les pavillons de soins aux adultes et les installations de recherche pourraient donc se faire sous un mode PPP plutôt que sous un mode traditionnel.

«On n'est pas contre l'idée d'un PPP à la québécoise, informe

M. Major. Ce qui nous importe, c'est d'avoir des établissements opérationnels le plus rapidement possible. Si on nous démontre qu'il est préférable et plus rentable de le faire sous le mode PPP, on ne s'opposera pas. Mais on va attendre de voir les résultats avant de prendre officiellement position.»

En décembre, le ministère de la Santé et des Services sociaux devrait se prononcer sur la question. Mais cela ne devrait en rien influencer les échéanciers prévus, assurent M. Major et M. Villiard. Ce dernier ajoute qu'il y aura bel et bien des patients qui bénéficieront de soins dans le nouveau CHUM dès 2010. Mais sagement, il précise que le «CHUM ne sera pas pour autant fini de construire».

Collaborateur du Devoir