Alimentation - Les poissons voyagent

Dans les poissonneries, on retrouve plus de poissons provenant du Chili, du Costa Rica et de la Chine que du Canada sur les étalages.
Photo: Jacques Grenier Dans les poissonneries, on retrouve plus de poissons provenant du Chili, du Costa Rica et de la Chine que du Canada sur les étalages.

Ces dernières années, alors que la production mondiale de poisson a considérablement augmenté pour satisfaire une demande croissante liée à la haute valeur nutritionnelle du poisson, l'offre des espèces sauvages canadiennes est en baisse! Il n'est donc plus rare de trouver sur le marché du tilapia en provenance du Costa Rica, du Honduras ou de la Chine ainsi que du saumon du Chili, une espèce qui ne s'y trouve pas naturellement.

Qu'advient-il des poissons canadiens? Le moratoire de 1992 sensé aider les espèces à se reproduire aurait-il échoué? Selon les dernières statistiques d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, l'exportation de fruits de mer et de poissons, de janvier à décembre 2003, se chiffrait à 1,913 milliard de dollars, une baisse de 6 % par rapport à la même période en 2002. Étrangement, la production et l'exportation des poissons et fruits de mer canadiens semblent en crise par rapport à l'offre de pays étrangers producteurs de poissons d'élevage.

On retrouve donc plus de poissons provenant du Chili, du Costa Rica et de la Chine que du Canada sur les étalages. «Le poisson en provenance de la Chine fait penser aux bijoux bon marché: ils sont moins chers car ils sont de moins bonne qualité», explique Guylaine Lévesque, propriétaire de la poissonnerie La Dorade rose, sur l'avenue du Mont-Royal. Selon cette dernière, ceux-ci peuvent contenir des traces de colorant en plus d'avoir été élevés en pisciculture dans des eaux usées.

Vive la pisciculture !

Il ne faut toutefois pas partir en peur contre la pisciculture, car celle-ci a ses avantages et ses inconvénients. Cette industrie est véritablement une sortie de secours dans un monde en pénurie de poisson. C'est un moyen de redonner à la nature une vie aquatique endommagée par la pollution et les catastrophes naturelles, ou surexploitée par le braconnage. Il semble que la pisciculture en milieu terrestre soit appelée à remplacer, dans les prochaines décennies, l'apport de poisson que fournissaient autrefois nos océans.

Au Québec, par exemple, la truite mouchetée connaît depuis quelques années une baisse de reproduction. Ce type d'omble, exclusif au Québec, a besoin d'aide pour se reproduire. Non seulement l'élevage piscicole participe à cette reproduction, mais en plus il favorise le développement et le maintien des populations de poissons nécessaires à la survie des lacs et des rivières.

De plus, les poissons d'élevage croissent en moyenne deux fois plus vite, tout en requérant deux fois moins d'aliments. Surtout, contrairement au poisson provenant de la pêche, le délai est ultra court entre l'abattage et la mise en vente, moins de 48 heures! Il est donc plus frais. Le résultat: une plus grande offre de marchandise à des prix de vente au détail plus faibles.

Haro sur la pisciculture !

Par contre, certaines piscicultures non contrôlées peuvent être néfastes pour les espèces et le consommateur. Souvent élevé en banc comme les poulets, chaque poisson dispose pour vivre de l'équivalent d'une petite baignoire, ce qui n'est pas sain pour un animal de haute mer. Les poissons nagent littéralement dans leurs propres excréments et accumulent une quantité impressionnante de maladies.

De plus, les poissons à chair colorée comme le saumon atteignent cette couleur rosée qu'on leur connaît grâce à leur alimentation en milieu naturel. En élevage, ils doivent être gavés de colorant pour leur donner un semblant de couleur, en plus d'avoir un goût beaucoup plus fade que leur cousins sauvages.

«Il serait intéressant que les gens se renseignent sur la provenance des arrivages», complète Mme Lévesque. Selon elle, le problème se pose moins dans une petite poissonnerie, car les gens sont prêts à payer un peu plus qu'au supermarché pour s'assurer de la qualité des arrivages. Un bon indicateur de la qualité du poisson, selon elle, est le prix. Sinon, le poissonnier ou l'étiquette peuvent informer davantage.

Tour de mer et de lac
- En 1993, la consommation mondiale de poisson s'élevait à 72,3 millions de tonnes.
- Selon le ministère des Pêches et des Océans, il faudra attendre 14 ans pour que les stocks de morues de l'Atlantique Nord se rétablissent à un niveau d'exploitation durable.
- Présentement, huit espèces principales de poissons marins et dulçaquicoles (d'eau douce) sont élevées au Canada. La principale espèce élevée en eau salée est le saumon atlantique, et en eau douce, la truite arc-en-ciel.
- Les espèces canadiennes élevées en eau salée sont les saumons de l'Atlantique, quinnat, coho et arc-en-ciel.
- Les espèces de poissons dulçaquicoles élevés dans des étangs, des lacs et des baies d'eau douce ou, comme dans le cas du tilapia (un poisson d'eaux chaudes), dans des enclos terrestres à circuit fermé, sont la truite arc-en-ciel, l'omble de fontaine, l'omble chevalier et le tilapia.
- Six espèces de poissons sont présentement à l'essai afin de déterminer leur potentiel en vue d'une production commerciale à grande échelle: la morue de l'Atlantique, la morue charbonnière ou morue noire, le flétan, l'aiglefin, le loup de mer et le bar d'Amérique (une espèce d'eau douce).

Collaboratrice du Devoir