Bilan 2006 - Quelques récoltes gâchées par la pluie...

L'automne n'est pas terminé que déjà l'heure est au bilan dans le secteur agricole. Le Devoir vous propose un survol de l'état des cultures québécoises.

Certains agriculteurs peuvent cette année reformuler le dicton «eau source de vie» pour «eau source de soucis». En effet, les fortes précipitations du début de l'été dans certaines régions de la province ont troublé les cultures. La production de maïs a été affectée. Plusieurs champs, préalablement prévus en maïs-grains, seront finalement récoltés en maïs fourrager.

La Montérégie est particulièrement touchée par l'excès de pluie qui a occasionné un retard de maturité de plus d'une semaine. «Si on jette un coup d'oeil au Québec dans son ensemble, on est certainement la région qui ressent le plus les contrecoups», constate le président de la fédération régionale de la Mauricie de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Claude Trudel. «C'est pour les secteurs les plus éloignés du fleuve que c'est le plus problématique.»

L'impact financier est manifeste. M. Trudel note que ceux qui récolteront dans l'optique d'un maïs fourrager doivent se résoudre à un moindre profit. Le maïs fourrager est un maïs dont on récolte la totalité de la plante, et non seulement l'épi, afin de nourrir les animaux. «Il a environ la moitié de la valeur financière» du maïs-grains.

Trop de soja?

L'effet se fait principalement sentir chez les agriculteurs qui se spécialisent dans une seule culture, situation de plus en plus fréquente. D'ailleurs, certains ont préféré changer de récolte pour le soja. Résultat: on se retrouve, sans trop l'avoir prévu, avec un nombre élevé de producteurs de soja. Le risque de surplus est patent. «C'est aussi ce qui risque de se produire au sujet du maïs fourrager», ajoute M. Trudel.

Cependant, il note qu'en ce qui concerne «les autres secteurs agricoles, cela s'est bien passé jusqu'à présent. Particulièrement pour les petits fruits et les produits maraîchers».

Pour sa part, l'agronome et coordonnateur des producteurs maraîchers à l'Union des producteurs agricoles (UPA), Yvon Douville, indique que la saison s'est relativement bien déroulée. Il admet toutefois que l'excès de pluie en début de saison a affecté certaines cultures. «Il y a des semis qui ont été retardés, voire annulés ou perdus.» Certains producteurs ont connu «une saison assez complexe», notamment à cause des «problèmes d'engrais» provoqués par l'excès de pluie.

Au sujet des produits maraîchers, la Financière agricole note que, dans certaines régions, les conditions nuageuses, les pluies fréquentes et les fortes rosées ont occasionné de longues périodes de mouillure du feuillage. Une situation qui a favorisé le développement de maladies dans les cultures maraîchères. Certaines cultures de légumes-racines auraient été touchées.

Dépendance climatique

On s'en doute, les récoltes sont intimement liées aux conditions climatiques. Ils en dépendent. Et cette année ne fait pas exception à la règle. Les excès de pluie qui ont endommagé les récoltes de maïs-grains et certaines cultures maraîchères n'ont pas nécessairement été synonymes de catastrophe pour l'ensemble du secteur agricole.

Vice-président à la Financière agricole du Québec, Marc Ferland explique que certaines conditions climatiques peuvent à la fois désavantager certaines cultures et être bénéfiques pour d'autres. Par exemple, il note que les récoltes de foin ont particulièrement été bonnes cette année: «Dans certaines régions, on a même pu faire jusqu'à trois fauches», ce qui est au-dessus de la normale annuelle.

Encore là, on ne peut brosser un portrait juste si on regarde l'ensemble des régions, car chacune d'elles connaît des conditions différentes. «Certaines se trouvent dans des microclimats» et ne sont donc pas confrontées aux mêmes conditions. «Il faut comprendre que ça ne prend pas grand-chose pour changer la donne. Il s'agit d'être devant la montagne plutôt que derrière et vous n'aurez pas la même récolte à cause des vents.»

À titre d'exemple, la récolte des foins en Ontario a pour sa part été extrêmement désolante. «Dans le coin de Sudbury, ils n'ont jamais vu quelque chose d'aussi pire que cela. Il va falloir qu'ils en importent.» Pour leur part, les agriculteurs québécois ont engrangé un surplus. Ils peuvent donc aisément en vendre une partie à ceux qui, comme en Ontario, ont connu une disette. «Un marché parallèle se forme», résume M. Ferland.

Impossible constat

À l'heure actuelle, personne ne désire poser un constat définitif sur l'état des cultures au Québec pour la saison 2006. «Il reste encore plusieurs produits à récolter», note M. Douville. Pour sa part, Marc Ferland souligne: «On ne saura qu'à la fin de l'année, après les tests de quantité et ceux de qualité, la réelle valeur des récoltes de l'année.»

Mais malgré tout, il y a des tendances qui se dessinent. Yvon Douville admet que, depuis quelques années, les agriculteurs doivent composer avec «des saisons de plus en plus variables. Les saisons sont moins prévisibles qu'il y a 10 ou 15 ans. Par contre, les automnes, eux, sont plus prévisibles et durent généralement plus longtemps».

Mais pour l'instant, les seuls chiffres dont on dispose sont les avis de dommages. Ces avis sont émis auprès de la Financière agricole par les agriculteurs. Ils leur permettent de toucher une indemnité financière en vertu de leur assurance récolte. On dénombre actuellement 7353 avis. L'année dernière, à la même période, on en comptait 4713.

Peut-on se fier à ces chiffres pour juger une année? Non, répond M. Ferland. Ils donnent certainement un indice sur le déroulement d'une année pour chacun des secteurs agricoles, mais ils ne permettent aucunement de connaître ce qu'implique chacun de ces avis. «Un avis peut traiter de graves dommages comme de petits.»

Collaborateur du Devoir